L’an dernier, j’avais participé au cinquième Séminaire nordique autochtone. Cette année, j’y oeuvrerai à titre de facilitateur. Je quitte demain pour 10 jours dans la toundra forestière, sur la rive de la rivière George, au lieu que le Innus appellent Mushuau-Nipi depuis aussi loin que la mémoire puisse se souvenir.
Ce sera une expérience incroyable que d’animer dans un lieu naturel exceptionnel. Parmi les participants, il y aura des autochtones, des scientifiques, des artistes, des industriels, des environnementalistes et des représentants politiques. Les enjeux du Plan Nord seront au coeur des discussions. Je me permet de croire que le Plan Nord a bien besoin qu’on lui ajoute un peu de profondeur, de volonté et de coeur.
Je pars avec en tête, ces mots de Jean Morisset, que cite Jean Désy dans son dernier essai, L’esprit du Nord:
Il nous reste aujourd’hui le Nord. Entre le désir de pousser notre industrie aux limites de nos frontières – désir ancré dans notre esprit protestant, développementaliste – et l’instinct de pousser nos émotions à orienter notre développement – instinct ancré dans notre esprit latin, relativiste -, il semble qu’il y ait peut-être un moyen terme, une troisième voie qui ne pourra venir que des Autochtones.
Jean Morisset, Les chiens s’entre-dévorent
J’essaie de revenir en un seul morceau, promis! En plus que l’automne s’annonce chargé comme c’est pas possible.
Regardé hier soir Ce qu’il faut pour vivre. Superbe film, tout en lenteur, au rythme du Nord. Il faut voir les yeux de Tiivii lorsqu’il parle de la chasse dans la toundra au jeune Kaki alors qu’ils sont dans un sanatorium de Québec.
Continué à lire Arctic Dreams, de Barry Lopez. Hier soir, j’ai eu droit à une belle description de la biologie du boeuf musqué. De quoi bien meubler les rêves d’un naturaliste!
Été ensorcellé par le chant de gorge traditionnel et la musique moderne de Tanya Tagaq dans Auk/Blood
Travail
Pondu le design de quatre animations cette semaine. Des animations courtes (entre une heure et une demi-journée) avec des groupes de 12 à 130 personnes. Encore réussi à imaginer des animations qui, je crois, seront utiles et vivantes. Je m’en vais d’ailleurs faire expérimenter la «médecine Grisvert» à mes amis du Groupe Dancause cet après-midi en animant un p’tit bout de leur rencontre annuelle.
Trouvé mon double! Je lui ai envoyé un mot, mais je n’ai pas encore reçu de réponse! Bien hâte de voir ce que cette rencontre pourra donner!
Nature et culture
Débuté la lecture, dans le bus ce matin, de The nature of design par David W. Orr. Dès le premier paragraphe, j’étais accroché. La question qui est à la source de la démarche de l’auteur est particulièrement forte:
«How do we re-imagine and remake the human presence on earth in ways that work over the long haul?»
Extraits de l’introduction:
This book is not an argument to return to some mythic condition of ecological innocence. No such place ever existed. It begins, however, with an acknowledgment that we have important things to relearn about the arts of longevity – what is now called « sustainability » – from earlier cultures and other societies.
[...]
This is a design challenge like no other. It is not about making greener widgets but how to make decent communities that fit their places with elegant frugality.
[...]
the problem is not how to produce ecologically benign products for the consumer economy, but how to make decent communities in wich people grow to be responsible citizens and whole people.
[...]
The essays lay out a standard for design that is oriented to generosity in the large sense of the word, the preservation of wildness and wilderness, and the design of a culture that protects its children.
J’aime ça! J’ai hâte de prendre le temps de me plonger dans cette lecture.
…
Cette vidéo m’a fait rire aux larmes. Je vais essayer de faire ça un jour c’est certain!
…
En terminant, une citation glanée dans the Nature of design
The traditional Indian stood in the center of a circle and brought everything together in that circle. Today, we stand at the end of a line and work our way along that line, discarding or avoiding everything on either side of us. – Vine Deloria
Déjà une semaine s’est écoulée depuis mon retour du Nord et je n’en suis pas encore vraiment revenu! J’ai participé au 5e séminaire nordique autochtone qui se tenait du 10 au 18 août sur la rive de la rivière George, dans le Nouveau-Québec, en ce lieu que les Innus nomment le Mushuau-Nipi.
Philippe a décrit l’événement de très belle manière ici: La conscience du nord… essais et idées vives. Sa description et ses questions me permettront de faire l’économie d’une autre description. Je sais que je dois fixer une partie de l’expérience ici avant de retomber dans le tourbillon de l’automne qui s’annonce très chargé (en fait, j’ai mis le pied dans le tourbillon ce matin!).
Je reviens du Mushuau-Nipi libéré de bien des certitudes et rempli de questions, d’images, d’odeurs et de visions. J’y suis allé d’abord par amitié pour les organisateurs, Jean-Philippe et Serge, mais aussi pour vivre la magie du lieu et voir comment il pourrait être possible d’en faire un lieu duquel pourraient naître de grandes choses. J’y avais aussi apporté mon coeur de naturaliste, qui, on peut s’en douter, a été comblé. C’était également une étape importante de mon exploration de la sauvageté.
Je ne sais pas comment parler ici de cette expérience de manière cohérente.
Comment partager l’émouvante beauté de la toundra?
Comment partager la souffrance d’un peuple dans lequel on peut voir le miroir de nos propres souffrances que l’on enterre si facilement sous une épaisse couche de luxe et de confort?
Comment partager ces amitiés qui ont pu avoir le temps de naître et de s’épanouir?
Comment partager ce temps qui n’existait plus?
Comment partager ce Nord, qui trace de profonds sillons dans l’âme et le coeur?
Comment partager l’intense bonheur vécu dans le matutishan, assis sur la sphaigne, bien au chaud dans le ventre de la Terre?
Comme je le fais à certains moments, je me suis tourné vers la poésie de Pierre Morency pour trouver un peu de calme.
Ce qui flambe en poésie est pensée ouverte
Sur l’attente volcanique au fond du puits;
Tous les torrents enfouis remontent dans la vie
Pour ouvrir une voie à la question majeure
…
Nature jamais seule ne rassérène la tête
Mortelle. Encore moins le seul grand chant
Des forêts. Ou le regard des bêtes quoique chaud.
C’est dans l’autre humain qu’un humain trouve son réel.
…
Un drôle de feu parfois nous arrive tout au fond
Foyer brûlant les questions lumière sourde
Ou chaleur. Comment savoir si cela est
Brasier de douleurs ou creuset d’une quiétude à venir?
…
Sur une élévation mais à l’ombre. Avec du bois
Avec de la pierre pour le frais et la chaleur. Sous le vert
De la lumière où de l’eau pourrait chanter.
Dans le voisinage de toutes nourritures – où se construire?
…
Nous serons peut-être enfin au bord de l’éclaircie,
Tous les deux, plus francs que les bêtes lucides,
Portant à la hanche le cristal de toute saison
Et ce rire des rivières pour richesse avouée.
Pierre Morency, Amouraska, Boréal, 2008
Voilà! N’essayez pas de comprendre, je ne comprends pas moi-même! Tout ce que je sais, c’est que ma volonté s’en trouve renforcée et que la joie que j’éprouve à vivre est encore plus grande.
En terminant, deux petits extraits lus dans le train qui me ramenait de Schefferville et qui m’ont permis de mieux comprendre des expériences vécues au Mushuau-Nipi et que l’on peut associer à la présence (le bas du U, pour les initiés!).
«Many beings in nature carry that state of pure presence. They carry it naturally in their being. Therefore, plants and animals can be great teachers for us when we spend time with them. They are not caught up in distractions about past and future. They know how to enjoy the here and now. They know how to live fully and joyfully in the moment. When you spend time with trees, flowers, birds, and other animals – wich all carry the great teaching of being in the now – you can receive some great instruction. These gifts will come naturally and flow into your heart. You will begin to be able to relax and trust being present, instead of fighting it.»
et, un peu plus loin
«Even without meditative practice, if you are flowing in a state of continuous nowness in Nature, you are cultivating a tremendous antidote to counter the normal distractedness of our culture. You can bring this present-centered awareness back into your ordinary life, and you will find that the flow of your normal day will gradually become transformed. You will find that instead of spending each precious moment of your life being distracted by worry and concern about the past and future, you will be able to focus on the one true thing – that wich arises each instant. You can go deeply into a current issue, work with it, deal with it in the moment, and then move on the next thing and the next instant, without being overwhelmed by distractions.»
John P. Milton, Sky Above, Earth Below, Sentient Publications, 2006