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Identifier les contextes propices à la collaboration

Philippe et moi sommes en plein développement de Grisvert. Réseau de complices, textes pour le site web, matériel pour aider les clients (et nous!) à mieux comprendre ce que l’on fait, offres de services et tout le tralala de démarrage d’entreprise. C’est excitant et épuisant en même temps!

Nous essaierons de prendre l’habitude de lancer sur nos blogues personnels les premières versions de certains documents. D’abord parce que plusieurs clients potentiels nous lisent déjà, mais surtout pour inviter nos amis et collaborateurs à commenter et nous aider à les améliorer. Launch early and iterate, comme ils disent chez Google! lire la suite »

Grisvert: naissance d’un projet

Il y a deux ans déjà que je me suis lancé dans l’aventure qui a mené à la création de Grisvert. Pour marquer la fin de ce cycle et aussi pour m’aider à «ramasser» ces deux années en un seul lieu, j’ai préparé un schéma qui montre les différentes étapes qui ont précédé la naissance du projet.

Brouillon du design en PDF

Chacune des pastilles numérotées représente une étape importante dans le processus qui a mené au projet tel qu’il est aujourd’hui. Les étapes sont décrites ci-bas. Le schéma s’inspire du Five Breaths Design, une façon d’imaginer des processus de collaboration que j’utilise de plus en plus.

1. Poser les bonnes questions

Le 6 juin 2006, quelques jours après avoir quitté Opossum, j’identifiais l’objectif de la démarche: «C’est quoi ma place? Quel est le travail qui me procurera le plus de plaisir? Avec qui je ferai ce travail?». Un extrait du billet L’entreprise naturelle:

Quand j’ai décidé de quitter Opossum, une des principales raisons était de profiter de cette occasion pour faire le point sur ma carrière et prendre les décisions qui me permettront de faire le travail idéal pour moi.

Mon travail chez Opossum était loin de me rendre malheureux, mais je commençais à sentir que plus le temps avancerait, moins j’aurais la conviction d’être à la meilleure place. Mais c’est quoi ma place? Héhé! Voilà la question à laquelle je souhaite répondre dans les prochains mois et ce blogue sera mon outil principal pour y parvenir.

Pourquoi ce blogue pourra-t-il m’aider à définir mon futur travail? Parce qu’il m’aidera à créer un réseau de gens qui partagent des intérêts communs et qui ont des aptitudes complémentaires. Ainsi, en faisant le travail de définir ce pour quoi je serai le meilleur et ce que j’aurai le plus de plaisir à faire, je ferai des rencontres, je piquerai la curiosité de certains et je bâtirai un réseau. Et c’est de ce réseau qu’émergera, peut-être, une nouvelle entreprise.

Voilà, la table était mise! Il est intéressant d’observer que je faisais dans le même texte référence à Dave Pollard de la manière suivante:

… mon parcours sera en partie inspiré de la démarche que propose (et applique) Dave Pollard pour la création de ce qu’il appelle la Natural enterprise (je parlerai d’entreprise naturelle en français).

Nous verrons plus tard comment Dave réapparaitra en fin de parcours! lire la suite »

Conservation et conversation

Je sors de ma léthargie estivale du blogueur pour citer un article paru ce matin dans Le Devoir sous la plume de Louis-Gilles Francoeur (Des parcs habités — Des Cévennes et des hommes):

Jean de Kermabon, le responsable des services fauniques, explique «qu’ici, on est obligé de discuter avec les gens parce que la direction du parc vit dans le milieu: en fin de semaine, on achète son pain à côté des gens avec qui on a négocié durant la semaine. Cette difficulté est au fond un atout du parc parce qu’elle nous oblige, comme gestionnaires, au réalisme. Je découvre l’intérêt de ne pas avoir raison tout seul. Ça nous oblige à imaginer des solutions compatibles avec la conservation et les besoins des humains. Nos contrats avec les agriculteurs, qui sont bourrés d’innovations, sont en train de créer un modèle européen. Mais il y a toujours, ici comme chez vous, des gens qui voudraient qu’on mette l’environnement sous cloche.»

Il y a tellement de choses dans cette petite citation! Il y aurait tellement à écrire! On y voit toute l’importance de créer des liens entre les différentes personnes qui sont liées à une problématique. Et ces liens, quand ils sont tant professionnels que personnels, ils sont encore plus intéressants.

En terminant ce petit interlude estival, je note deux textes qui, à mon avis, montrent que l’on s’engage dans l’ère post société de l’information et post développement durable pour entrer dans celle de la société durable. J’en reparlerai en août, quand je m’y remettrai à plein temps et que Grisvert naîtra enfin (et ça, ça va être excitant en mautadine, n’est-ce pas, Philippe?).

D’abord, cette conversation entre Alex Steffen, rédacteur en chef de WorldChanging et Cory Doctorow, un observateur éclairé de l’évolution de la société de l’information: The Outquisition. Un petit extrait:

What would it be like, we wondered, if folks who knew tools and innovation left the comfy bright green cities and traveled to the dead mall suburban slums, rustbelt browntowns and climate-smacked farm communities and started helping the locals get the tools they needed. We imagined that it would need an almost missionary fervor, something like the Inquisition (which largely destroyed knowledge) in reverse, a crusade of open sharing, or as Cory promptly dubbed it, the Outquisition.

Et enfin, le nouveau livre de Peter Senge, The Necessary Revolution, qui propose un modèle de collaboration pour créer un monde durable. Extrait de la quatrième de couverture:

Imagine a world in which the excess energy from one business would be used to heat another. Where buildings need less and less energy around the world, and where “regenerative” commercial buildings – ones that create more energy than they use – are being designed. A world in which environmentally sound products and processes would be more cost-effective than wasteful ones. A world in which corporations such as Costco, Nike, BP, and countless others are forming partnerships with environmental and social justice organizations to ensure better stewardship of the earth and better livelihoods in the developing world. Now, stop imagining – that world is already emerging.

Vite, dehors!

Balance

C’est une intense semaine que nous vivons, Philippe et moi. Notre participation au Shambhala Institute for Authentic Leadership à Halifax est pleine de rencontres, d’apprentissages, de réflexions, de discussions et de révélations. Ce voyage constitue pour nous le point à partir duquel nous préciserons et mettrons en marche Grivert.

Les prochains mois seront pour nous l’occasion de reparler de tout ça sur nos blogues, mais ce que j’ai envie de partager ce soir, c’est quelques métaphores issues d’une pratique que Chris m’a enseignée et qui m’a instantanément passionné, le rock balancing, ou roches en équilibre.

Même si à première vue, on peut croire qu’il est impossible que certaines personnes trouvent un terrain d’entente, on peut réussir à trouver un équilibre et à les faire cohabiter. Et cet équilibre est possible grâce aux points de friction.

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Mais pour qu’un équilibre résulte de cette rencontre, il faut permettre aux individus de se découvrir et de se balancer autour du point de friction. Ceci doit survenir dans un espace sûr, dans lequel il est possible de lâcher prise sans avoir peur des chutes et des blessures.

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Et c’est lorsque ce point d’équilibre a été trouvé que l’on peut se surprendre de voir tenir ce qui était jusqu’alors jugé impossible.

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Et si on en mettait une autre? Et ces gens qui en demandent toujours plus? Parfois, il faut accepter ses limites et celles du système.

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Il faut se frotter à l’autre, ne pas avoir peur de chercher les aspérités, les fractures, les ancrages à partir desquels une relation pourra s’établir.

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Il est impossible de contrôler comment l’équilibre se formera. Chaque individu est différent, les possibles équilibres sont innombrables. C’est seulement par la rencontre qu’il est possible de les révéler.
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Thank you so much Chris for introducing me to rock balancing… it is a natural fit for me :-)

Les trois aspects de ma pratique

Dans deux semaines, je serai à l’école d’été du Shambhala Institute for Authentic Leadership. J’y étais l’an dernier pour me former aux méthodologies en lien avec la théorie du U-Process (un module presque semblable est offert cette année). Cette année, je passerai une semaine avec Chris, Toke et Monica, les animateurs du module The Art of Hosting and Harvesting: From Strategic Conversation to Wise Action and Systemic Change.

J’ai vraiment hâte! C’est la dernière étape avant de démarrer à fond avec le projet Grisvert. En plus, j’y vais avec Philippe, un de mes associés dans Grisvert (il est inscrit au module sur le U-Process). Nous voyons un peu le voyage comme un «road trip» qui marquera la naissance de Grisvert. Ça promet d’être très intéressant.

Hier, Chris, Toke et Monica nous ont fait parvenir quelques questions:

  1. Why have you chosen the invitation to this Art of hosting and harvesting module?
  2. What are your 2 most burning questions about your own practice of Hosting and harvesting conversations that matter?
  3. What are the next strategic or important conversations you are planning to host after this training? Or, what’s the new systemic project you intend to initiate.

Les trois aspects de ma pratiquePour y réfléchir, je suis allé courir quelques kilomètres (un super trajet qui me fait traverser deux boisés urbains et descendre sur le bord du fleuve… vraiment génial. J’ai entendu un Passerin indigo en bonus!). J’étais presque revenu à la maison et j’essayais de voir comment trouver un fil conducteur qui relierait les trois aspects de ma pratique (naturaliste, facilitateur et généraliste créatif) et là j’ai eu un flash! J’ai vu comment ils se superposaient sur le U-Process (ben oui, encore le foutu U!). J’ai aussi compris ce sur quoi j’ai à travailler pour atteindre la qualité d’intervention que je souhaite obtenir.

Pour m’y retrouver, j’ai placé ça sur un schéma (version PDF). Je pourrais expliquer un peu plus en détail, mais il est tard et je pars pour trois jours de pêche familiale demain alors je vais dormir. Au moins, j’ai terminé le troisième tome de Millenium hier alors je vais pouvoir m’endormir à une heure raisonnable… ce qui n’est pas arrivé depuis trois semaines!

Les vérités qui dérangent de Wired

Vous avez peut-être lu, dans le plus récent numéro du magazine Wired, l’article Inconvenient Truths: Get Ready to Rethink What It Means to Be Green. Si ce n’est pas le cas, je vous invite à le lire!

L’article présente 10 «hérésies vertes» au titre volontairement provocateur:

Live in Cities:
Urban Living Is Kinder to the Planet Than the Suburban Lifestyle

A/C Is OK:
Air-Conditioning Actually Emits Less C02 Than Heating

Organics Are Not the Answer:
Surprise! Conventional Agriculture Can Be Easier on the Planet

Farm the Forests:
Old-Growth Forests Can Actually Contribute to Global Warming

China Is the Solution:
The People’s Republic Leads the Way in Alternative-Energy Hardware

Accept Genetic Engineering:
Superefficient Frankencrops Could Put a Real Dent in Greenhouse Gas Emissions

Carbon Trading Doesn’t Work:
Carbon Credits Were a Great Idea, But the Benefits Are Illusory

Embrace Nuclear Power:
Face It. Nukes Are the Most Climate-Friendly Industrial-Scale Form of Energy

Used Cars — Not Hybrids:
Don’t Buy That New Prius! Test-Drive a Used Car Instead

Prepare for the Worst:
Climate Change Is Inevitable. Get Used to It

Certains éléments présentés sont évidents (par exemple, l’avantage de vivre en ville), mais la plupart de leurs arguments sont, à mon avis, très superficiels. Ils font l’erreur trop fréquente de ne voir qu’une des facettes de chacun des problèmes. Quand on me dit qu’il vaut mieux vivre en Arizona plutôt qu’au Vermont parce que climatiser une maison demande moins d’énergie que de la chauffer et que l’on n’aborde pas le problème de l’approvisionnement en eau et en énergie, je ne peux que m’étonner du peu de profondeur de la réflexion.

La vision véhiculée par Wired est très représentative de la pensée générale des gens qui voient les activités humaines et le monde naturel comme deux systèmes séparés. Les économistes, les ingénieurs et les gens d’affaires qui vivent sans contact avec le milieu naturel ont souvent le réflexe de considérer la nature comme un obstacle, une variable qui introduit trop d’incertitude dans leurs modèles pour un futur économiquement efficace. Et du coup, la technologie et le libre marché constituent les principaux moteurs pour régler les problèmes.

Mais Wired n’a pas tout mal! Les éditeurs du magazine ont demandé à Alex Steffen, rédacteur en chef de l’excellent site Worldchanging, de donner son avis sur l’article dans un bref commentaire intitulé Counterpoint: Dangers of Focusing Solely on Climate Change. Et c’est dans ce commentaire, qui vient révéler la superficialité des analyses présentées dans l’article, que l’essentiel se trouve:

We don’t need a War on Carbon. We need a new prosperity that can be shared by all while still respecting a multitude of real ecological limits — not just atmospheric gas concentrations, but topsoil depth, water supplies, toxic chemical concentrations, and the health of ecosystems, including the diversity of life they depend upon.

We can build a future in which technology, design, smart incentives, and wise policies make it possible to deliver a high quality of life at lower ecological cost. But that brighter, greener future is attainable only if we embrace the problems we face in all their complexity. To do otherwise is tantamount to clear-cutting the very future we’re trying to secure. (Counterpoint: Dangers of Focusing Solely on Climate Change).

Steffen va encore plus loin dans The Real Green Heretics, publié hier sur Worldchanging:

The discussions we see today — whether we’re talking energy sources, farming practices or fashion choices — are not even the right kind of debate. Unable to mentally grapple with the idea that we need to be aiming for total sustainability right now, we talk to death the same series of inadequate baby steps. Faced with the need to reinvent the material basis of our civilization, we argue paper or plastic.

If you want truly dangerous bright green ideas, go way out beyond what the conventional wisdom thinks is possible. The conventional wisdom’s sense of the possible is irrelevant to reality; it’s being melted by climate change and planetary crisis faster than an Alpine glacier. Think, instead, of the implications of ideas like zero energy, zero emissions, zero waste, closed loops, true-cost accounting for the value of ecological services, product-service systems, visible flows, totally transparent backstories, open innovation, green infrastructure, etc. These concepts are really weird, full of new insights and critical uncertainties — and they, or ideas like them, are very quickly going to become the operating principles of our entire society. If we want to avoid a catastrophic collision with ecological reality, we need to change our thinking.

Our ideas of what’s normal, or even what’s possible, will not outlast the next decade. Unfortunately, Wired’s list of heresies is a list of normal, contemporary approaches (nukes, tree plantations, factory farming, living in the Sunbelt suburbs) and current environmental commonplaces (cities are good, China can be green, carbon trading needs reform) packaged in a way designed to shock and titillate.

What would have been far, far more heretical is to do for planetary sustainability issues what the first issues of Wired tried to do for information technologies: explain why the whole current debate was stale and out-of-touch, and attempt to illuminate a new way of thinking that to the folks back home seemed unfathomable, often crazy, but which turned out to be more right than wrong — to predict the present in a way that changes our understanding of the world in which we live. There is an emerging culture of real, bright green hand-waving brilliant heretics out there, and the reading public deserves to know what they think.

That, unfortunately, is an opportunity Wired missed. (The Real Green Heretics)

Si l’on veut assurer la pérennité de l’humanité, il est impératif d’envisager un futur dans lequel nous ne vivrons pas une vie similaire à celle que nous, occidentaux, vivons depuis quelques années. Nous avons vu, au cours du XXe siècle, la civilisation occidentale chercher à s’élever au-dessus du milieu naturel. Les organisations sont devenues plus grandes que nature. Il faut maintenant penser à recréer les liens avec la nature, comprendre l’importance du maintien des services écologiques et de la biodiversité et retrouver notre place dans la biosphère (si vous trouvez cette idée totalement farfelue, suspendez votre jugement l’espace de quelques minutes et lisez mon texte sur la restauration de la nature).

L’idée qu’il faut lâcher prise sur le passé et s’ouvrir à de nouvelles idées est à la source de Grisvert, le projet qui m’anime actuellement et qui sera pleinement opérationnel au début de l’automne. Ça fera 2 ans lundi prochain que j’ai amorcé le parcours qui m’a mené là où j’en suis aujourd’hui et quand je relis ce texte, je pense pouvoir dire que ça tient encore la route! Avoir le privilège de prendre le temps qu’il faut pour imaginer et créer le travail que l’on souhaite le plus faire, c’est définitivement génial :-)