Archives du mot-clé Complexité

Complexité et projets en TI

Tiens donc j’ai un blogue, moi? On dirait que j’avais oublié! Après une grosse année de travail sur le terrain, le besoin de laisser des traces se fait de plus en plus fort… je m’y remets aujourd’hui!

Ce matin dans Le Devoir, une entrevue avec Henri Barki, professeur à HEC Montréal me donne le prétexte pour réactiver mon activité sur ce blogue! Dans Technologies de l’information : le secret de la réussite est dans la communication (article complet pour les abonnés seulement), Henri Barki pose la question suivante :

Dans les TI, il y a toujours de nouvelles applications qui sont implantées sous forme de projet. Comment faire pour que ces projets réussissent mieux?

Et il cite l’exemple du projet GIRES, qui a englouti 200M$ avant d’être abandonné par le gouvernement du Québec.

Si je cite cette entrevue aujourd’hui, c’est que de plus en plus, on peut décoder dans l’actualité des analyses qui montrent l’importance de bien comprendre le niveau de complexité des projets et des situations. Barki mentionne que :

Malgré tout ce qu’on a déjà appris, on n’est pas encore capable de bien réussir la gestion de tels projets. C’est un phénomène complexe. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas compétent, mais parce qu’il y a plusieurs facteurs qui influencent comment les choses se déroulent. Les problèmes que les gens ont dans les entreprises avec les TI sont surtout des problèmes de communications, surtout de nature humaine plutôt que technique.

Voici qui résume une bonne partie de notre argumentaire quand, chez Grisvert, des gens nous demandent pourquoi les approches collaboratives sont, dans certaines situations, préférables aux approches d’experts.

Voici un extrait d’un rapport que j’ai rédigé en mai 2011 en conclusion d’un mandat effectué dans un organisme gouvernemental et qui avait pour but de travailler à créer un meilleur climat de collaboration dans un important projet de développement technologique.

Une complexité sociale élevée est l’une des caractéristiques les plus importantes des projets de développement technologique d’envergure, car ces projets sont réalisés avec de multiples intervenants (experts d’application, architectes, gestionnaires, consultants externes, équipes internes, techniciens, etc.), qui ont des intérêts, des opinions, des informations et une compréhension différents. Ceci complexifie la coordination, engendre des problèmes dans l’atteinte des objectifs, crée des conflits et de la méfiance au sein des équipes.

Une forte complexité émergente caractérise également la plupart des projets de développement technologique. Comme ces projets ont un caractère de prototype, ils nécessitent souvent des solutions novatrices et créatives (en laissant de côté les bonnes pratiques et les modèles du passé) pour faire face aux difficultés qui émergent à chacune des étapes du développement.

Enfin, certaines problématiques peuvent survenir à la suite de longues chaines de cause à effet, ce qui est une caractéristique de la complexité dynamique.

Malgré cela, la plupart des projets d’envergure sont gérés non pas comme des systèmes complexes, mais plutôt comme s’ils étaient des systèmes compliqués.

Ceci est une des causes de l’inefficacité et même de l’échec de plusieurs des grands projets récents de développement.

Dans le cadre de la présente démarche, nous avons cherché à travailler à diminuer la complexité sociale tout en identifiant plusieurs liens de cause à effet qui pourront avoir une influence sur le futur du projet.

Enfin, en projetant les équipes dans le futur, nous souhaitions les préparer à anticiper le travail qui se profile à l’horizon afin de renforcer leur capacité à s’adapter aux changements imprévisibles qui surviendront lors des prochaines étapes du projet.

Depuis que ce rapport a été écrit, nous avons exploré les travaux de Jeff Conklin sur les Wicked problems et nous continuons à approfondir notre compréhension des systèmes complexes.

Pour aller plus loin, lire le document de J. Conklin sur les Wicked problems disponible sur cette page. Il y aussi cette introduction à la complexité que j’avais préparée dans les débuts de Grisvert, en 2008. Et un autre que je trouve par le blogue de Philippe, aussi préparé en 2008, quand on avait le temps de passer des journées entières à produire du contenu : Identifier les contextes propices à la collaboration.

Voilà pour mon retour au blogue! Ça ne fait pas trop mal… je vais peut-être y reprendre goût!

Quelques notes au sujet des consultations publiques

J’ai pris l’habitude, au cours des dernières années, de publier ici des réflexions assez complètes et documentées. Le succès que nous avons avec Grisvert fait en sorte que j’ai de moins en moins de temps à consacrer à la rédaction. Ça ne veut pas dire que je ne lis plus et que je ne réfléchis plus… bien au contraire! Je vais donc me forcer pour publier des textes sur mes réflexions et idées en construction. Ou encore laisser des traces des éléments de théorie qui me sont utiles. On verra bien ce que ça donnera! Je commence tout de suite avec quelques réflexions sur les consultations publiques. Et je le fais rapidement!

Depuis quelques mois, il y a une épidémie de consultations publiques à la ville de Québec. Que ce soit pour le manège militaire, la mobilité durable, la densification de la colline parlementaire ou le plan d’urbanisme, on organise des consultations publiques.

Ce que j’observe, c’est que ces consultations ne font que contribuer à la polarisation du débat. Pourquoi? Selon moi, c’est parce que ce ne sont que des simulacres de consultations publiques. Dans une consultation publique, les enjeux ne devraient pas être connus dès le départ. Oui, les leaders ont quelque chose à proposer, mais l’issue de la consultation devrait être ouverte. Dans le cadre des consultations récentes, l’administration municipale me semblait avoir une très nette idée de l’issue dès le début du processus. Pour moi, ces paroles du maire Labeaume au sujet de la consultation publique sur l’avenir du Manège militaire sont très révélatrices:

«On va rester spectateur, a-t-il dit, parce qu’on sait qu’à la fin ça va prendre un facilitateur pour mettre peut-être deux ou trois groupes ensemble. Tous les projets sont un petit peu imparfaits, mais si on en met deux ou trois ensemble, on va faire un projet qui quant à moi et quant à la Ville de Québec serait le projet qu’on espère.» Source: Consultation sur l’avenir du Manège: la Ville restera spectatrice (Cyberpresse).

Continuer la lecture de Quelques notes au sujet des consultations publiques 

Le modèle Cynefin exliqué de manière simple

J’aime bien la manière dont les auteurs du modèle Cynefin représentent la complexité. Je suis toutefois moins attiré par la démarche d’accompagnement qui est derrière le modèle, préférant les approches théoriques et méthodologiques de Scharmer (Theory-U) et de la communauté de l’Art of Hosting.

Cette petite vidéo créée par les gens d’Anectote, présente très rapidement les quatre domaines de la complexité tels que vus sous la lentille du modèle Cynefin:

J’avais utilisé le modèle Cynefin dans ma première tentative d’expliquer les domaines de la complexité: Simple, compliqué, complexe, chaotique. J’avais par la suite abandonné la représentation à quatre branches du modèle Cynefin pour revenir à un modèle inspiré de Scharmer dans Rassembler pour collaborer. Il reste toutefois très utile de pouvoir compter sur des outils de vulgarisation comme la vidéo ci-haut pour aider les gens à comprendre que tout n’est pas toujours simple et que les experts ne peuvent pas toujours avoir la solution!

Je quitte pour Montréal dans quelques heures pour animer deux World Café dans le cadre du forum Le français, une langue pour tout et pour tous? Si vous êtes dans le coin et que vous avez envie de vivre une expérience d’animation différente (avec 250 personnes), je crois qu’il reste des places. Le formulaire d’inscription est ici. Ce soir, j’expérimente une variation du World Café qui est née d’une discussion entre Philippe et moi (je recopie ici l’explication que j’en avais donnée il y a quelques jours):

J’essaierai quelque chose de nouveau pour le café du vendredi. Il y aura d’abord un panel d’experts (Daniel Audet, Gérald Larose, Dominique Olivier, Marie-Thérèse Chicha, Thomas Mulcair et Michel Venne) qui répondront à la question «Comment le français peut-il être la langue de cohésion sociale au Québec?». Ensuite, les experts se joindront à des tables pour participer à deux rondes de café à titre d’observateurs silencieux (ils n’auront pas le droit de parler!). À la fin des deux rondes de discussions, j’animerai une plénière en demandant en particulier aux hôtes des tables où les experts ne sont pas passés de rendre compte des discussions. Enfin, les experts reviendront en panel pour partager leur expérience en répondant aux questions «qu’est-ce qui m’a le plus surpris?», «quelle nouvelle question je me pose à la suite de ce café?».

Mon intention pour cette animation est d’introduire un élément participatif dans un panel d’experts et de faire «descendre» les experts dans la salle pour écouter ce que les participants ont à dire. Les questions qui seront posées aux experts à la suite de la discussion de café ont pour but de «révéler» l’apport des participants à l’évolution de la pensée des experts.

J’ai bien hâte de voir ce que ça va donner! En plus, c’est ma première animation pour l’Institut du Nouveau-Monde :-)

Vraiment, le travail que je me suis créé (avec Grisvert et la complicité de Phil et de plusieurs autres amis) contribue à nourrir la joie et la passion que j’ai à grandir, tant au niveau professionnel que personnel.

Bonne fin de semaine!

Les niveaux de complexité émergente

Dans la présentation «Rassembler pour collaborer», j’utilise deux types de complexité pour construire les axes du modèle des niveaux de complexité: la complexité sociale et la complexité émergente. Le schéma qui suit est tiré de la présentation:

La complexité émergente est une fonction de notre capacité à prédire le futur. Je n’avais pas encore trouvé de manière visuelle de représenter la complexité émergente. J’ai trouvé aujourd’hui un modèle très intéressant, développé par Hugh Courtney dans le livre 20/20 Foresight: Crafting Strategy in an Uncertain World. Le modèle est repris dans la plus récente parution du McKinsey Quarterly: A fresh look at strategy under uncertainty – An interview. Continuer la lecture de Les niveaux de complexité émergente 

Le leadership postmoderne

Un superbe essai est publié ce matin dans Le Devoir. Dans Le leadership postmoderne de Barack Obama, une autre façon d’évaluer nos candidats, Thierry C. Pauchant, professeur à HEC Montréal, décrit plusieurs caractéristiques du leadership postmoderne et fait des liens avec la récente élection de Barack Obama. Si le contenu de la présentation que j’ai publiée hier vous intéresse, le texte de Pauchant est un complément essentiel pour enrichir et approfondir la réflexion. Au moment de publier mon billet, le paragraphe de conclusion qui se trouve dans l’édition papier du Devoir n’est pas reproduit sur le web. Je le cite donc ici, vu son importance dans le contexte de l’actuelle campagne électorale provinciale:

Dans un monde devenant de plus en plus complexe et changeant, dans un monde où une idéologie ou une expertise spécifique peut devenir dangereuse quand elle est confrontée à des problématiques inédites, nous avons besoin au Québec d’un ou d’une leader dont la qualité d’être permet d’aborder cette complexité et ces changements de façon sereine, mature, coopérative et éthique. Comme le disait Mohandas Ghandi, «ma vie est mon seul enseignement. Vous devez être le changement que vous voulez voir en ce monde». Qui, de nos candidats québécois, se rapproche de plus de cet idéal? Qui de nos leaders permet à tout un chacun de s’élever?

Un texte important et essentiel pour qui s’intéresse au leadership, à la complexité, à l’engagement politique et au concept d’incarnation. Bravo!

Sur le site du Devoir: Le leadership postmoderne de Barack Obama, une autre façon d’évaluer nos candidats

Page personnelle de Thierry C. Pauchant.

Rassembler pour collaborer

Les choses bougent pour Grisvert! Nous avons obtenu hier un mandat pour le design et l’animation d’une rencontre de concertation régionale qui réunira environ 250 personnes. Cela fait plus de trois mois que Philippe et moi testons et améliorons le «pitch». Nous sentons que ça commence à être pas mal au point… et nous le percevons dans les réactions de nos interlocuteurs. Nous avons d’ailleurs mis à jour les textes du site de Grisvert la semaine dernière. Michaël nous avait donné un sacré bon coup de main pour la version 1.0, mais je pense que cette version 1.5 est plus claire et intéressante.

Nous avons préparé une présentation que nous offrons à des comités de direction d’organismes et d’organisations qui rassemblent des gens dans le cadre de forums, de colloques et de conférences. L’accueil est très positif (la preuve en est le mandat cité au début du billet). Nous l’adaptons aux besoins de nos interlocuteurs, mais en gros, ça ressemble à ça (cliquer sur l’icône d’écran de projection, en bas à droite, pour voir en plein écran):

Rassembler pour collaborer

View SlideShare presentation or Upload your own. (tags: leadership complex)

Certains des éléments de la présentation Simple, compliqué, complexe et chaotique y sont repris, mais sous un autre angle, que je trouve plus clair, et qui permet ensuite d’y superposer les styles de leadership. Comme toujours, les commentaires sont bienvenus.

Pour aller plus loin

Fifth discipline fieldbook, (Senge et al.), pour les styles de leadership.

Ralph Stacey’s Agreement & Certainty Matrix, pour les domaines de la complexité et la superposition des styles de leadership.