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Toucher le sol en courant / les sphères de ma pratique

Le développement de Grisvert n’est pas de tout repos! Un ami me faisait récemment la remarque suivante: «you guys have hit the ground running». Nous touchons effectivement le sol en courant! Nous jouons un rôle de défricheurs en proposant au Québec des approches et un discours audacieux. Nous avons le savoir-être et les connaissances nécessaires pour être à la hauteur de ce que nous promettons. Nous avons beaucoup d’expériences connexes et complémentaires aux pratiques que nous proposons, mais comme ce que nous offrons est nouveau, nous ne l’avons pas fait souvent!

Ceci rend le cycle de vente plus long que si nous vendions un service pour lequel nous avons de nombreuses années d’expérience et pour lequel le besoin est révélé et reconnu. Mais nous savons qu’il y a un besoin pour ce que nous offrons et que nous avons tout ce qu’il faut pour réussir. Chaque jour nous progressons, nous rencontrons des gens qui manifestent de l’intérêt et avons des indices tangibles que tout est en place pour que la récolte commence à être bonne!

Mais ce qui est le plus stimulant jusqu’à présent, c’est de voir le réseau de complices et de collaborateurs se mettre en place de manière organique et naturelle. Plusieurs personnes avec qui nous souhaitions collaborer se sont manifestées avant même que nous ne trouvions un bon contexte pour leur lancer une invitation. Nous ne sommes donc pas seuls et avons le soutien de certaines des personnes les plus expérimentées dans l’application et le développement des approches que nous proposons avec Grisvert. Et les liens qui se tissent ne sont pas que professionnels, ce sont des amitiés solides et chaleureuses qui se créent et se nourrissent au fil des rencontres et des échanges.

Parmi ces amitiés, il y a celle avec GeorgeRia et le reste de l’équipe de Community — Intelligence qui a nourri plusieurs échanges ces derniers jours et qui devrait bientôt faire naître une belle collaboration autour de projets au Québec et en Europe. C’est en discutant des pistes de collaboration et des synergies que nos expériences respectives rendent possibles que j’ai eu l’idée d’adapter un de leurs schémas (Our domains of practice). Plutôt que d’en discuter en circuit fermé, je publie ici ma version de ce schéma. Je l’ai plus fait au «je» qu’au «nous» alors Philippe, ne te gêne pas pour suggérer des modifications/ajouts.

Chacun des cercles représente une des sphères de ma (nos?) pratique. Chacune de ces pratiques peut être liée avec les autres. C’est ce qui caractérise l’approche de «mixeurs» que nous développons avec Grisvert. Nous ne travaillons pas dans un silo, mais cherchons plutôt à établir des liens et à connecter des approches et des méthodes afin de susciter et de nourrir la collaboration et la cocréation. Notre activité dans chacune des sphères du schéma est stimulée par une question centrale. Ces questions sont formulées à la suite du schéma.

 

Présence

Comment créer les contextes qui favoriseront l’émergence de visions communes et la réalisation d’un potentiel collectif plus élevé?

Écologies de connaissance

Comment créer et cultiver des espaces physiques et virtuels dans lesquels la connaissance sera créée et partagée de façon fluide et organique?

Durabilité

Comment contribuer à ce que l’action collective soit effectuée dans une perspective de pérennité et d’effets positifs sur la nature, la société et l’économie?

Entreprise 3.0

Comment imaginer et créer la prochaine génération d’organisations?

Art de l’accueil

Comment inviter la vie à habiter les conversations pour ranimer et sceller les liens entre les individus et favoriser la collaboration et la cocréation?

Communautés de praticiens

Comment marier les manifestations physiques et virtuelles de la collaboration pour faire naître et prospérer des communautés vivantes, stimulantes et riches?

Leadership collaboratif

Comment stimuler l’émergence de leaders qui restaurent et créent de l’énergie dans les groupes, qui questionnent, savent écouter et invitent à imaginer et à créer un futur qui est collectivement souhaité?

Incarnation

Comment représenter intellectuellement et physiquement le changement qui est souhaité individuellement et collectivement?

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Voilà! Voyons maintenant comment tout ça se mettra en place concrètement et qui viendra jouer avec nous!

Quelques observations sur les communautés de pratique

Hier, j’ai rencontré deux personnes qui travaillent pour une grande organisation. Un de leurs collègues leur avait dit qu’il serait intéressant pour eux, et pour moi, que nous allions discuter un peu. Ce fut effectivement très intéressant!

Ce qui a semblé éveiller le plus leur intérêt fut lorsque l’on a discuté des communautés de pratique. Je leur ai promis de rassembler ici quelques éléments de réflexion qui nous permettront de poursuivre la discussion. Tout le monde est évidemment invité à venir ajouter son grain de sel et enrichir la discussion.

Ça fait plusieurs années que je participe à des projets de démarrage et de croissance de communautés de pratique. La plupart du temps, je n’ai pas été très satisfait du résultat. Mon sentiment était que l’activité de la communauté manquait de vie, n’était pas assez organique. Je manquais toutefois d’outils pour identifier la cause de ce manque de vie.

En parcourant le chemin qui a mené à la création de Grisvert, j’ai pu découvrir et vivre des méthodologies de collaboration et côtoyer des gens qui m’ont permis de mieux comprendre quels sont les éléments qui font en sorte que la vie puisse circuler dans les conversations qui animent un groupe. Au cours des dernières semaines, j’ai eu plusieurs occasions de discuter de communautés de pratique et de comment il serait possible d’imaginer de nouvelles façons d’y insuffler de la vie. Je livre ici mes observations et quelques idées. Tout ça est en construction et ce n’est que dans l’expérimentation que nous pourrons y voir plus clair.

Ancrer dans le réel et utiliser la technologie pour capturer, archiver et amplifier

Le printemps dernier, dans un atelier que j’animais et qui parlait des outils de collaboration sur le web, j’avais suggéré que pour qu’une démarche de travail collaboratif fonctionne, il était important que les interactions entre les gens ne soient pas que virtuelles. Oui, c’est possible de collaborer sans s’être rencontrés en personne, mais je suggérais à l’époque que la rencontre des gens permet d’apporter une autre dimension à la collaboration et qu’une fois que le désir de collaboration s’incarne au sein du groupe, il est possible d’utiliser le plein potentiel des outils technologiques.

Le design de processus pour amorcer la collaboration et obtenir des résultats

Les derniers mois m’ont permis de perfectionner et d’expérimenter l’art du design de processus. C’est, pour moi, une révélation! Je n’ai jamais aimé les règles et les modèles linéaires qui ont surtout pour objectif de contrôler et d’orienter les résultats. Pour moi, ce sont des freins à la créativité et à l’innovation. Ma nature «sauvage» ne s’y prête pas bien!

J’ai toutefois découvert, dans des processus tels que les Cinq respirations, le Diamant de la participation ou encore le Processus en U, des alliés essentiels pour me permettre d’accompagner des groupes dans des démarches d’innovation et de résolution de problématiques complexes.

Un des éléments qui m’agace souvent dans des communautés de pratique dont l’activité se déroule principalement sur un support technologique est l’incapacité du groupe à faire converger les discussions vers l’action. Oui, on réussit à échanger des informations et à enrichir les pratiques, mais on en reste là. L’activité ne se cristallise pas pour donner quelque chose. Il n’y a pas assez de convergence.

Le schéma suivant présente les grandes étapes d’un processus de collaboration: la question de départ, la phase de divergence (nourrir et révéler l’intelligence collective), l’émergence d’une vision commune et la convergence de l’activité du groupe vers une réponse, un projet.

Et si on utilisait un tel processus dans le design d’une communauté de pratique? Qu’est-ce qui arriverait si on créait des espaces éphémères (actifs pour une période déterminée) et que l’on invitait la communauté à venir y répondre à une question? Le fait que l’espace soit éphémère permet de stimuler le passage d’une étape à l’autre pour arriver à converger vers la réponse et le projet. Évidemment, il faut fournir une animation pour soutenir le passage d’une étape à l’autre du processus. Une fois la période prévue pour l’existence de l’espace de collaboration terminée, on le ferme et on archive l’activité. Et s’il n’y a pas eu de convergence vers un projet ou de réponse à la question, tant pis!

Le dernier paragraphe peut paraître très hermétique pour quelqu’un qui n’a pas animé de communauté de pratique, mais les «initiés» à qui j’en ai parlé au cours des dernières semaines ont trouvé l’idée très intéressante. Nous allons l’expérimenter, c’est certain!

Rassembler les conditions qui favoriseront l’émergence de la communauté

La semaine dernière, Chris Corrigan a proposé un schéma qui permet d’identifier les zones d’activité d’une communauté. Je l’ai traduit en français:


Ma première observation: de nombreuses communautés de pratique fonctionnent dans la zone d’intersection entre le travail et le co-apprentissage, la Performance froide. Comme dans bien des cas, on oublie d’accorder de l’importance à la création et au développement des liens qui unissent les membres du groupe. Or, c’est une condition essentielle pour que l’activité d’une communauté soit vivante.

Il faudrait donc que l’activité de la communauté permette d’avoir des effets positifs sur le travail, le co-apprentissage et les liens qui unissent les membres. Je pense que le design et l’animation ont beaucoup à faire pour aider les communautés de pratique (et bien d’autres groupes) à évoluer au centre des trois sphères, dans la zone du Wow!

Voilà où j’en suis. La réflexion est incomplète, je le sais bien. Il y a bien d’autres éléments que j’aimerais aborder, mais je ne peux pas passer la journée à rédiger ce billet! Je sors de la zone d’émergence pour entrer en convergence. Il faut maintenant trouver des contextes et des complices pour expérimenter et apprendre.

En terminant, quelques liens pour aller plus loin.

Permettre et stimuler la collaboration dans les organisations. J’y commentais un article publié par Anectote,Building a collaborative workplace.

Les conversations qui permettent d’innover. Une réflexion de Philippe Dancause qu’a complétée Georges Por dans The CI deficit of the dominant way of organising work.

Et un autre texte de Philippe, Poser les bonnes questions.

Bonne fin de semaine!