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Leadership, politique et démocratie

Ces derniers mois, plusieurs de mes interventions et certaines discussions que j’ai eues avec mes collègues, mes amis et mes clients m’ont amené à formuler des questions pour lesquelles des éléments de réponse sont en train de se mettre en place:

  • Pourquoi les projets dans lesquels des élus ou des hauts fonctionnaires sont en position de leadership sont ceux qui avancent généralement le moins vite?
  • Pourquoi les jeunes de ma génération et de celles qui suivent se désintéressent-ils majoritairement de la participation politique?
  • Qui seront les leaders de demain et que pourra être leur rôle?
  • Comment, dans un monde toujours de plus en plus complexe, allons-nous développer la capacité d’agir de manière cohérente?
  • Comment allons-nous permettre l’émergence d’une génération de politiciens qui sauront faire preuve d’habiletés de leadership plus évoluées que ceux qui nous gouvernent actuellement?

C’est Otto Scharmer, dans Failed governmental governance–and then what? qui a semé les graines d’un projet qui prend forme. À la lumière de la conférence de Copenhague, il affirmait que « la plus importante crise est celle du leadership. Le nouveau leadership et la nouvelle gouvernance globale qui sont maintenant nécessaires ne viendront pas de nos gouvernements mus par les lobbys et les groupes de pression. Ce leadership ne peut naître qu’au travers de nouvelles initiatives dans lesquelles les leaders et les acteurs de la société civile trouveront de nouvelles manières de collaborer avec les leaders des mondes politique, institutionnel et économique dans des initiatives intersectorielles, intergénérationnelles et multidisciplinaires. Ceci devra être fait de manière à permettre une prise de conscience profonde de la réalité et stimuler l’intelligence collective pour s’élever au-dessus des impératifs à court terme dictés par les contraintes institutionnelles et politiques. » Enfin, Scharmer conclut en nous invitant à donner naissance à un nouveau mouvement qui existe déjà en nous et qui ne demande qu’à prendre forme par notre action.

C’était déjà assez pour me mettre la puce à l’oreille et cristalliser certaines idées qui avaient pris forme au fil des conversations et de mes mandats et, en particulier, dans les suites du forum économique Affaires vision 2025.

J’ai la ferme intuition qu’il faut créer un ou plusieurs lieux de dialogue entre les secteurs, les générations et les disciplines. Il faut que ces lieux permettent la naissance de réseaux qui pourront aller plus loin que le politique, sans toutefois le dénigrer ou prendre sa place, mais plutôt pour proposer autre chose et, par le fait même, obliger le politique à se transformer et à évoluer. C’est que les politiciens n’accepteront pas longtemps de se voir larguer par des réseaux qui avancent plus vite qu’eux!

On ne change jamais les choses en combattant la réalité existante.
Pour changer quelque chose, construisez un nouveau modèle qui rendra inutile l’ancien.
— Buckminster Fuller

Voilà pour l’amorce de l’idée. Cette impression qui gagnait en force que les structures de leadership actuelles ne seront pas suffisantes pour répondre aux défis du futur (elles sont déjà insuffisantes pour répondra aux défis actuels) s’est trouvée renforcée par quelques mots de Peter Senge, glanés dans l’avant-propos d’un petit livre merveilleux, On Dialogue de David Bohm.

Senge croit que de nombreux signaux viennent montrer que « les problèmes complexes auxquels nos organisations et notre société ont à faire face demandent une écoute plus profonde et une communication plus ouverte que ce qui a jusqu’à aujourd’hui été la norme. La politique “gagnant-perdant” et l’autorité hiérarchique ne sont tout simplement pas adéquates pour aborder les problématiques des changements climatiques, le fossé toujours grandissant entre riches et pauvres, ou encore les dilemmes de la technologie génétique. Les débats où on “se parle fort  » ne nourrissent pas la compréhension commune, les visions partagées et les réseaux d’action collaborative dont nous avons besoin. Des alternatives doivent être proposées, tant à l’intérieur qu’entre les institutions de toute nature. »

Avec ça, j’en avais assez pour appuyer mes intuitions. Et en particulier celle que la structure politique actuelle, avec des partis aux positions polarisés et des processus de persuasion, de contrôle et de consultation issus d’une autre époque, n’est pas le lieu dans lequel pourront naître les initiatives qui auront le potentiel de nous engager dans la bonne direction.

Il faut faire quelque chose pour faire naître des lieux de dialogue et permettre l’action collaborative et cohérente. Mais quoi? Comment? Et, surtout, comment se positionner par rapport au pouvoir et aux structures politiques? C’est chez Pierre Rosanvallon, dans La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance que j’ai trouvé matière à faire progresser ma réflexion.

Dans son ouvrage, Rosanvallon traite abondamment des différents mouvements de contre-pouvoir, axés surtout sur la surveillance et l’obstruction et dérivant parfois vers le populisme (nous avons eu ces dernières années un exemple flagrant à Québec de contre-démocratie populiste avec le mouvement des X). C’est dans le dernier chapitre de l’ouvrage, où il traite du régime mixte des modernes, que Rosanvallon apporte les éléments les plus intéressants en proposant des pistes qui vont au-delà « d’une action d’obstruction, qui ne dessine aucun horizon cohérent ».

Il constate que « c’est le vide de sens et non le vide de volonté qui fait d’abord problème aujourd’hui. Gouverner ne consiste pas seulement à résoudre des problèmes […] gouverner signifie d’abord rendre le monde intelligible, donner des outils d’analyse et d’interprétation qui permettent aux citoyens de se diriger et d’agir efficacement. »

Enfin, il propose que « l’enjeu est de révéler la société à elle-même, de donner sens et forme à un monde dans lequel les individus ont une difficulté croissante à s’orienter. »

Rosanvallon fait en somme le même constat que Scharmer et Senge, à la différence que les deux derniers ont une expérience et une connaissance de processus de collaboration et de dialogue qui ne sont pas encore largement connus. Et ces processus, ce sont ceux qui sont à la source de mon travail. Ronsavallon voit l’avenir prendre forme au sein des institutions politiques actuelles, Scharmer et Senge proposent plutôt de faire appel à toutes les composantes de la société pour collaborer et faire naître de nouvelles manières d’apprendre, de réfléchir et d’agir afin de nous engager de manière cohérente vers le futur.

Et si le rôle de gouvernance dont parle Rosanvallon pouvait être, du moins pour un certain temps, joué par des réseaux externes au politique? Et si c’était l’action de ces réseaux qui était le moteur permettant l’évolution de nos façons de fonctionner en société?

C’est avec ces questions en tête que je continue à avancer, au fil de mes mandats et des conversations, dans un projet qui est de plus en plus clair: faire naître à Québec un réseau de leaders qui se voudra intersectoriel, intergénérationnel et multidisciplinaire et qui, dans l’action, travaillera à mettre à profit le dialogue, l’intelligence collective et la collaboration afin de développer le plein potentiel de notre région. Puisque, comme le dit Ronsavallon, le sens fait cruellement défaut et que la volonté ne manque pas, créons du sens et harnachons ce trop-plein de volonté pour le mettre au service du bien commun!

Tiens, au sujet du bien commun, Philippe me parlait justement hier de l’édito de René-Daniel Dubois à Bazzo.tv le 4 mars dernier. J’ai retranscrit l’essentiel du propos de Dubois:

«On parle de chaque sujet de manière autonome, pour trouver des solutions, comme si rien de tout ça n’était relié. Ça fait tout un pop corn médiatique! Mais sur la place publique, quand on arrête le pop corn, il n’y a rien, il n’y a pas une seule idée!

Si ya pas très très bientôt, beaucoup de monde, des individus dans la société — attendez pas que les partis vous le demandent, ils ne vous le demanderont pas. Attendez pas que les médias le fassent pour vous autres. Êtes-vous capables de vous asseoir et de vous demander, pas quelle solution aux frais de scolarité — c’est important, mais là c’est pas de ça que je parle — c’est quoi le bien commun pour vous? Êtes vous capable d’expliquer à votre neveu, votre grand-mère, votre conjointe, la dame de la poissonnerie qu’est-ce qui pour vous est préférable dans une société et pourquoi? Êtes-vous capable de le défendre? Seriez-vous capables de vous mettre devant toute la famille, pis d’expliquer pourquoi selon vous que c’est dans ce sens-là qu’il faudrait aller?»

Intéressant, non? Et pas mal en lien avec les questions que je me pose. Voici donc l’état de ma pensée et de mon action. J’ai déjà parlé à plusieurs personnes de l’idée qui prend forme et comme c’est parti, il devrait être possible de lancer quelque chose l’automne prochain avec plusieurs partenaires. Si vous êtes intéressés, faites-moi signe! Et pour une fois, essayez de concentrer vos commentaires sur le blogue plutôt que sur Facebook, où ce texte est automatiquement publié (Chris se questionne aussi sur la multiplication des lieux de commentaires). Je vous tiendrai au courant des développements.

En terminant, je pense que ce billet montre que des jeunes qui s’intéressent à la réussite collective, il y en a encore, contrairement à ce que Stéphane Laporte peut en penser:

Où sont les jeunes? Et quand je dis jeune, je parle des gens dans la trentaine et même dans la quarantaine. Ils s’occupent de leurs affaires. On a de plus en plus d’exemples de réussite personnelle au Québec, et de moins en moins d’exemples de réussite collective. Source: L’ex-Québec

Je crois que c’est fondamentalement politique cette démarche et, si j’en crois Ronsavallon, profondément démocratique:

Le but conséquent de la démocratie est ainsi indissociablement de rendre possible la construction d’une histoire commune et d’indiquer un horizon de sens: il est de mettre fin d’un même mouvement à l’aveuglement des hommes et à leur impuissance. La souveraineté n’est pas seulement exercice d’un pouvoir: elle est maîtrise de soi et compréhension du monde.

Présentation à la JIQ 2009

Sentier du Mont Hibou, Stoneham, en rando pour préparer ma conférence!

Aujourd’hui, dans le cadre de la Journée de l’informatique 2009, j’étais invité à participer à une table ronde le matin et à prononcer une conférence en après-midi. 1600 participants et une grosse organisation. Un design d’événement très traditionnel malgré certains artifices modernes. J’y étais à titre d’«expert».

Pour moi qui suis beaucoup plus à l’aise dans le rôle de facilitateur, c’était une drôle d’expérience. Dans les événements que je conçois et que j’anime, je cherche à activer l’intelligence des groupes. À mettre cette intelligence collective à profit pour répondre à des questions qui méritent que l’on s’y attarde. Et surtout, j’essaie de ne pas trop laisser de tribune aux experts pour plutôt permettre à tous les gens qui sont présents de s’exprimer, d’échanger et de voir ensemble le futur qu’ils souhaitent créer. Aujourd’hui, j’ai vu des experts — j’en étais un — prendre toute la place et des participants écouter sagement — ou vaguement.

Je pense que la plupart des gens présents ont apprécié leur journée. Mais j’en repars avec le sentiment que l’on aurait pu inviter les 1600 personnes présentes à aller beaucoup plus loin. Voici les questions qui me trottent dans la tête: Quelles sont les questions qui animent ces gens? Qu’est-ce que l’on pourrait faire naître lors d’un tel événement et qui aurait le potentiel de faire toute la différence dans leur domaine d’intérêt? Qu’est-ce que 1600 acteurs du milieu informatique de la région de Québec pourraient, ensemble, réaliser de plus grand en une journée?

Pour ce qui est de mon atelier de l’après-midi, j’espère que les quelque 400 personnes présentes ont apprécié. Personnellement, le moment que j’ai préféré est quand j’ai invité les participants à se tourner vers quelqu’un qu’ils ne connaissaient pas et de faire connaissance puis de partager une belle expérience de collaboration. C’était superbe de voir 400 personnes qui s’étaient retenues de parler pendant 5 heures se lancer immédiatement dans de belles conversations. J’ai senti une grande vague d’énergie! Et ils ne voulaient plus s’arrêter!

À la fin de ma conférence, une drôle d’idée m’est venue en tête: «veux-tu ben me dire qu’est-ce que tu as fait là? Obliger 400 personnes à t’écouter pendant 45 minutes… tu leur as volé leur temps… t’aurais été bien mieux de les laisser parler de ce qui les intéresse vraiment!» J’ai alors repris le micro pour expliquer que j’ai plus l’habitude, en tant que facilitateur, d’être «totalement présent et presque invisible» et que là, d’avoir été tant visible me faisait me sentir un peu mal. Je me suis ensuite excusé d’avoir parlé si longtemps (tout de même 15 minutes de moins que ce à quoi j’avais droit!) et j’ai émis le souhait qu’ils avaient au moins un peu apprécié. Héhé! Ça me fait un peu rire après coup, mais c’était sincère!

Voilà! Je ne sais pas si je vais encore accepter de faire des conférences «à la traditionnelle». J’ai tellement plus de plaisir à animer des groupes et à laisser leur plein potentiel s’exprimer. Je vais laisser décanter un peu celle-là et on verra.

Voici mes diapos, mais si vous n’y étiez pas, ça risque d’être assez peu explicite. Très peu de mots, surtout des photos. Quelques références suivent le diaporama. Merci aux gens de la JIQ de m’avoir invité et, surtout, merci aux gens qui ont participé à l’événement.

Références

Puisque ma présentation ne parle pas beaucoup d’elle-même, en voici deux autres que j’avais fait en fonction d’une plus large diffusion sur le web et qui sont en lien avec ce dont j’ai parlé:

Quelques livres qui constituent pour moi des références très utiles.

51vDa5-vIYL._SL500_PIsitb-sticker-arrow-big,TopRight,35,-73_OU15_SS75_Facilitator’s Guide to Participatory Decision-Making (Sam Kaner)

Le meilleur livre pour s’initier rapidement à de nouveaux trucs d’animation. La base de la facilitation s’y trouve. Pour commencer à faire les choses différemment en matière d’animation, c’est le premier pas.

416G7vRDg2L._SL500_PIsitb-sticker-arrow-big,TopRight,35,-73_OU15_SS75_Presence: Human Purpose and the Field of the Future (Peter M. Senge, C. Otto Scharmer, Joseph Jaworski, Betty Sue Flowers)

Dès les premières pages, je savais que je trouverais dans ce livre l’inspiration pour faire un bon bout de chemin. Trois ans plus tard, c’est encore la base théorique de mon travail (avec la «bible» qui en est issue, Theory-U).

51wJDhZQXdL._SL500_PIsitb-sticker-arrow-big,TopRight,35,-73_OU15_SS75_The World Cafe: Shaping Our Futures Through Conversations That Matter (Juanita Brown, David Isaacs)

Le World Café (café de conversation) est une méthode facile d’approche et qui s’adapte à plein de contextes. Le livre est une belle source d’inspiration au sujet du dialogue, de l’émergence et de la collaboration. Le site de la communauté du World Café est aussi intéressant. La plupart des photos de ma présentation ont été prises dans des cafés de conversation que j’animais.

41nZtRMiw1L._SL500_PIsitb-sticker-arrow-big,TopRight,35,-73_OU15_SS75_Open Space Technology: A User’s Guide (Harrison Owen)

La méthode d’animation que je préfère. Celle où on met le plus de côté le contrôle et où on permet le plus à chacun de s’exprimer. Le Forum ouvert est une méthode extrême performante et qui, en plus, fait naître de la joie, de la beauté et de la paix. C’est génial! J’ai déjà hâte à ma prochaine journée en Forum ouvert, le 30 novembre, alors que j’accompagnerai les membres du RQIS. Quelques ressource en français sur le Forum Ouvert ici.

Je pourrais passer ma soirée à vous suggérer d’autres livres mais ceux-ci vous permettront de faire les premiers pas. Sur le web, il faut aussi lire Margareth Weathley, Otto Scharmer, Peter Block, mes collègues de la communauté de l’Art of Hosting (la base méthodologique de mon travail) et enfin, mes amis et mentors Isabelle Mahy (qui a aujourd’hui si bien parlé d’une superbe journée en forum ouvert que nous avons vécue il y a 2 semaines), Chris Corrigan et George Por.

Au sujet des «bonnes questions», mon outil le plus précieux est le petit livre The Art of Powerful Questions (Juanita Brown). Une version PDF est disponible sur cette page. On peut aussi avoir une version française ici, mais ça ne vole pas haut comme traduction.

Au sujet de la «haute densité» des informations échangées lors de rencontres physiques, lire Signaux honnêtes, l’importance de la rencontre pour soutenir l’innovation.

Plus d’infos sur les licences de droit d’auteur Creative Commons ici.

Beaucoup d’autres choses à découvrir aussi sur mon blogue (vous y êtes déjà!), celui de mon associé Philippe Dancause et aussi en suivant les liens «Lectures numériques» et «Lectures papier» dans la colonne de droite de mon blogue.

En terminant, si vous allez sur le site de Grisvert, sachez qu’une nouvelle version (Grisvert 3.0) sera mise en ligne dans quelques jours. La plupart de ce qui y est écrit présentement a été rédigé il y a 1 an. C’est encore vrai, mais on a depuis beaucoup clarifié et précisé notre discours et notre offre de services. Retournez donc le voir dans une ou deux semaines pour avoir une meilleure idée.

N’hésitez pas à commenter si vous avez des questions. Et pour les gens qui veulent devenir mes amis sur Facebook, pas de chance… je n’y accepte que les gens que je connais bien et avec qui je peux partager mes états d’âme et mes photos familiales avec un certain degré de sécurité. Ce n’est pas que je ne vous aime pas, mais juste que je me garde une petite gêne!

Quelques observations sur les communautés de pratique

Hier, j’ai rencontré deux personnes qui travaillent pour une grande organisation. Un de leurs collègues leur avait dit qu’il serait intéressant pour eux, et pour moi, que nous allions discuter un peu. Ce fut effectivement très intéressant!

Ce qui a semblé éveiller le plus leur intérêt fut lorsque l’on a discuté des communautés de pratique. Je leur ai promis de rassembler ici quelques éléments de réflexion qui nous permettront de poursuivre la discussion. Tout le monde est évidemment invité à venir ajouter son grain de sel et enrichir la discussion.

Ça fait plusieurs années que je participe à des projets de démarrage et de croissance de communautés de pratique. La plupart du temps, je n’ai pas été très satisfait du résultat. Mon sentiment était que l’activité de la communauté manquait de vie, n’était pas assez organique. Je manquais toutefois d’outils pour identifier la cause de ce manque de vie.

En parcourant le chemin qui a mené à la création de Grisvert, j’ai pu découvrir et vivre des méthodologies de collaboration et côtoyer des gens qui m’ont permis de mieux comprendre quels sont les éléments qui font en sorte que la vie puisse circuler dans les conversations qui animent un groupe. Au cours des dernières semaines, j’ai eu plusieurs occasions de discuter de communautés de pratique et de comment il serait possible d’imaginer de nouvelles façons d’y insuffler de la vie. Je livre ici mes observations et quelques idées. Tout ça est en construction et ce n’est que dans l’expérimentation que nous pourrons y voir plus clair.

Ancrer dans le réel et utiliser la technologie pour capturer, archiver et amplifier

Le printemps dernier, dans un atelier que j’animais et qui parlait des outils de collaboration sur le web, j’avais suggéré que pour qu’une démarche de travail collaboratif fonctionne, il était important que les interactions entre les gens ne soient pas que virtuelles. Oui, c’est possible de collaborer sans s’être rencontrés en personne, mais je suggérais à l’époque que la rencontre des gens permet d’apporter une autre dimension à la collaboration et qu’une fois que le désir de collaboration s’incarne au sein du groupe, il est possible d’utiliser le plein potentiel des outils technologiques.

Le design de processus pour amorcer la collaboration et obtenir des résultats

Les derniers mois m’ont permis de perfectionner et d’expérimenter l’art du design de processus. C’est, pour moi, une révélation! Je n’ai jamais aimé les règles et les modèles linéaires qui ont surtout pour objectif de contrôler et d’orienter les résultats. Pour moi, ce sont des freins à la créativité et à l’innovation. Ma nature «sauvage» ne s’y prête pas bien!

J’ai toutefois découvert, dans des processus tels que les Cinq respirations, le Diamant de la participation ou encore le Processus en U, des alliés essentiels pour me permettre d’accompagner des groupes dans des démarches d’innovation et de résolution de problématiques complexes.

Un des éléments qui m’agace souvent dans des communautés de pratique dont l’activité se déroule principalement sur un support technologique est l’incapacité du groupe à faire converger les discussions vers l’action. Oui, on réussit à échanger des informations et à enrichir les pratiques, mais on en reste là. L’activité ne se cristallise pas pour donner quelque chose. Il n’y a pas assez de convergence.

Le schéma suivant présente les grandes étapes d’un processus de collaboration: la question de départ, la phase de divergence (nourrir et révéler l’intelligence collective), l’émergence d’une vision commune et la convergence de l’activité du groupe vers une réponse, un projet.

Et si on utilisait un tel processus dans le design d’une communauté de pratique? Qu’est-ce qui arriverait si on créait des espaces éphémères (actifs pour une période déterminée) et que l’on invitait la communauté à venir y répondre à une question? Le fait que l’espace soit éphémère permet de stimuler le passage d’une étape à l’autre pour arriver à converger vers la réponse et le projet. Évidemment, il faut fournir une animation pour soutenir le passage d’une étape à l’autre du processus. Une fois la période prévue pour l’existence de l’espace de collaboration terminée, on le ferme et on archive l’activité. Et s’il n’y a pas eu de convergence vers un projet ou de réponse à la question, tant pis!

Le dernier paragraphe peut paraître très hermétique pour quelqu’un qui n’a pas animé de communauté de pratique, mais les «initiés» à qui j’en ai parlé au cours des dernières semaines ont trouvé l’idée très intéressante. Nous allons l’expérimenter, c’est certain!

Rassembler les conditions qui favoriseront l’émergence de la communauté

La semaine dernière, Chris Corrigan a proposé un schéma qui permet d’identifier les zones d’activité d’une communauté. Je l’ai traduit en français:


Ma première observation: de nombreuses communautés de pratique fonctionnent dans la zone d’intersection entre le travail et le co-apprentissage, la Performance froide. Comme dans bien des cas, on oublie d’accorder de l’importance à la création et au développement des liens qui unissent les membres du groupe. Or, c’est une condition essentielle pour que l’activité d’une communauté soit vivante.

Il faudrait donc que l’activité de la communauté permette d’avoir des effets positifs sur le travail, le co-apprentissage et les liens qui unissent les membres. Je pense que le design et l’animation ont beaucoup à faire pour aider les communautés de pratique (et bien d’autres groupes) à évoluer au centre des trois sphères, dans la zone du Wow!

Voilà où j’en suis. La réflexion est incomplète, je le sais bien. Il y a bien d’autres éléments que j’aimerais aborder, mais je ne peux pas passer la journée à rédiger ce billet! Je sors de la zone d’émergence pour entrer en convergence. Il faut maintenant trouver des contextes et des complices pour expérimenter et apprendre.

En terminant, quelques liens pour aller plus loin.

Permettre et stimuler la collaboration dans les organisations. J’y commentais un article publié par Anectote,Building a collaborative workplace.

Les conversations qui permettent d’innover. Une réflexion de Philippe Dancause qu’a complétée Georges Por dans The CI deficit of the dominant way of organising work.

Et un autre texte de Philippe, Poser les bonnes questions.

Bonne fin de semaine!

 

Identifier les contextes propices à la collaboration

Philippe et moi sommes en plein développement de Grisvert. Réseau de complices, textes pour le site web, matériel pour aider les clients (et nous!) à mieux comprendre ce que l’on fait, offres de services et tout le tralala de démarrage d’entreprise. C’est excitant et épuisant en même temps!

Nous essaierons de prendre l’habitude de lancer sur nos blogues personnels les premières versions de certains documents. D’abord parce que plusieurs clients potentiels nous lisent déjà, mais surtout pour inviter nos amis et collaborateurs à commenter et nous aider à les améliorer. Launch early and iterate, comme ils disent chez Google! Continuer la lecture de Identifier les contextes propices à la collaboration 

Permettre et stimuler la collaboration dans les organisations

Anecdote vient de publier Building a collaborative workplace. Cet article constitue une lecture essentielle pour toute personne qui se frotte à des projets de travail collaboratif. Extrait de l’introduction:

Today we face an entirely new environment for innovation and getting things done. The days of the lone genius quietly toiling away in pursuit of that ‘Eureka’ moment to revolutionise an industry are all but over. We are now in the days of asking and listening to our customers and working with them in our innovation cycles. Innovation demands collaboration. So does production. In the past we could focus on a single task in an assembly-line fashion, handing our completed activity to the next person who would in turn do the same, until the job was finished. Now the jobs change fast, requiring learning new skills rather than merely repeating the old. We have to seek out people who have other pieces of the puzzle and work with them to tackle increasingly complex issues at a much faster pace.

[…]
Innovation demands collaboration. So does production. In the past we could focus on a single task in an assembly-line fashion, handing our completed activity to the next person who would in turn do the same, Today we all need to be collaboration superstars. The trouble is, collaboration is a skill and set of practices we are rarely taught. It’s something we learn on the job in a hit-or-miss fashion. Some people are naturals at it, but most of us are clueless.
Our challenge doesn’t stop there. An organisation’s ability to support collaboration is highly dependent on its own organisational culture. Some cultures foster collaboration while others stop it dead in its tracks. Today we all need to be collaboration superstars. [via Dale Arseneault]

L’article définit ce qu’est la collaboration, détaille trois types de collaboration (en équipe, en communauté et en réseau) et identifie les principaux facteurs de succès pour qu’une culture de collaboration se développe. Les auteurs discutent également du rôle du leadership et de la culture d’entreprise et donnent des conseils pour renforcer la culture de collaboration. Enfin, un questionnaire permet de mesurer la force de la culture de collaboration de votre milieu de travail.

J’ai souvent l’occasion de discuter avec des amis qui, tout comme moi, accompagnent des groupes dans des démarches de collaboration. Nos constats sont similaires à ceux des auteurs de Building a collaborative workplace: aujourd’hui, la technologie est un outil indispensable pour une démarche de travail collaboratif, mais il faut d’abord et avant tout travailler à stimuler une culture de partage et développer les habiletés des individus à participer et à «vivre» dans un univers d’information.

J’ai noté cette petite phrase dans la marge de l’une des pages de l’article (oui oui, je l’ai imprimé pour le lire bien assis sur un fauteuil!):

Grisvert: stimuler la collaboration et mettre à profit l’intelligence collective afin de résoudre des problématiques complexes.

C’est vers là que l’on se dirige avec Grisvert. En passant, j’ai complété un premier U-Process avec un client: Wow! Le résultat est vraiment impressionnant. Je ne pensais pas que nous pourrions obtenir un projet d’une telle clarté et d’une telle pertinence si rapidement. Vraiment, ça promet!

Conférence OPDE 2008 – Les outils pour décider ensemble

Je viens de m’inscrire à une conférence qui se tiendra à Québec les 5 et 6 juin prochain: Les outils pour décider ensemble. Le propos semble destiné surtout aux chercheurs universitaires, mais le généraliste que je suis pourra assurément y trouver son compte:

Afin de porter un regard élargi sur la décision à plusieurs, la diversité des réflexions, des contextes et des outils est privilégiée. La conférence s’adresse donc à tous les chercheur(e)s dont les travaux concernent, d’une part la décision à plusieurs et d’autre part l’utilisation d’outils, notamment d’aide à la décision. La définition de la notion d’outil est très ouverte. Il peut s’agir d’outils de gestion, de logiciels, d’outils d’animation de groupe ou de négociation, d’application informatique ou de méthode d’analyse multicritère.

Le programme de l’événement est ici.

Merci à Clément qui m’a relayé l’information.