Archives du tag : Autoorganisation

Récolte de la semaine

La semaine en quelques mots et quelques liens.

Radical

Sur le toit du Musée de la civilisationCe mot m’habite depuis plusieurs jours déjà. J’ai faim d’actes radicaux. Pas des actes de rejet, de destruction ou de séparation. Des actes radicaux d’ouverture, de réconciliation et de reconstruction. Et ça, ça demande bien plus de courage que de détruire l’autre parce qu’il est différent. Et les données récentes sur les effets des changements climatiques ne laissent pas place à une action lente et non coordonnée. Il faut être radicaux!

La semaine a démarré avec la conception d’une table ronde à laquelle je participerai dans le cadre du 4e colloque international sur l’animation qui se tiendra à Montréal les 28, 29 et 30 octobre. Le titre de la table ronde, L’intelligence collective à l’œuvre: conversation et créativité comme processus radical de cocréation du changement (le programme est ici) ne nous donne pas le droit de faire quelque chose d’ordinaire! C’est donc en compagnie d’Isabelle Mahy, Paul Carle, George Por, Catherine Barnabé et Caroline Durand que j’aurai le plaisir de faire vivre un processus en U aux participants de cette table ronde qui sera bien des choses sauf une table ronde! Le design préliminaire est imaginé… il nous reste à raffiner le tout. L’invitation est lancée: si les courbes et les processus en U vous intéressent, vous devez être là! On va s’amuser! Nous préparons aussi un parcours de cocréation ouvert à tous et totalement éclaté pour le jeudi après-midi. On va se lâcher lousses, toute la gang, dans une aventure émergente et créative. J’ai hâte! Plus de détails bientôt pour l’activité ouverte à tous. [Mise à jour. Le titre de l'activité est maintenant connu: Intelligence collective, chemin faisant... Avec terrains de jeux ! Ce sera le 29 octobre, de midi à 21h. Un site Ning sera bientôt lancé... je vous tiens au courant.]

Mes ruminations autour du thème de l’acte radical ont trouvé un bel écho hier soir avec ce texte d’Alex Steffen, sur Worldchanging: Letter from Copenhagen – Cities and citizenship. Encore imprégné de l’esprit de Copenhague, Steffen partage son constat que l’action radicale est plus que jamais nécessaire:

I’m more and more convinced we need radical action. Not bombs or barricades, but seriously non-linear and innovative interventions, new approaches that will let simple facts and needed truths influence the American political debate again: a form of shock troop tactics to break the stalemate.

Those tactics can borrow nothing from the tactics of the 60s, because many of the people now running multi-million dollar reactionary astroturf groups actually design their schemes to mimic 1960s protest campaigns. When oil companies bus their employees into protest rallies complete with signs and songs and a spirit of « rebellion, » we should recognize how blocked those approaches are.

No, what America needs is an upheaval that’s much more innovative, more fundamental, more sudden. I don’t think anyone quite has a clear sight of what that is yet. Industrial shifts to a clean economy, new models of news publishing, government 2.0, the street as platform, post-ownership and post-consumer identities, community resilience a growing cultural preference for participation and collaboration combining with a search for transparency and backstories and authenticity: all of these are clearly in the code of whatever new system is emerging, but none of them defines it.

Ça rejoint totalement l’esprit dans lequel je suis ces jours-ci. Et ça tombe bien puisque nous prévoyons une aventure familiale vers le Danemark et la Suède pour l’été prochain. Nous souhaitons nous imprégner de l’esprit de lieux qui sont à l’avant-garde et, surtout, faire vivre aux enfants des expériences de vie différentes et enrichissantes. Et quand je lis Steffen, j’ai encore plus hâte à l’été prochain:

I love Copenhagen. It’s beautiful and unbelievably livable and human-scaled. People are friendly, the food is good, it’s downright pleasant to walk around. Forget Denmark’s climate leadership, its wind-powered economy or the stunning fact that Copenhagen is aiming to increase the percentage of total trips taken by bicycle from its current 37% to 50%: the Danes just know how to live.

Émergence, autoorganisation et technologie

Hier, j’ai vu le programme de la JIQ 2009 et ça m’a brutalement rappelé que j’y participerai à une table ronde et y présenterai une conférence. J’y parlerai de collaboration et du fait que ce n’est pas la technologie qui, par magie, fait apparaître la capacité de collaboration dans des équipes et des organisations. J’ai l’intention de m’inspirer de la nature pour décrire les sources de la collaboration et ensuite proposer des moyens de démarrer un esprit de collaboration dans des équipes de travail, sans même utiliser la technologie. Ensuite, si on ajoute la technologie à une équipe qui collabore déjà bien, on peut décupler sa performance. Quel ne fut pas mon bonheur, ce matin, de tomber, pisté par Harold Jarche, sur le Bioteaming Manifesto!

Les auteurs y proposent un cadre qui permet d’appliquer aux équipes virtuelles et connectées certains principes inspirés de la collaboration dans la nature.

What is dangerously lacking is a culture of collaboration and cooperative learning capable of becoming aware of the critical importance of adopting a set of behaviour-policies supportive of strong team interaction. Unless strong foundations are placed under the way we think and act as team members, no amount of whiz-bang technology will catapult online business teams from inefficient and productive units.

[...]

The fundamental thing missing from Virtual Networked Teams today is the open recognition of the dynamic and living nature of the team itself as a separate entity from that of its individual members.

A networked business team is a living entity in and of itself. A Virtual Networked Team is more than the sum of its members abilities.

An ant colony, one of natures’ most efficient and successful living teams, has a life of its own — albeit intimately connected to the lives of its members.

In organisations we treat our teams mechanistically. We think of our teams more like clocks or engines that are assigned to specific tasks and assignments. We want the highest control of them and we want them to be very predictable in their work behaviour. Exactly the opposite of what nature’s bioteams do. Interpretation of the team as a whole, living entity, allows a more insightful interpretation of the most efficient courses of team action.

Haha! Totalement dans le sens où je me dirige pour mon atelier. Le modèle des auteurs est intéressant, mais j’irai plus loin, en y superposant les technologies sociales que j’utilise avec des groupes et aussi en proposant des exemples dignes d’un vrai naturaliste! Il me reste encore à voir comment j’intégrerai des éléments d’animation dans l’atelier pour faire participer l’assistance et activer l’intelligence collective du groupe. Tiens! Ça me donne l’idée de ressortir un modèle que j’avais imaginé l’an dernier pour une petite rencontre avec des amis praticiens de l’Art of Hosting. Tout ça est évidemment intimement relié à mon billet d’hier sur l’autoorganisation et les propriétés émergentes des systèmes vivants.

Bon, c’est pas mal tout. Il reste du boulot à abattre avant la fin de la journée. Pour les initiés au Forum Ouvert, cette vidéo de Harrison Owen parlant de son nouveau livre est très intéressante. Faut aussi écouter le nouveau disque d’Elisapie Isaac (critique d’Alain Brunet). Elle a des collaborateurs que j’aime beaucoup (Martin Léon, Antoine Gratton…) et ça donne un superbe disque. La pièce écrite par Desjardins et Lapointe est chargée d’une émotion incroyable. Ya juste Desjardins qui réussit à me tirer des larmes avec une chanson.

I’m more and more convinced we need radical action. Not bombs or barricades, but seriously non-linear and innovative interventions, new approaches that will let simple facts and needed truths influence the American political debate again: a form of shock troop tactics to break the stalemate.
Those tactics can borrow nothing from the tactics of the 60s, because many of the people now running multi-million dollar reactionary astroturf groups actually design their schemes to mimic 1960s protest campaigns. When oil companies bus their employees into protest rallies complete with signs and songs and a spirit of « rebellion, » we should recognize how blocked those approaches are.
No, what America needs is an upheaval that’s much more innovative, more fundamental, more sudden. I don’t think anyone quite has a clear sight of what that is yet. Industrial shifts to a clean economy, new models of news publishing, government 2.0, the street as platform, post-ownership and post-consumer identities, community resilience a growing cultural preference for participation and collaboration combining with a search for transparency and backstories and authenticity: all of these are clearly in the code of whatever new system is emerging, but none of them defines i

Autoorganisation et émergence

Banc de sable de Portneuf-sur-mer

La semaine dernière, je suis allé faire un petit tour sur la Côte-Nord pour participer à la Rencontre du savoir organisée par mes amis de la Réserve mondiale de la biosphère Manicouagan-Uapishka. En route, je me suis arrêté au banc de sable de Portneuf-sur-Mer. J’ai failli ne jamais me rendre à Baie-Comeau, happé que j’étais pas la beauté du lieu! Le banc de Portneuf est un lieu de ravitaillement et de repos pour les oiseaux qui migrent de l’Arctique vers les tropiques. C’est là que s’arrêtent pluviers et bécasseaux à la fin de l’été.

Il y avait là des centaines de goélands (argentés et marins), de pluviers (semipalmés) et de bécasseaux (semipalmés et d’Alaska). Un faucon pèlerin en chasse et plusieurs phoques. J’aurais bien aimé voir un labbe, mais pas de chance.

J’ai toutefois été totalement renversé par les bandes de bécasseaux qui volaient en masse compacte et coordonnée. C’était totalement fascinant. La vidéo qui suit a été filmée avec mon téléphone, mais elle permet quand même d’apprécier la beauté de ces groupes d’oiseaux qui semblent ne former qu’un seul individu.

Bécasseaux sur YouTube

Chaque oiseau n’a pas conscience d’un plan en lien avec son action, mais le résultat est plus grand que la somme des actions individuelles. C’est ce qu’on appelle une propriété émergente. L’avantage évolutif de cette autoorganisation des groupes d’oiseaux est encore plus évident sur cette séquence qui montre l’attaque d’un faucon pèlerin sur une troupe d’étourneaux (ce n’est pas moi qui l’ai filmée… mais je rêve d’assister à un tel spectacle). Tout simplement fascinant!

Falcon Attack: Peregrine Divebombs Flock of Starlings

Cette capacité d’autoorganisation est partout dans la nature. Sans même avoir conscience d’un plan ou d’un projet, les êtres vivants s’ordonnent. Et la conscience humaine, ajoutée à cette capacité d’autoorganisation et à cette recherche d’émergence, que peut-elle produire? Le meilleur comme le pire, évidemment! Mais le potentiel est énorme. Je laisse Margareth Wheatley poursuivre la réflexion:

A system is fluid relationships that we observe as rigid structure. If we look past these structures, we see that systems spring to life from agreements among individuals on how best to live together. From this multitude of individual explorations, a system may suddently appear. Individuals didn’t know they were creating a system. They were just trying to work out the details of relating to their neighbors. But from just such local activities large systems arise, stabilized structures of new capacity.

[...]

The system emerges as individuals freely work out conditions of life with their neighbors. No one worries about designing the system. Everyone concentrates on making sense of the relationships and needs that are vital to their existence. they are coevolving. From such a local, autonomous, and messy negotiations, something large, complex, and useful emerges. Individual freedom leads to global stability. Through messy parallel activities, life organizes its effectiveness. It looks like a mess. It is a mess. And from the mess, a system appears that works.

When we model our organisations on standards of machine efficiency, we are told to minimize the numbers, eliminate the waste, get down to one. But an emergent world needs the messiness of many. It rewards our collaborations with systems that make more possible.

Margareth J. Wheatley – A simpler way

Hummm! Il ne reste plus beaucoup de place dans tout ça pour nos leaders modernes, rompus au contrôle, à l’ordre, à la propreté et possesseurs de LA vérité et de LA solution! C’est là que les leaders sauvages doivent entrer en scène!

Avant de terminer, je retranscris encore quelques mots de Margareth Wheatley, toujours tirés du livre A simpler way et qui constituent l’invitation qui est lancée par cet ouvrage.

There is a simpler way to organize human endeavor. It requires a new way of being in the world. It requires being in the world without fear. Being in the world with play and creativity. Seeking after what’s possible. Being willing to learn and to be surprised.

Voilà! Vite au boulot: une autre journée à jouer et créer avec des gens qui sont prêts à faire une différence et, surtout, à envisager l’avenir autrement. Et des surprises, il y en aura, c’est certain! Quelle joie!