La nature d’une nouvelle entreprise

Carnet d’observations de Jean-Sébastien Bouchard

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Les vérités qui dérangent de Wired

29 mai 2008 · 1 commentaire

Vous avez peut-être lu, dans le plus récent numéro du magazine Wired, l’article Inconvenient Truths: Get Ready to Rethink What It Means to Be Green. Si ce n’est pas le cas, je vous invite à le lire!

L’article présente 10 «hérésies vertes» au titre volontairement provocateur:

Live in Cities:
Urban Living Is Kinder to the Planet Than the Suburban Lifestyle

A/C Is OK:
Air-Conditioning Actually Emits Less C02 Than Heating

Organics Are Not the Answer:
Surprise! Conventional Agriculture Can Be Easier on the Planet

Farm the Forests:
Old-Growth Forests Can Actually Contribute to Global Warming

China Is the Solution:
The People’s Republic Leads the Way in Alternative-Energy Hardware

Accept Genetic Engineering:
Superefficient Frankencrops Could Put a Real Dent in Greenhouse Gas Emissions

Carbon Trading Doesn’t Work:
Carbon Credits Were a Great Idea, But the Benefits Are Illusory

Embrace Nuclear Power:
Face It. Nukes Are the Most Climate-Friendly Industrial-Scale Form of Energy

Used Cars — Not Hybrids:
Don’t Buy That New Prius! Test-Drive a Used Car Instead

Prepare for the Worst:
Climate Change Is Inevitable. Get Used to It

Certains éléments présentés sont évidents (par exemple, l’avantage de vivre en ville), mais la plupart de leurs arguments sont, à mon avis, très superficiels. Ils font l’erreur trop fréquente de ne voir qu’une des facettes de chacun des problèmes. Quand on me dit qu’il vaut mieux vivre en Arizona plutôt qu’au Vermont parce que climatiser une maison demande moins d’énergie que de la chauffer et que l’on n’aborde pas le problème de l’approvisionnement en eau et en énergie, je ne peux que m’étonner du peu de profondeur de la réflexion.

La vision véhiculée par Wired est très représentative de la pensée générale des gens qui voient les activités humaines et le monde naturel comme deux systèmes séparés. Les économistes, les ingénieurs et les gens d’affaires qui vivent sans contact avec le milieu naturel ont souvent le réflexe de considérer la nature comme un obstacle, une variable qui introduit trop d’incertitude dans leurs modèles pour un futur économiquement efficace. Et du coup, la technologie et le libre marché constituent les principaux moteurs pour régler les problèmes.

Mais Wired n’a pas tout mal! Les éditeurs du magazine ont demandé à Alex Steffen, rédacteur en chef de l’excellent site Worldchanging, de donner son avis sur l’article dans un bref commentaire intitulé Counterpoint: Dangers of Focusing Solely on Climate Change. Et c’est dans ce commentaire, qui vient révéler la superficialité des analyses présentées dans l’article, que l’essentiel se trouve:

We don’t need a War on Carbon. We need a new prosperity that can be shared by all while still respecting a multitude of real ecological limits — not just atmospheric gas concentrations, but topsoil depth, water supplies, toxic chemical concentrations, and the health of ecosystems, including the diversity of life they depend upon.

We can build a future in which technology, design, smart incentives, and wise policies make it possible to deliver a high quality of life at lower ecological cost. But that brighter, greener future is attainable only if we embrace the problems we face in all their complexity. To do otherwise is tantamount to clear-cutting the very future we’re trying to secure. (Counterpoint: Dangers of Focusing Solely on Climate Change).

Steffen va encore plus loin dans The Real Green Heretics, publié hier sur Worldchanging:

The discussions we see today — whether we’re talking energy sources, farming practices or fashion choices — are not even the right kind of debate. Unable to mentally grapple with the idea that we need to be aiming for total sustainability right now, we talk to death the same series of inadequate baby steps. Faced with the need to reinvent the material basis of our civilization, we argue paper or plastic.

If you want truly dangerous bright green ideas, go way out beyond what the conventional wisdom thinks is possible. The conventional wisdom’s sense of the possible is irrelevant to reality; it’s being melted by climate change and planetary crisis faster than an Alpine glacier. Think, instead, of the implications of ideas like zero energy, zero emissions, zero waste, closed loops, true-cost accounting for the value of ecological services, product-service systems, visible flows, totally transparent backstories, open innovation, green infrastructure, etc. These concepts are really weird, full of new insights and critical uncertainties — and they, or ideas like them, are very quickly going to become the operating principles of our entire society. If we want to avoid a catastrophic collision with ecological reality, we need to change our thinking.

Our ideas of what’s normal, or even what’s possible, will not outlast the next decade. Unfortunately, Wired’s list of heresies is a list of normal, contemporary approaches (nukes, tree plantations, factory farming, living in the Sunbelt suburbs) and current environmental commonplaces (cities are good, China can be green, carbon trading needs reform) packaged in a way designed to shock and titillate.

What would have been far, far more heretical is to do for planetary sustainability issues what the first issues of Wired tried to do for information technologies: explain why the whole current debate was stale and out-of-touch, and attempt to illuminate a new way of thinking that to the folks back home seemed unfathomable, often crazy, but which turned out to be more right than wrong — to predict the present in a way that changes our understanding of the world in which we live. There is an emerging culture of real, bright green hand-waving brilliant heretics out there, and the reading public deserves to know what they think.

That, unfortunately, is an opportunity Wired missed. (The Real Green Heretics)

Si l’on veut assurer la pérennité de l’humanité, il est impératif d’envisager un futur dans lequel nous ne vivrons pas une vie similaire à celle que nous, occidentaux, vivons depuis quelques années. Nous avons vu, au cours du XXe siècle, la civilisation occidentale chercher à s’élever au-dessus du milieu naturel. Les organisations sont devenues plus grandes que nature. Il faut maintenant penser à recréer les liens avec la nature, comprendre l’importance du maintien des services écologiques et de la biodiversité et retrouver notre place dans la biosphère (si vous trouvez cette idée totalement farfelue, suspendez votre jugement l’espace de quelques minutes et lisez mon texte sur la restauration de la nature).

L’idée qu’il faut lâcher prise sur le passé et s’ouvrir à de nouvelles idées est à la source de Grisvert, le projet qui m’anime actuellement et qui sera pleinement opérationnel au début de l’automne. Ça fera 2 ans lundi prochain que j’ai amorcé le parcours qui m’a mené là où j’en suis aujourd’hui et quand je relis ce texte, je pense pouvoir dire que ça tient encore la route! Avoir le privilège de prendre le temps qu’il faut pour imaginer et créer le travail que l’on souhaite le plus faire, c’est définitivement génial :-)

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Mes guides d’identification favoris

27 mai 2008 · 2 commentaires

Je discutais plus tôt aujourd’hui avec un ami peu recommandable et il me demandait des suggestions de guides d’identification pour les plantes, oiseaux et champignons (ce commentaire a amorcé notre entretien). La question m’est assez souvent posée alors voici mes favoris!

Hemaris diffinis / Snowberry Clearwing / Sphynx du chèvrefeuille

Oiseaux

Pour moi, le Peterson (publié en français chez Broquet) reste le plus pratique. Il y en a des nouveaux, mais je ne les connais pas assez pour vous en parler. Pour les identifications plus pointues et l’histoire naturelle, j’aime l’Atlas des oiseaux nicheurs du Québec et le site All about birds du Cornell Lab of Ornithology. Un conseil: pour les oiseaux, les dessins sont mieux que les photos dans un guide d’identification.

Plantes

J’aime beaucoup les guides Fleurbec, surtout pour la qualité des photos et les riches éléments d’histoire naturelle. J’apprécie particulièrement, Flore printanière, un classique qui a été réédité récemment. Le guide Fougères, prêles et lycopodes m’est également très utile.

L’an dernier, mon voisin Jean-Pierre et moi avons commencé à identifier les arbres du petit boisé où nos garçons jouent plusieurs soirs par semaine. C’est avec beaucoup d’intérêt que nous avons accueilli le guide Arbres et plantes forestières du Québec et des Maritimes, paru l’été dernier chez Michel Quintin. C’est maintenant mon guide favori pour les plantes et les arbres.

Pour les champignons, j’aime particulièrement le guide Connaître, cueillir et cuisiner les champignons sauvages du Québec chez Fides. Le chapitre sur les utilisations gastronomiques et les cas célèbres d’empoisonnement est tout simplement fascinant.

Insectes

Là, c’est plus compliqué! Je connais assez bien les insectes alors je peux la plupart du temps reconnaître la famille ou le genre de l’insecte que j’observe. Je fais ensuite une identification sommaire dans guide Les insectes du Québec, publié chez Broquet. C’est plus un catalogue qu’un guide d’identification alors si vous ne vous y connaissez pas beaucoup en entomologie, ça ne sera pas facile.

Quand j’ai pas mal cerné la famille ou le genre de l’insecte, je cherche sur le web pour raffiner l’identification. Par exemple, pour identifier des papillons observés l’été dernier au Lac-Kénogami, j’ai pu déterminer le genre (Hemaris) dans le guide cité précédemment et ensuite identifier l’espèce avec des recherches sur le web (signets ici). La même procédure a été utilisée pour identifier des cicindèles et des rhysses.

Amphibiens et reptiles

Mon guide favori est Amphibiens et reptiles du Québec et des Maritimes, publié chez Michel Quintin. Je m’en étais d’ailleurs inspiré pour produire mon petit guide des grenouilles.

Voilà! J’ai une multitude d’autres guides d’identification, mais ceux que j’utilise le plus régulièrement viennent d’être dénoncés! Je note mes observations intéressantes dans ce blogue et j’archive mes meilleures photos sur Flickr. Bonnes observations!

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Pour en finir avec les conférences et les forums traditionnels

30 avril 2008 · Pas de commentaire

J’imagine que je ne suis pas le seul à en avoir assez de la formule habituelle des forums et des conférences: des conférenciers, des panels de discussion et d’autres activités où la majorité des participants sont passifs. Et la plupart du temps, les gens les plus intéressants ne sont pas ceux à qui l’on donne la parole.

Chris Corrigan cite ce matin un bel exemple de conférence totalement différente, la Food and Society 2008 conference:

You’ll notice some differences at FAS this year - no workshops, few “talking head” plenary sessions, and no panels extolling the virtues of best practices.
What you will experience are conversations with frontline projects leading the way on a range of issues within food systems change efforts and mind-opening art and music. We’ll explore how change happens and ask ourselves some challenging questions about how and what we want to be together as part of this movement.

It’s time for us to move from being a “network” into a real community that works together and leads itself on the very real issues of making good food available and accessible. This demands that we shift from our independent agendas to a collective higher purpose – an actualization of what Good Food could also do. (source: Why call this a gathering and not a conference?)

Wow! Je pense qu’il y a vraiment des choses à apprendre de telles expériences. D’ailleurs, je vais passer une semaine avec Chris Corrigan en juin prochain dans le cadre du programme d’été du Shambhala Institute for Authentic Leadership (module The Art of Hosting and Harvesting: From Strategic Conversation to Wise Action and Systemic Change). Mon ami et partenaire dans Grisvert, Philippe Dancause sera avec moi et il perfectionnera sa connaissance et sa maîtrise du U-Process et du Change Lab (module Solving Tough Problems in Practice: The Language of Power and the Language of Love). Crime qu’on va avoir du fun là-bas, mais surtout au retour, quand on mettra en pratique ce que l’on aura appris et expérimenté ;-)

En passant, si le thème de la conférence citée plus haut (nourriture et société) vous intéresse et que vous habitez la région de Québec, vous êtes probablement mûrs pour goûter à l’agriculture soutenue par la communauté. Je crois qu’il reste encore quelques places pour les paniers de la Coopérative la Mauve. Des bons produits qui sont cultivés près de chez nous par des producteurs qui respectent leur environnement (pas nécessairement tous bio, mais des gens qui n’épuisent pas leur terre) et qui travaillent avec des variétés rustiques et adaptées au climat. On peut avoir un panier mixte avec de la viande (les saucisses sont divines et les poulets biens en chair!). Ça introduit un élément aléatoire dans le menu (on ne sait jamais ce que contiendra le panier) et ça nous oblige à expérimenter. Vraiment, c’est génial.

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Permettre et stimuler la collaboration dans les organisations

28 avril 2008 · 2 commentaires

Anecdote vient de publier Building a collaborative workplace. Cet article constitue une lecture essentielle pour toute personne qui se frotte à des projets de travail collaboratif. Extrait de l’introduction:

Today we face an entirely new environment for innovation and getting things done. The days of the lone genius quietly toiling away in pursuit of that ‘Eureka’ moment to revolutionise an industry are all but over. We are now in the days of asking and listening to our customers and working with them in our innovation cycles. Innovation demands collaboration. So does production. In the past we could focus on a single task in an assembly-line fashion, handing our completed activity to the next person who would in turn do the same, until the job was finished. Now the jobs change fast, requiring learning new skills rather than merely repeating the old. We have to seek out people who have other pieces of the puzzle and work with them to tackle increasingly complex issues at a much faster pace.

[…]
Innovation demands collaboration. So does production. In the past we could focus on a single task in an assembly-line fashion, handing our completed activity to the next person who would in turn do the same, Today we all need to be collaboration superstars. The trouble is, collaboration is a skill and set of practices we are rarely taught. It’s something we learn on the job in a hit-or-miss fashion. Some people are naturals at it, but most of us are clueless.
Our challenge doesn’t stop there. An organisation’s ability to support collaboration is highly dependent on its own organisational culture. Some cultures foster collaboration while others stop it dead in its tracks. Today we all need to be collaboration superstars. [via Dale Arseneault]

L’article définit ce qu’est la collaboration, détaille trois types de collaboration (en équipe, en communauté et en réseau) et identifie les principaux facteurs de succès pour qu’une culture de collaboration se développe. Les auteurs discutent également du rôle du leadership et de la culture d’entreprise et donnent des conseils pour renforcer la culture de collaboration. Enfin, un questionnaire permet de mesurer la force de la culture de collaboration de votre milieu de travail.

J’ai souvent l’occasion de discuter avec des amis qui, tout comme moi, accompagnent des groupes dans des démarches de collaboration. Nos constats sont similaires à ceux des auteurs de Building a collaborative workplace: aujourd’hui, la technologie est un outil indispensable pour une démarche de travail collaboratif, mais il faut d’abord et avant tout travailler à stimuler une culture de partage et développer les habiletés des individus à participer et à «vivre» dans un univers d’information.

J’ai noté cette petite phrase dans la marge de l’une des pages de l’article (oui oui, je l’ai imprimé pour le lire bien assis sur un fauteuil!):

Grisvert: stimuler la collaboration et mettre à profit l’intelligence collective afin de résoudre des problématiques complexes.

C’est vers là que l’on se dirige avec Grisvert. En passant, j’ai complété un premier U-Process avec un client: Wow! Le résultat est vraiment impressionnant. Je ne pensais pas que nous pourrions obtenir un projet d’une telle clarté et d’une telle pertinence si rapidement. Vraiment, ça promet!

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Conférence OPDE 2008 - Les outils pour décider ensemble

28 avril 2008 · 2 commentaires

Je viens de m’inscrire à une conférence qui se tiendra à Québec les 5 et 6 juin prochain: Les outils pour décider ensemble. Le propos semble destiné surtout aux chercheurs universitaires, mais le généraliste que je suis pourra assurément y trouver son compte:

Afin de porter un regard élargi sur la décision à plusieurs, la diversité des réflexions, des contextes et des outils est privilégiée. La conférence s’adresse donc à tous les chercheur(e)s dont les travaux concernent, d’une part la décision à plusieurs et d’autre part l’utilisation d’outils, notamment d’aide à la décision. La définition de la notion d’outil est très ouverte. Il peut s’agir d’outils de gestion, de logiciels, d’outils d’animation de groupe ou de négociation, d’application informatique ou de méthode d’analyse multicritère.

Le programme de l’événement est ici.

Merci à Clément qui m’a relayé l’information.

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Conditions pour le changement

24 avril 2008 · 2 commentaires

J’ai souvent des discussions avec des amis qui cherchent eux aussi à développer leur capacité à accompagner des groupes dans des démarches de collaboration, de changement ou de transformation. Nous sommes en constant apprentissage et il nous reste encore bien des habiletés à développer!

Trois textes publiés au cours des derniers jours pourront fort probablement nous aider à avancer un peu plus vite. Voici les références accompagnées d’extraits.

Simple conditions for shift, par Chris Corrigan:

Where this really hits the ground, it seems to me, is in the process of invitation and calling. Leaders who are callers must be willing to let go of power and control if new levels of work and being are to emerge. They also have to shift the culture of the organization or community from an answer-based one to a curiosity-based one, where inquiry and co-sensing becomes a normal way of working.

A new organisational lens, par Harold Jarche:

Is there a better alternative to the organisation chart? Do job descriptions actually tell us anything? Do most businesses need regular hours of work? Is compensation based on time really necessary?

These kinds of questions don’t get asked until you start looking at the entire organisation with a different lens.

Et enfin, If you’re working in a big group, you’re fighting human nature, chez 37signals:

If you’re working in a group bigger than 15 people, you’re fighting human nature. Start a satellite group and see if you can lose the busywork and bureaucracy that inevitably accompany oversized teams.

J’ai justement préparé ce matin un schéma (Les cinq niveaux du changement organisationnel - PDF) pour un lunch auquel je suis invité demain midi lors duquel nous aborderons le sujet de la transformation et du changement. Je pense que l’on a du matériel pour nourrir quelques belles discussions avec tout ça!

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