Archives pour la catégorie Nature et environnement

Frère Marie-Victorin, un sage toujours à la page!

Assis dans ma chambre d’hôtel à Rouyn-Noranda, je parcours d’anciens texte sur mon blogue à la recherche d’une information et voilà que je tombe sur ce texte publié il y a plus de trois ans: Paroles de sage.

L’extrait de la préface de la Flore laurentienne que j’y citais est tellement toujours d’actualité que je me dois de le citer encore une fois!

Je dédie ce livre à la jeunesse nouvelle de mon pays, et particulièrement aux dix mille jeunes gens et jeunes filles qui forment la pacifique armée des Cercles des Jeunes Naturalistes. Ce sera mon humble contribution à une oeuvre pressante: le retour des intelligences aux bienfaisantes réalités de la Nature, au Livre admirable et trop souvent fermé, à cette Bible qui parle le même langage que l’autre, mais où si peu d’hommes savent lire les rythmes de beauté et les paroles de la vie.
Devant les spectacles affligeants d’aujourd’hui, devant le désarroi du monde, beaucoup d’esprits mûrs se demandent si nous n’avons pas fait fausse route en condamnant le cerveau de nos enfants et de nos jeunes gens à un régime exclusif de papier noirci, si la vraie culture et le véritable humanisme n’exigent pas une sorte de retour à la Terre, où les Antée que nous sommes, en reprenant contact avec la Nature qui est notre mère, retrouveraient la force de vivre, de lutter, de battre des ailes vers des idéals rajeunis!
Frère MARIE-VICTORIN
Extrait de la préface de la Flore Laurentienne
3 avril 1935

La dernière migration d’une telle ampleur

Un petit bout de texte, à la fin d’un fascinant billet sur la migration nocturne massive de passereaux qui se prépare au dessus du Nord-Est de l’Amérique pour les prochaines nuits, m’a causé un profond choc:

Given that the numbers of night migrants in eastern North America are undoubtedly getting smaller annually due to increasing numbers of man-made fatality sources (windows, towers, etc) and habitat loss, this may well be the largest early September nocturnal migration event we have the opportunity to experience in the remainder of our lives. If you live in northeastern US or thereabouts, you might want to consider taking the next few nights and days off. Source: Keep your eye (and ears) out, sur BSI Blog

Ça vient probablement réactiver et cristalliser l’effet que m’a fait la thèse centrale du dernier Bill McKibben, Eaarth:

Our old familiar globe is suddenly melting, drying, acidifying, flooding, and burning in ways that no human has ever seen. We’ve created, in very short order, a new planet, still recognizable but fundamentally different. We may as well call it Eaarth.
That new planet is filled with new binds and traps. A changing world costs large sums to defend—think of the money that went to repair New Orleans, or the trillions it will take to transform our energy systems. But the endless economic growth that could underwrite such largesse depends on the stable planet we’ve managed to damage and degrade. We can’t rely on old habits any longer.

Très peu d’indices nous laissent croire que ça s’améliorera dans le futur. Mais nous n’avons pas le droit de ne pas espérer et de ne pas faire tout ce que l’on peut pour retrouver notre place dans la nature. Je m’en vais de ce pas dehors tenter d’entendre quelques grives en vol au dessus de Québec. Pour que mes enfants et les leurs puissent m’entendre leur raconter l’époque où les grives et les parulines migraient encore librement et massivement.

Questions d’échelle: personnel, politique, global

À la sauvette, comme c’est souvent le cas dernièrement, je consigne quelques éléments ici.

En cherchant un moyen de diffuser des vidéos en HD sur des intranets pour mes clients (en lien avec mon nouveau dada de filmer en accéléré les événements que Grisvert anime), je suis tombé sur cette superbe animation sur le site Vimeo:

H2oil animated sequences from Dale Hayward on Vimeo.

On y présente l’envergure des projets industriels d’extraction de gaz naturel en Alberta. L’ampleur de l’utilisation de ressources naturelles et énergétiques nécessaires, en particulier l’eau, est astronomique.

J’ai tout de suite fait un lien avec un article lu dans Orion l’été dernier. Dans Forget about shorter showers, Derrick Jensen explique que le mouvement environnemental est trop centré sur des gestes de consommation personnelle (acheter une auto hybride, changer ses ampoules, consommer «vert») et que l’ampleur de la crise environnementale commande des initiatives à bien plus grande échelle. Par exemple, au sujet de l’utilisation de l’eau, il écrit:

Or let’s talk water. We so often hear that the world is running out of water. People are dying from lack of water. Rivers are dewatered from lack of water. Because of this we need to take shorter showers. See the disconnect? Because I take showers, I’m responsible for drawing down aquifers? Well, no. More than 90 percent of the water used by humans is used by agriculture and industry. The remaining 10 percent is split between municipalities and actual living breathing individual humans. Collectively, municipal golf courses use as much water as municipal human beings. People (both human people and fish people) aren’t dying because the world is running out of water. They’re dying because the water is being stolen.

Sous un propos volontairement provocateur, Jensen nous rappelle de porter attention à l’échelle des problèmes auxquels nous faisons face. Il est essentiel de rebâtir et de garder vivants les réseaux d’alimentation locale, tout comme la réduction de notre consommation personnelle d’énergie a des effets positifs. Ces comportements révèlent une certaine sensibilité et une prise de conscience. Toutefois, il ne faut pas que le sentiment de «devoir accompli» que ces comportements «écoresponsables» peuvent procurer serve d’écran devant l’ampleur des chantiers qui nous attendent pour assurer la survie de l’humanité. Et surtout, il nous faudra exiger de nos leaders, tant de la scène politique, économique que sociale, qu’ils se posent les bonnes questions. Quelle heure est-il pour l’humanité? Quel monde sommes-nous en train de léguer à nos enfants?

Oh là! Je suis parti pour un boutte là! Je voulais seulement prendre quelques minutes pour mettre en lien la vidéo et le bout de texte de Jensen! Allez, au boulot!

Living Climate Change: une invitation à créer le futur

Living Climate Change is a place where the most defining challenge of our time is explored through design thinking. It’s also a place to show, discuss and share compelling and provocative thoughts and ideas about the future.
Hosted by IDEO, a global design and innovation company, Living Climate Change aims to support conversations beyond policy and national sacrifice in order to point toward new possibilities. Moving the debate away from what we have to give up toward what we can create, this site is born from the conviction that design has a role to play in addressing the global issue of climate change. We aspire to support the conversation by asking good questions and exploring creative solutions in an optimistic and real-world way.

Très inspirante initiative de la firme de design IDEO.

Living Climate Change is a place where the most defining challenge of our time is explored through design thinking. It’s also a place to show, discuss and share compelling and provocative thoughts and ideas about the future.

Hosted by IDEO, a global design and innovation company, Living Climate Change aims to support conversations beyond policy and national sacrifice in order to point toward new possibilities. Moving the debate away from what we have to give up toward what we can create, this site is born from the conviction that design has a role to play in addressing the global issue of climate change. We aspire to support the conversation by asking good questions and exploring creative solutions in an optimistic and real-world way.

Le tout s’articule autour d’une invitation, de questions et de conversations plutôt que de proposer des réponses et des solutions. C’est vraiment intéressant de voir émerger un peu partout des approches qui, selon moi, portent un énorme potentiel de transformation. Et quand des grandes firmes comme IDEO s’engagent dans cette voie, c’est pour moi du bonbon parce que ça m’aide à ouvrir la voie ici et à avancer beaucoup plus rapidement. Et ce sont des projets de ce genre qui me donnent envie de faire grandir Grisvert pour nous donner les moyens d’avoir un potentiel de transformation beaucoup plus grand.

Voici l’invitation lancée par IDEO. Vraiment superbe.

Our Invitation To You from IDEO on Vimeo.

Climate change touches every aspect of social and economic life, from energy resources to water and forest sustainability; from food supplies to human security. Living Climate Change offers up a divergent set of future scenarios from the IDEO community and beyond. As Tim Brown invites you to do in his video message, “Help us expand the conversation.”

Autoorganisation et émergence

Banc de sable de Portneuf-sur-mer

La semaine dernière, je suis allé faire un petit tour sur la Côte-Nord pour participer à la Rencontre du savoir organisée par mes amis de la Réserve mondiale de la biosphère Manicouagan-Uapishka. En route, je me suis arrêté au banc de sable de Portneuf-sur-Mer. J’ai failli ne jamais me rendre à Baie-Comeau, happé que j’étais pas la beauté du lieu! Le banc de Portneuf est un lieu de ravitaillement et de repos pour les oiseaux qui migrent de l’Arctique vers les tropiques. C’est là que s’arrêtent pluviers et bécasseaux à la fin de l’été.

Il y avait là des centaines de goélands (argentés et marins), de pluviers (semipalmés) et de bécasseaux (semipalmés et d’Alaska). Un faucon pèlerin en chasse et plusieurs phoques. J’aurais bien aimé voir un labbe, mais pas de chance.

J’ai toutefois été totalement renversé par les bandes de bécasseaux qui volaient en masse compacte et coordonnée. C’était totalement fascinant. La vidéo qui suit a été filmée avec mon téléphone, mais elle permet quand même d’apprécier la beauté de ces groupes d’oiseaux qui semblent ne former qu’un seul individu.

Bécasseaux sur YouTube

Chaque oiseau n’a pas conscience d’un plan en lien avec son action, mais le résultat est plus grand que la somme des actions individuelles. C’est ce qu’on appelle une propriété émergente. L’avantage évolutif de cette autoorganisation des groupes d’oiseaux est encore plus évident sur cette séquence qui montre l’attaque d’un faucon pèlerin sur une troupe d’étourneaux (ce n’est pas moi qui l’ai filmée… mais je rêve d’assister à un tel spectacle). Tout simplement fascinant!

Falcon Attack: Peregrine Divebombs Flock of Starlings

Cette capacité d’autoorganisation est partout dans la nature. Sans même avoir conscience d’un plan ou d’un projet, les êtres vivants s’ordonnent. Et la conscience humaine, ajoutée à cette capacité d’autoorganisation et à cette recherche d’émergence, que peut-elle produire? Le meilleur comme le pire, évidemment! Mais le potentiel est énorme. Je laisse Margareth Wheatley poursuivre la réflexion:

A system is fluid relationships that we observe as rigid structure. If we look past these structures, we see that systems spring to life from agreements among individuals on how best to live together. From this multitude of individual explorations, a system may suddently appear. Individuals didn’t know they were creating a system. They were just trying to work out the details of relating to their neighbors. But from just such local activities large systems arise, stabilized structures of new capacity.

[…]

The system emerges as individuals freely work out conditions of life with their neighbors. No one worries about designing the system. Everyone concentrates on making sense of the relationships and needs that are vital to their existence. they are coevolving. From such a local, autonomous, and messy negotiations, something large, complex, and useful emerges. Individual freedom leads to global stability. Through messy parallel activities, life organizes its effectiveness. It looks like a mess. It is a mess. And from the mess, a system appears that works.

When we model our organisations on standards of machine efficiency, we are told to minimize the numbers, eliminate the waste, get down to one. But an emergent world needs the messiness of many. It rewards our collaborations with systems that make more possible.

Margareth J. Wheatley – A simpler way

Hummm! Il ne reste plus beaucoup de place dans tout ça pour nos leaders modernes, rompus au contrôle, à l’ordre, à la propreté et possesseurs de LA vérité et de LA solution! C’est là que les leaders sauvages doivent entrer en scène!

Avant de terminer, je retranscris encore quelques mots de Margareth Wheatley, toujours tirés du livre A simpler way et qui constituent l’invitation qui est lancée par cet ouvrage.

There is a simpler way to organize human endeavor. It requires a new way of being in the world. It requires being in the world without fear. Being in the world with play and creativity. Seeking after what’s possible. Being willing to learn and to be surprised.

Voilà! Vite au boulot: une autre journée à jouer et créer avec des gens qui sont prêts à faire une différence et, surtout, à envisager l’avenir autrement. Et des surprises, il y en aura, c’est certain! Quelle joie!

Journée mondiale des océans

Le 8 juin, c’est la journée mondiale des océans. Des activités sont organisées partout dans le monde (liste ici). Ma contribution cette année sera de partager ici les engagements que j’ai pris au fil des dernières années pour contribuer à la préservation des océans.

1. Préservation des ressources

  • J’évite les poissons et les fruits de mer dont la pêche ou l’élevage ne sont pas faits de manière soutenable. Le site Seachoice.org permet d’obtenir une liste détaillée des espèces que l’on peut acheter au Canada et propose des choix soutenables. Ils ont maintenant une liste en français et un guide pour les sushis.
  • shrimpsuckJe ne mange plus de crevettes à part celles pêchées dans le golfe du Saint-Laurent. Les crevettes que l’on trouve à l’épicerie proviennent majoritairement de fermes d’élevage situées en Asie, en Indonésie ou en Amérique du Sud. Ces cultures sont incroyablement polluantes, détruisent des habitats fragiles et se font dans des conditions socialement discutables. Pour plus de détails, lire All you can eat (Orion, printemps 2009). Il y a aussi plusieurs infos et des témoignages sur shrimpsuck.org.

2. Pollution par le plastique

J’ai eu la chance, il y a quelques jours, de passer une journée en compagnie de Wallace J. Nichols, chercheur, activiste, et ambassadeur de la sauvegarde des océans. Nous avons discuté de la problématique de la pollution par le plastique. J’avais lu l’an dernier Polymers are forever (Orion, mai-juin 2008), un article choquant et fascinant, et notre discussion m’a permis de prendre encore plus conscience de l’omniprésence du plastique dans tous les océans du monde (et dans la chaine alimentaire). J’essaie déjà de n’utiliser que des plastiques recyclables (les plastiques de code 1 et 6 ne sont pas recyclés à Québec), mais dans la prochaine année, je ferai plusieurs journées sans plastique.

W.J. Nichols se promène avec son sac de billes bleues et en distribue aux gens qu’il rencontre en leur racontant l’histoire de la Blue Marble. J’ai donné ma bille à Francis, mon garçon, qui l’a apportée à l’école pour partager son histoire à sa classe. Francis a ensuite donné la bille à Sophie qui l’a refilée à un collègue. Peut-être est-elle entre vos mains présentement? Plus de détails sur bluemarbles.org.

Francis, 6 ans, avec sa bille bleue

Bonne journée des océans!