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Grisvert – An 4

Ouf! L’an 4 de l’aventure Grisvert s’achève. J’écris ces quelques lignes à Paris, en attendant l’avion qui me ramènera à Québec (et publie le texte 20 jours plus tard, juste avant de partir sur la route pour les vacances en famille). Je termine tout juste quatre intenses journées de facilitation pour lesquelles mon amie et alter ego Nathalie Nowak m’avait invité à l’accompagner.

Puisque je ne prends plus souvent le temps d’écrire ici, je vais en profiter pour faire un petit retour sur la dernière année.

Posture

Une année riche en aventures et en apprentissages. Mon plus grand groupe (900 personnes), des mandats à l’étranger (en Espagne et en France) et, surtout, de nombreux questionnements et plusieurs inconforts. Est-ce que notre travail est vraiment utile? Est-ce que le «Co» n’est que la saveur du jour où est-ce bien — comme on ose le penser — une étape dans la progression de l’humanité vers un futur plus durable? Est-ce que les gens vont se lasser de travailler en «Co»? Quel doit être mon rôle dans Grisvert? Qu’est-ce que je dois laisser aller? Qu’est-ce que je dois garder? Quelles sont mes responsabilités envers l’équipe? Est-ce que je travaille trop? Ou pas assez?

De nombreuses questions qui viennent et qui passent. Mais toujours des questions. L’important pour moi est d’y porter attention un moment et de les laisser aller. Sinon, ça devient trop lourd.

La lourdeur. S’il est une chose que je supporte difficilement, c’est la lourdeur. Tant celle du corps que celle de l’esprit. Mon travail me demande de longs moments d’intense présence. Je dois être léger, prêt à sauter dans l’action, à déstabiliser, à provoquer et aussi à m’éclipser, à me faire tout petit.

C’est toute la beauté du travail de facilitateurs que nous faisons. Travailler avec les contraires, les dualités, pour faire avancer, pour rendre visible, pour ouvrir, et pour fermer. Guerrier/sage-femme, fort/vulnérable, structuré/déstructuré, organisé/brouillon. C’est le jeu entre ces espaces d’ombre et de lumière, de force et de faiblesse qui permet d’atteindre la zone où je préfère travailler, celle où je suis totalement présent et presque invisible.

Ça m’est encore arrivé hier, avec une douzaine de personnes de la haute direction d’un grand groupe de distribution et de commerce de la France (20 000 employés). J’ai été dur et très structuré le matin et en après-midi, je n’avais plus rien à faire. Ils savaient quoi faire, ils avançaient ensemble. Ils étaient en co-construction, ils n’avaient plus besoin que Nathalie ou moi soyons aussi présents qu’en début de journée. Comme c’est souvent le cas, j’ai peut-être été un peu trop dur et ensuite un peu trop invisible, mais les objectifs ont été atteints et le client satisfait. C’est une des autres beautés de ce métier de facilitateur: on ne cesse jamais d’apprendre, d’explorer et de découvrir.

Peur

Dans cette dernière année, j’ai souvent eu peur. Peur du jugement des autres. Peur de faire la mauvaise chose. Peur que des participants refusent de participer. Peur d’en faire trop… ou pas assez. Et tout d’un coup, vers le 15 mai, c’est disparu. Je préparais le programme et l’animation d’un forum citoyen qui allait avoir lieu en juin à Baie-Comeau. Il y avait de gros enjeux en lien avec la qualité des services offerts aux citoyens et le coût de ces services qui se reflètent sur le compte de taxes.

Dans un forum citoyen, il est très difficile de prévoir qui sera là et dans quel état ils s’y présenteront. Avant, j’avais peur. Peur du désordre, peur de la colère, peur de l’inconfort. Mais là, tout d’un coup, alors que j’aurais été censé sentir cette petite boule de peur au fond de moi, il n’y avait rien. Vide. Calme. Confiant. Wow! Pourquoi? Je ne saurais pas trop le dire! Meg Wheatley dirait peut-être que je me suis libéré du désir de «changer le monde». C’est vrai. Je pense également que ma posture s’ajuste, se centre. Je comprends mieux les dynamiques des groupes. Je sais mieux comment créer des processus qui permettent à tous de s’exprimer et d’être écoutés. Et surtout, je me détache de plus en plus des résultats. En fait, je ne me détache pas de l’importance d’obtenir un résultat, mais plus du résultat lui-même. Ce n’est pas moi qui le porterai, ce résultat. C’est le groupe et c’est mon client qui ont à prendre la responsabilité de l’issue. C’est leur responsabilité. La mienne est de créer les conditions pour que la collaboration et la co-création puissent survenir, exister et durer. C’est aussi de bien préparer les leaders (mes clients) à accueillir le résultat. À adopter la bonne posture et, surtout, à travailler en «Co» pour les bonnes raisons, avec les bonnes personnes et aux bons moments.

Je pense que c’est mon wow de l’année par rapport à moi-même. Je n’ai plus peur. Et depuis, on dirait que le travail que je fais est encore meilleur. Et pour les curieux, le forum citoyen s’est super bien passé!

We do not find our own center. It finds us. We do not think ourselves into new ways of living. We live ourselves into new ways of thinking. — Richard Rohr

Facilitation

Au niveau plus technique, mes interventions se raffinent avec le temps. Cette année, j’ai toujours cherché à simplifier les processus. Moins d’étapes, plus de temps pour chacune des étapes. J’ai aussi proposé à quelques reprises de raccourcir le temps de certaines rencontres pour en faire moins, mais bien le faire. Aussi, pour que plus de gens y assistent et vivent une expérience différente de collaboration. Quand, dans le formulaire d’évaluation d’une rencontre qui a duré 3 heures plusieurs participants nous disent qu’ils auraient souhaité que ça soit plus long, je me dis que la prochaine fois, si on les invite pour toute une journée, ils seront là.

Depuis le début de l’hiver, j’ai utilisé plusieurs des activités présentées dans le livre Gamestorming. Quand j’ai reçu le livre il y a plus d’un an, je trouvais que c’était un peu «bebelle». Toutefois, à force de feuilleter le livre, je me suis mis à spontanément penser à intégrer des jeux de Gamestorming dans mes processus. L’atelier «vision» de la grande rencontre faite pour l’Office du tourisme de Québec en avril était le jeu «Cover Story» et les participants ont beaucoup apprécié. J’ai fait un «Fish Bowl» la semaine dernière en France et le résultat a été vraiment super! Le «plus/delta» fait maintenant partie de mes «classiques» et j’ai testé l’«Empathy Map» avec succès également.

Ma dernière expérimentation est avec la Dotmocracy (Merci à François Robert de m’avoir mis la puce à l’oreille sur cette façon de prendre des décisions en groupe). J’utilisais leur échelle de consensus depuis quelques mois, mais pour le forum citoyen que j’ai fait en juin dernier, j’ai poussé la méthodologie plus loin et le résultat a été spectaculaire! J’ai aussi monté un petit atelier pour une amie qui était au RIO+20 à partir de la dotmocracy et elle a été ravie du résultat. La méthode s’intègre bien dans un processus de quelques heures et peut aussi accélérer drôlement l’identification de propositions qui font consensus.

Nous avons aussi poussé plus loin l’approche «en mode solutions» pendant l’année (c’est d’ailleurs ce qui m’a amené à Barcelone en juin dernier). Il y aura de beaux développement et de belles collaborations en lien avec l’innovation ouverte et la cocréation dans la prochaine année.

Enfin, je suis de plus en plus à l’aise à sortir du cadre avec des petits groupes (30 personnes et moins) afin de co-construire le programme avec les participants et me coller de très près aux besoins.

Équipe

Nous serons officiellement 7 dans l’équipe Grisvert à partir de septembre. Nous grandissons! Ce n’est pas toujours facile de bien grandir pour une entreprise comme la nôtre. Pour nous, Grisvert se doit d’être un espace de liberté, un cadre qui nous permet de faire le travail que l’on veut faire. Nous sommes rendus au point où il nous faut de l’aide pour continuer à avoir la liberté d’innover, d’oser et de pousser nos limites. C’est un beau défi qui s’annonce que de grandir ensemble et de bien accueillir les nouveaux et la nouvelle! Plus de détails à ce sujet au début de l’automne.

Futur

L’automne est déjà bien chargé. De plus, je partirai à la fin novembre pour un voyage en famille qui durera 6 mois et nous fera goûter plusieurs pays à l’autre bout du monde (j’en reparlerai!). Je sens que ce sera une année charnière pour Grisvert. Une année lors de laquelle nous aurons à raffiner notre offre de service et notre image. Nous touchons à d’importants mandats et sommes de plus en plus appelés à accompagner des projets qui ont un fort potentiel. Nous devrons être à la hauteur, sans toutefois perdre notre force d’innovation, notre goût du chaos et notre bonne humeur.

Je quitte donc pour les vacances avec l’esprit et le corps en paix et la soif de revenir pour faire grandir ce beau projet qu’est Grisvert.

Inspiration

Philippe Petit est un de ces êtres qui me fascinent et m’inspirent.

Passion

Ténacité

Intuition

Foi

Improvisation

Inspiration

Pour moi, ça paraît tellement simple que la vie doit être vécue sur le fil. D’entretenir sa rébellion, de refuser de se conformer aux règles, de refuser son propre succès, de refuser de se répéter, de voir chaque jour, chaque année, chaque idée comme un réel défi. Ainsi, nous vivrons notre vie sur la corde raide. — Philippe Petit

Carnet de route 5 / l’ombre et la lumière!

Le jour 2 démarre dans le cercle et se poursuit par une visite d’un espace de coworking démarré par d’anciens teampreneurs. Il y a une salle de dialogue dans leur espace et on y prend place. Ça se gâte un peu quand le gars qui nous accueille amorce une présentation qui durera près d’une heure. Il n’y avait rien de très impressionnant dans ce qui nous était présenté et j’ai rapidement dérivé vers mon carnet de notes. J’étais en plein « groan zone », essayant de réconcilier de que je voyais de positif dans le projet Team Academy (TA) et les faiblesses que je sentais. Quelques questions ont émergé mes gribouillages :

  • Comment peut-on décrire les effets qu’ont les teampreneurs une fois sortis de TA? Effets sur leur communauté, sur la ville de Jyvaskyla, sur la Finlande, sur le Monde?
  • Vous souhaitez faire de TA un leader mondial en matière de formation d’entrepreneurs. Vous le faites pour générer de la valeur pour TA ou pour générer de la valeur pour l’humanité? (projet centré sur l’organisation ou projet plus grand que l’organisation elle-même?)
  • Au delà d’un ensemble intéressant de principes, d’une culture de dialogue et d’une approche de coaching, qu’est-ce que TA est de plus?
  • Où réside le coeur de TA?

Retour à TA pour le lunch habité par ces questions et là, à ma table, tout le monde est dans cette étape de la vie d’une démarche de groupe où l’on cherche à voir émerger un sens nouveau, mais que ça n’y est pas encore. C’est, dans le vocabulaire des processus de collaboration, ce que l’on appelle le «groan zone». Il faut passer par là pour qu’il y ait émergence de quelque chose de nouveau. Mais là, on est en plein dedans et on parle des faiblesses et des écueils du modèle TA! Ça bitche fort comme on dit par ici!

Avant d’aller plus loin, j’aimerais partager quelques éléments du modèle TA qui permettent de mieux comprendre les fondations de ce projet.

Les 10 lignes directrices des teampreneurs:

  1. Prenez l’initiative, cherchez les instructions.
  2. Apprenez à gérer le chaos. C’est la première étape de votre processus créatif.
  3. Vous avez le droit de faire des erreurs. Vous pouvez en tirer des apprentissages.
  4. Focalisez votre énergie sur les solutions. Ne vous attardez pas sur les problèmes.
  5. Faites de votre mieux et donnez-vous des objectifs ambitieux.
  6. Voyez des opportunités, pas des obstacles.
  7. Osez expérimenter et soyez vous-mêmes.
  8. Souriez, ayez du plaisir et participez.
  9. Soyez humbles et recréez vos succès encore et encore.
  10. Respectez les autres et tirez profit de l’expérience qui existe au sein de Team Academy, comme ça vous ne réinventerez pas la roue.

Lea valeurs de Team Academy:

  1. Créer et maintenir des relations et des partenariats (c’est la base des relations d’affaires et de notre vie sociale en tant qu’humains).
  2. Team entrepreneurship (c’est par le coaching et la coopération que l’on construit notre travail. Il y a de la puissance dans les réseaux).
  3. Continuelle expérimentation et création de nouveauté (briser les barrières, repousser les limites, faire preuve d’audace, saisir les opportunités sans causer de préjudice).
  4. Apprendre dans l’action (prendre la responsabilité de ses actions et de son équipe, l’action parle d’elle-même!).
  5. Voyages et vision internationale (il faut aller loin pour voir ce qui est près de nous, il faut voyager pour s’inspirer de nouveaux modèles).

Il y a donc une base solide au projet TA. Ce n’est pas ça qui nous chicotait!

Après le lunch, on nous annonce que c’est l’heure du birth giving. Nous avons une heure pour faire naître quelque chose. Et nous aurons à le présenter à des teampreneurs et des coachs. C’est la seule règle que l’on nous donne! Oh! Serait-ce l’heure de la convergence? On dirait bien que oui!

Le groupe se dirige vers un grand espace dégagé au centre de TA et là c’est le chaos! Plusieurs des membres du groupe n’ont pas l’habitude de fonctionner sans règles ni livrable! Sans trop m’en apercevoir, je me retrouve devant un tableau blanc, un marqueur à la main, les regards braqués sur moi et quelqu’un qui dit « Jean-Sébastien, qu’est-ce qu’on fait? ».

Je plonge et invite ceux et celles qui ont envie de proposer quelque chose (une idée, un projet, une question) à le faire. Quelques questions fusent : « mais c’est quoi les règles? Qu’est-ce qu’on doit faire? Et si on ne fait pas ça comme il faut? » Je les rassure : on ne nous a pas donné de règles, à nous d’en inventer! Allez, on arrête de se poser des questions et on fait un pas en avant!

Trois personnes proposent des thèmes et des équipes se forment. On se donne rendez-vous 45 minutes plus tard pour partager nos présentations.

C’est parti! Ça bourdonne! Il y a fusion de deux équipes et du va-et-vient entre les deux. On fignole un petit spectacle et on fait un lien entre les présentations des deux équipes. Il y a un orgue dans un coin. Patrick arrive et s’y assoit. Je lui demande s’il sait jouer de la musique de hockey et on prépare notre ouverture.

Les curieux se rassemblent pour voir le résultat de notre birth giving. Comme les Finlandais sont de grands amateurs de hockey, on leur part ça avec une atmosphère «soirée du hockey» et on fait la vague. Les Français ont mis un peu de temps à comprendre le concept de la vague et c’était bien drôle. Ensuite les deux équipes partagent le résultat de leur birth giving. Tous sont énergisés par cette exploration chaotique et la belle convergence qui en est issue. Nous sommes en grande partie réconciliés avec le modèle et l’esprit TA. La magie a opéré! Nous terminons avec un cercle de fermeture. La boucle est bouclée. L’expérience est positive.

Avant de quitter, une des coach vient me voir et me demande si je connais l’Art of Hosting. Tiens tiens! Je lui réponds que c’est la base méthodologique de mon travail. Elle me dit que quelques-un d’entre-eux ont participé à des ateliers d’AOH et qu’ils souhaitent s’en inspirer pour l’évolution du modèle TA.

En soirée, nous sommes accueillis par les gars de Monkey Business. Leur espace de travail est situé dans un ancien complexe industriel qui a été rénové pour y accueillir des entreprises. Les propriétaires de la cafétéria du complexe nous ont concocté un menu local pour l’occasion : poisson fumé, médaillons de renne, champignons sauvages et crumble aux bleuets. C’est un régal. Et je ne m’attendais pas à manger du caribou!

Après le souper, nous nous dirigeons vers le bureau de Monkey business. Un espace accueillant, avec un cercle de dialogue et un sauna. Oui oui! Un sauna. Les gars nous ont raconté que lorsqu’ils cherchaient un espace, ils ont vu une annonce pour un bureau avec un sauna. C’est ce qui les a attirés là! Le sauna est au coeur de la vie des Finlandais. Il y en a partout et souvent, les rencontres d’affaires se terminent au sauna.

On prend quelques bières et on jase de modèles d’affaires, de structures d’actionnariat, de stratégies de facturation et de bonification. Monkey Business ressemble à Grisvert et Imfusio et c’était super de partager avec des pairs qui développent leur entreprise dans des pays différents.

Les filles sont passées au sauna en premier. Là c’était à la finlandaise : sans maillot, très chaud et avec de l’eau sur les roches. Au Québec, les saunas sont presque toujours secs. En Finlande, ils ont leur petite chaudière d’eau et ils aspergent les roches régulièrement. C’était comme dans les tentes de sudation des amérindiens : très chaud et avec des bouffées d’humidité. Super!

Nous sommes donc montés au sauna (photo ci-contre) après les filles pour une discussion de gars!

La soirée aurait pu durer encore des heures, mais il fallait retourner à nos hôtels! Le birth giving avait scellé les liens entre les membres du groupe et nous avait énergisés. Une chance qu’il y a eu cette étape de convergence sinon nous serions sortis de l’aventure avec un bien moins bon goût dans la bouche!

Tiens! Je vois sur le blogue des Monkey Business qu’ils parlaient de nous – et de mon blogue –  avant notre visite.

C’est donc la fin de l’étape Team Academy du voyage. Retour vers Paris le lendemain.

Carnet de route 4 / Team Academy

Jour 1 de la learning expedition. Nous nous rendons au pavillon de l’Université de Jyvaskyla qui abrite Team Academy (TA). Nous y sommes accueillis chaleureusement, ce qui fait du bien parce qu’il fait -30°C dehors! Les Français, eux, sont totalement dépaysés!

TA est une école d’entrepreneuriat qui se caractérise par les éléments suivants :

  • Il n’y a pas de cours, plutôt des projets.
  • Il n’y a pas d’étudiants, plutôt des teampreneurs.
  • Il n’y a pas de professeurs, plutôt des coachs.
  • Il n’y a pas d’évaluation, plutôt des training sessions.
  • Il n’y a pas de classe, plutôt un espace de travail flexible ainsi que des salles de réunion.
  • Il n’y a pas de programme, plutôt un contrat d’apprentissage.

Les jeunes qui s’inscrivent à TA y passent trois ans et en ressortent avec un baccalauréat de premier cycle qui équivaut à un bac en gestion ou en administration.

TA est constitué d’équipes qui, pendant les trois années du programme, auront à mener des projets et à performer. Chaque équipe est considérée comme une entreprise. On peut trouver plus de détails sur le fonctionnement de TA en français sur le blogue de Gilles Lévy.

Ce qui frappe dès notre arrivée à TA est l’espace. Un grand espace ouvert où les équipes se créent des bureaux et des salles de rencontre. Dans les salles de rencontre, il n’y a pas de tables. Que des fauteuils! Chaque équipe doit participer à deux training sessions de 4 heures chaque semaine. C’est pendant ces training sessions que chacun partage ses apprentissages et que les différents projets de l’équipe sont coordonnés. Le tout se fait en cercle. En fait, ce qui est le plus impressionnant et le plus fondamental à TA c’est que tout y est construit autour d’une culture de dialogue.

Le premier livre que les teampreneurs ont à lire est Dialogue de William Isaacs, la bible du dialogue! Isaacs a joué un rôle de pionnier au MIT dans l’étude du dialogue.

Les jeunes nous ont raconté qu’ils n’y comprennent rien au début et que ça ne se passe pas toujours bien dans les cercles. Toutefois, au fil des semaines, la culture de dialogue les habite et ils deviennent de plus en plus à l’aise avec le fonctionnement de TA.

Donc, une fois le premier café servi, on nous dirige vers une salle de rencontre et nous prenons place autour du cercle. Ce sont des teampreneurs, Emma, Heidi et Maija qui sont nos hôtes. Une coach vient également nous accueillir dans le cercle d’ouverture. C’est parti! Nous allons vivre « à la TA » pour les deux prochaines journées. Après le cercle d’ouverture, des équipes sont formées et on nous donne la mission de partir à la recherche de définitions pour des expressions qui nous permettront de mieux comprendre TA.

Le hasard fait que Nath et moi sommes dans la même équipe. Stéphanie nous y rejoint. Notre mission est de pouvoir expliquer au groupe ce que veulent dire les expressions « training session, coach, dialogue et penguin ». Nous nous dirigeons donc vers l’espace de travail d’une équipe, les Goala, afin de discuter avec eux. Nous sommes accueillis avec ouverture et plaisir et discutons avec les trois teampreneurs qui s’y trouvent pendant une bonne demi-heure. Retour dans le cercle par la suite pour partager la récolte de nos immersions dans la culture de TA.

En après-midi, on nous sépare encore en quelques équipes qui s’intègrent à des training sessions. Depuis le début, tout se passe en anglais, mais là, dans les learning sessions, les jeunes nous demandent s’ils peuvent se parler en finlandais. Nous sommes donc avec eux, dans le cercle. C’est une équipe de troisième année. Ils vivent dans une culture de dialogue depuis plus de deux ans.

C’était vraiment intéressant de voir la dynamique du groupe. Beaucoup d’écoute, du respect, de l’empathie et de l’énergie. Nous avons passé environ une heure avec eux. Jamais je n’ai senti d’impatience chez les jeunes. Tous étaient attentifs, curieux, patients. Un vrai cercle de dialogue, mature et soudé. Superbe! En plus, c’était intéressant de les entendre parler finlandais.

Nous terminons la journée au quartier général de l’administration de TA, dans ce qu’ils appellent le « château » et qui est en fait l’ancienne résidence du patron de l’usine qui occupait jadis les locaux de TA.

Là, toujours en cercle, nous discutons un peu plus à fond des ancrages théoriques de TA. Leur « book of books » contient plus de 200 références, mais à la base, les inspirations viennent beaucoup de la cinquième discipline de Peter Senge et aussi des travaux de Nonaka et Takeuchi sur la création de connaissance. Ce qui me surprend, c’est que nulle part on ne parle des travaux de Scharmer. Pourtant, la Theory U de Scharmer constitue une évolution et une intégration des théories et des pratiques évoquées par Senge et Nonaka/Takeuchi. Je pose donc la question : «et Theory U dans tout ça? Ça fait partie de votre cadre de référence?». Malaise. Le gars qui nous fait la présentation, Jukka, devient rouge un peu. Il nous dit qu’ils ne sont pas à l’aise avec le côté spirituel de Theory U et qu’eux, ils ne veulent pas passer pour une secte. Ah! Intéressant! J’ai touché quelque chose là! Je vois quelques sourires chez certains copains français. En particulier chez Nath qui, comme moi, est très « theory U ».

J’enchaine donc avec une autre question : «et que faites-vous pour cultiver la santé intérieure de vos jeunes? La performance des équipes, c’est une chose, mais la qualité du milieu intérieur des jeunes, c’est crucial. Abordez-vous avec eux le sujet des pratiques contemplatives, que ce soit la méditation, les sports individuels d’endurance, le yoga ou le contact avec la nature?» Oups! J’ai gratté un peu plus profondément le bobo! Jukka nous dit qu’ils ne parlent pas de religion à TA! Les teampreneurs qui sont avec nous nous disent qu’elles sont trop occupées pour penser à ça et que de toute façon, en Finlande, tout le monde va souvent dans la forêt et que ça leur suffit.

Vous pouvez deviner que j’aurais pu continuer à pousser plus loin le questionnement (le « tout le monde va dans le bois pis c’est assez », on ne me la fait pas!), mais j’ai fait le choix d’en rester là. J’avais réussi à aller explorer la limite un peu, j’en étais satisfait!

En soirée, nous sommes accueillis dans une petite auberge en campagne. Vraiment pas très dépaysant pour les québécois! Un lac gelé, de la neige en masse, des épinettes, une auberge rustique. Le souper est bon : salades scandinaves et russes, pommes de terre, betteraves, saumon en sauce et ragoût de boeuf.

Après le souper, on passe au sauna et dans le spa à l’extérieur. On prend un sauna mixte, donc avec maillots de bains, ce qui n’est pas habituel pour les Finlandais. Les Français se roulent dans la neige autour du spa : ils vivent une expérience inoubliable!

Après une journée à TA, je suis impressionné par la culture de dialogue qui y règne, mais je me questionne sur ce qui a été soulevé en fin d’après-midi au sujet des pratiques de « santé intérieure » des jeunes. Ça me donne l’impression qu’ils ont bâti quelque chose de super intéressant à partir des théories en vogue il y a 20 ans (en particulier celles de Peter Senge) mais qu’ils n’ont pas suivi l’évolution de ces théories qui, par la recherche universitaire et par l’action de consultants sur le terrain, ont grandement évoluées (Theory-U est une des facettes de cette évolution). J’ai bien hâte au lendemain pour pousser plus loin l’exploration du modèle TA.

Je termine ce carnet de route avec une citation que Senge utilise souvent:

«The success of an intervention depends on the interior condition of the intervener.» – Bill O’Brien, ancien PDG de Hanover Insurance.

Carnet de route 3 / Québec à Jyvaskyla

Deuxième essai! Cette fois-ci, j’avais décidé de la « jouer safe ». Je quittais Québec à 13 h 30. Nous avons donc pu aller jouer dehors le matin avec les enfants et je me suis envolé vers Montréal à l’heure prévue. Les quelques heures à Montréal m’ont permis de prendre un peu d’avance pour le boulot. J’aime bien voyager seul dans les aéroports. Pour moi, c’est relax. C’est fou toutefois de sentir le stress, l’impatience et l’angoisse de nombreuses personnes. S’il y a un endroit où l’on n’a aucun contrôle sur ce qui se passe à l’extérieur de nous, c’est bien à l’aéroport et dans un avion.

Le vol vers Paris s’est passé sans douleur! À part peut-être le bout où le gars se coupe le bras dans le film 127 hours!

À Paris, je prenais un vol vers Helsinki quelques heures après mon arrivée. J’en ai profité pour aller faire un petit tour dehors. Même si c’était le genre de temps qui fait rager les Parisiens (nuageux, humide, environ 7 degrés), moi je me sentais en plein printemps! Surtout que je m’en allais en Finlande et que l’on y prévoyait un froid glacial pour les prochaines journées.

Nathalie dans la neige à Jyvaskyla

Nathalie Nowak, la cofondatrice d’Imfusio venait me rejoindre à l’aéroport. Elle avait décidé de faire partie de la learning expédition quand je lui en avais parlé en décembre dernier. Nous nous connaissons depuis un an environ. Imfusio ressemble beaucoup à Grisvert et nous faisons parfois des apéros transatlantiques sur Skype pour partager sur nos réalités, nos défis et nos joies! J’avais hâte de rencontrer Nathalie. Nous ne nous étions jamais rencontrés « pour de vrai ». Phil était allé leur faire un petit coucou à Paris le printemps dernier.

Dès nos premières minutes ensemble, c’était comme si on se connaissait depuis longtemps. Une relation de pair à pair. Deux alter ego. Vraiment, c’était super! En fait, c’était un peu comme avec Phil ou Étienne sauf que Nath est une fille alors c’est encore plus agréable!

Vol de 4 heures vers Helsinki et ensuite saut de grenouille de 45 minutes vers Jyvaskyla. C’est un peu fou de voyager pendant 24 heures et d’arriver à destination dans un décor semblable à ce que l’on a à la maison. Des bancs de neige, des conifères et un froid glacial de -28°C! Un peu insultant même! Ils n’auraient pas pu la faire à Barcelone, Rome ou Buenos Aires, leur foutue école d’entrepreunariat!

Mais bon, nous y sommes, alors aussi bien en profiter! En arrivant à l’hôtel, Yves, Sam et Patrick buvaient une bière dans le hall. La délégation canadienne était réunie (les autres participants étaient dans un hôtel pas trop loin). Nous sommes ensuite allés rejoindre les autres membres de la learning expedition dans un resto du centre-ville. Jyvaskyla n’est pas une très grande ville. C’est une ville universitaire qui a environ la taille de Sherbrooke.

Le lendemain allait débuter la learning expedition.

Non mais, ils aiment ça les expressions en anglais les Français: learning expedition, get together, be there et tralala. Ça ne passerait jamais au Québec ça!

Carnet de route 2 / Québec… à Québec

Vendredi le 11 février, je me suis rendu à l’aéroport vers 16 h 30 pour prendre mon avion vers Montréal. Le temps d’escale à Montréal était assez court, mais ça me laissait ma journée pour travailler et Sophie et les enfants pouvaient m’accompagner à l’aéroport. La température était belle, mais les avions vers Montréal avaient pris du retard. Impossible d’attraper le vol vers Paris et impossible de me placer sur un autre vol en partance de Toronto ou Ottawa.

Tant pis! Au lieu de faire un Flow Game à Paris, je suis resté avec la famille. Moi, les voyages en avion, ça me rends très relax. On ne peut rien contrôler. Une fois que l’on a choisi nos vols, on vit avec les conséquences. J’ai écrit à Audrey, Nancy et Nath pour leur annoncer que je ne serai pas au rendez-vous à Paris samedi matin et je suis allé jouer avec les enfants.

Le voyage débutera donc pour de vrai samedi et au lieu d’une escale de 24h à Paris, j’y poursuivrai mon chemin vers Helsinki, puis Jyvaskyla.