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Leadership, politique et démocratie

Ces derniers mois, plusieurs de mes interventions et certaines discussions que j’ai eues avec mes collègues, mes amis et mes clients m’ont amené à formuler des questions pour lesquelles des éléments de réponse sont en train de se mettre en place:

  • Pourquoi les projets dans lesquels des élus ou des hauts fonctionnaires sont en position de leadership sont ceux qui avancent généralement le moins vite?
  • Pourquoi les jeunes de ma génération et de celles qui suivent se désintéressent-ils majoritairement de la participation politique?
  • Qui seront les leaders de demain et que pourra être leur rôle?
  • Comment, dans un monde toujours de plus en plus complexe, allons-nous développer la capacité d’agir de manière cohérente?
  • Comment allons-nous permettre l’émergence d’une génération de politiciens qui sauront faire preuve d’habiletés de leadership plus évoluées que ceux qui nous gouvernent actuellement?

C’est Otto Scharmer, dans Failed governmental governance–and then what? qui a semé les graines d’un projet qui prend forme. À la lumière de la conférence de Copenhague, il affirmait que « la plus importante crise est celle du leadership. Le nouveau leadership et la nouvelle gouvernance globale qui sont maintenant nécessaires ne viendront pas de nos gouvernements mus par les lobbys et les groupes de pression. Ce leadership ne peut naître qu’au travers de nouvelles initiatives dans lesquelles les leaders et les acteurs de la société civile trouveront de nouvelles manières de collaborer avec les leaders des mondes politique, institutionnel et économique dans des initiatives intersectorielles, intergénérationnelles et multidisciplinaires. Ceci devra être fait de manière à permettre une prise de conscience profonde de la réalité et stimuler l’intelligence collective pour s’élever au-dessus des impératifs à court terme dictés par les contraintes institutionnelles et politiques. » Enfin, Scharmer conclut en nous invitant à donner naissance à un nouveau mouvement qui existe déjà en nous et qui ne demande qu’à prendre forme par notre action.

C’était déjà assez pour me mettre la puce à l’oreille et cristalliser certaines idées qui avaient pris forme au fil des conversations et de mes mandats et, en particulier, dans les suites du forum économique Affaires vision 2025.

J’ai la ferme intuition qu’il faut créer un ou plusieurs lieux de dialogue entre les secteurs, les générations et les disciplines. Il faut que ces lieux permettent la naissance de réseaux qui pourront aller plus loin que le politique, sans toutefois le dénigrer ou prendre sa place, mais plutôt pour proposer autre chose et, par le fait même, obliger le politique à se transformer et à évoluer. C’est que les politiciens n’accepteront pas longtemps de se voir larguer par des réseaux qui avancent plus vite qu’eux!

On ne change jamais les choses en combattant la réalité existante.
Pour changer quelque chose, construisez un nouveau modèle qui rendra inutile l’ancien.
— Buckminster Fuller

Voilà pour l’amorce de l’idée. Cette impression qui gagnait en force que les structures de leadership actuelles ne seront pas suffisantes pour répondre aux défis du futur (elles sont déjà insuffisantes pour répondra aux défis actuels) s’est trouvée renforcée par quelques mots de Peter Senge, glanés dans l’avant-propos d’un petit livre merveilleux, On Dialogue de David Bohm.

Senge croit que de nombreux signaux viennent montrer que « les problèmes complexes auxquels nos organisations et notre société ont à faire face demandent une écoute plus profonde et une communication plus ouverte que ce qui a jusqu’à aujourd’hui été la norme. La politique “gagnant-perdant” et l’autorité hiérarchique ne sont tout simplement pas adéquates pour aborder les problématiques des changements climatiques, le fossé toujours grandissant entre riches et pauvres, ou encore les dilemmes de la technologie génétique. Les débats où on “se parle fort  » ne nourrissent pas la compréhension commune, les visions partagées et les réseaux d’action collaborative dont nous avons besoin. Des alternatives doivent être proposées, tant à l’intérieur qu’entre les institutions de toute nature. »

Avec ça, j’en avais assez pour appuyer mes intuitions. Et en particulier celle que la structure politique actuelle, avec des partis aux positions polarisés et des processus de persuasion, de contrôle et de consultation issus d’une autre époque, n’est pas le lieu dans lequel pourront naître les initiatives qui auront le potentiel de nous engager dans la bonne direction.

Il faut faire quelque chose pour faire naître des lieux de dialogue et permettre l’action collaborative et cohérente. Mais quoi? Comment? Et, surtout, comment se positionner par rapport au pouvoir et aux structures politiques? C’est chez Pierre Rosanvallon, dans La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance que j’ai trouvé matière à faire progresser ma réflexion.

Dans son ouvrage, Rosanvallon traite abondamment des différents mouvements de contre-pouvoir, axés surtout sur la surveillance et l’obstruction et dérivant parfois vers le populisme (nous avons eu ces dernières années un exemple flagrant à Québec de contre-démocratie populiste avec le mouvement des X). C’est dans le dernier chapitre de l’ouvrage, où il traite du régime mixte des modernes, que Rosanvallon apporte les éléments les plus intéressants en proposant des pistes qui vont au-delà « d’une action d’obstruction, qui ne dessine aucun horizon cohérent ».

Il constate que « c’est le vide de sens et non le vide de volonté qui fait d’abord problème aujourd’hui. Gouverner ne consiste pas seulement à résoudre des problèmes [...] gouverner signifie d’abord rendre le monde intelligible, donner des outils d’analyse et d’interprétation qui permettent aux citoyens de se diriger et d’agir efficacement. »

Enfin, il propose que « l’enjeu est de révéler la société à elle-même, de donner sens et forme à un monde dans lequel les individus ont une difficulté croissante à s’orienter. »

Rosanvallon fait en somme le même constat que Scharmer et Senge, à la différence que les deux derniers ont une expérience et une connaissance de processus de collaboration et de dialogue qui ne sont pas encore largement connus. Et ces processus, ce sont ceux qui sont à la source de mon travail. Ronsavallon voit l’avenir prendre forme au sein des institutions politiques actuelles, Scharmer et Senge proposent plutôt de faire appel à toutes les composantes de la société pour collaborer et faire naître de nouvelles manières d’apprendre, de réfléchir et d’agir afin de nous engager de manière cohérente vers le futur.

Et si le rôle de gouvernance dont parle Rosanvallon pouvait être, du moins pour un certain temps, joué par des réseaux externes au politique? Et si c’était l’action de ces réseaux qui était le moteur permettant l’évolution de nos façons de fonctionner en société?

C’est avec ces questions en tête que je continue à avancer, au fil de mes mandats et des conversations, dans un projet qui est de plus en plus clair: faire naître à Québec un réseau de leaders qui se voudra intersectoriel, intergénérationnel et multidisciplinaire et qui, dans l’action, travaillera à mettre à profit le dialogue, l’intelligence collective et la collaboration afin de développer le plein potentiel de notre région. Puisque, comme le dit Ronsavallon, le sens fait cruellement défaut et que la volonté ne manque pas, créons du sens et harnachons ce trop-plein de volonté pour le mettre au service du bien commun!

Tiens, au sujet du bien commun, Philippe me parlait justement hier de l’édito de René-Daniel Dubois à Bazzo.tv le 4 mars dernier. J’ai retranscrit l’essentiel du propos de Dubois:

«On parle de chaque sujet de manière autonome, pour trouver des solutions, comme si rien de tout ça n’était relié. Ça fait tout un pop corn médiatique! Mais sur la place publique, quand on arrête le pop corn, il n’y a rien, il n’y a pas une seule idée!

Si ya pas très très bientôt, beaucoup de monde, des individus dans la société — attendez pas que les partis vous le demandent, ils ne vous le demanderont pas. Attendez pas que les médias le fassent pour vous autres. Êtes-vous capables de vous asseoir et de vous demander, pas quelle solution aux frais de scolarité — c’est important, mais là c’est pas de ça que je parle — c’est quoi le bien commun pour vous? Êtes vous capable d’expliquer à votre neveu, votre grand-mère, votre conjointe, la dame de la poissonnerie qu’est-ce qui pour vous est préférable dans une société et pourquoi? Êtes-vous capable de le défendre? Seriez-vous capables de vous mettre devant toute la famille, pis d’expliquer pourquoi selon vous que c’est dans ce sens-là qu’il faudrait aller?»

Intéressant, non? Et pas mal en lien avec les questions que je me pose. Voici donc l’état de ma pensée et de mon action. J’ai déjà parlé à plusieurs personnes de l’idée qui prend forme et comme c’est parti, il devrait être possible de lancer quelque chose l’automne prochain avec plusieurs partenaires. Si vous êtes intéressés, faites-moi signe! Et pour une fois, essayez de concentrer vos commentaires sur le blogue plutôt que sur Facebook, où ce texte est automatiquement publié (Chris se questionne aussi sur la multiplication des lieux de commentaires). Je vous tiendrai au courant des développements.

En terminant, je pense que ce billet montre que des jeunes qui s’intéressent à la réussite collective, il y en a encore, contrairement à ce que Stéphane Laporte peut en penser:

Où sont les jeunes? Et quand je dis jeune, je parle des gens dans la trentaine et même dans la quarantaine. Ils s’occupent de leurs affaires. On a de plus en plus d’exemples de réussite personnelle au Québec, et de moins en moins d’exemples de réussite collective. Source: L’ex-Québec

Je crois que c’est fondamentalement politique cette démarche et, si j’en crois Ronsavallon, profondément démocratique:

Le but conséquent de la démocratie est ainsi indissociablement de rendre possible la construction d’une histoire commune et d’indiquer un horizon de sens: il est de mettre fin d’un même mouvement à l’aveuglement des hommes et à leur impuissance. La souveraineté n’est pas seulement exercice d’un pouvoir: elle est maîtrise de soi et compréhension du monde.

Plein potentiel et gaspillage d’énergie

Les médias font grand état aujourd’hui de l’événement Rencontre économique 2010 présidé par Jean Charest. Je n’ai pas de temps pour discuter en profondeur de l’événement, mais je souhaite partager quelques éléments avant de terminer la semaine.

D’abord, une citation tirée de l’éditorial de Pierre-Paul Noreau paru dans Le Soleil de ce matin.

Sans remettre le moindrement en question l’application et le sérieux de la centaine de participants à la Rencontre économique 2010 tenue mercredi soir et jeudi au Centre de congrès et d’exposition de Lévis, on peut certainement déplorer que leur immense potentiel n’ait pas été davantage mis à profit. Cet exercice de réflexion présenté comme capital par le gouvernement du Québec s’est en effet conclu sur de bien maigres résultats.

[...]

Avait-on besoin de rassembler les têtes d’affiche parmi les plus importantes de la scène sociale, économique et politique de la province et les retenir dans un même lieu pendant 24 heures pour énoncer pareilles évidences? La réponse claire et brutale est non. L’exercice se résume à un déplorable gaspillage d’énergie.

Deux éléments qui me sont chers sont retenus par l’éditorialiste : le plein potentiel du groupe n’a pas été atteint et l’événement a gaspillé de l’énergie plutôt que d’en générer. Mes clients reconnaîtront ici plusieurs de mes interventions : je leur rappelle constamment l’importance d’aller chercher le plein potentiel des groupes et la nécessité de créer un événement qui générera de l’énergie plutôt que d’en consommer.

En terminant, je partage quelques-unes des questions que j’utilise dans les premières étapes de la planification d’un événement. N’hésitez pas à les utiliser!

Besoin
  • Quel est NOTRE principal besoin qui ne peut être comblé que par un tel événement?
  • Quel est le principal besoin des PARTICIPANTS qui ne peut être comblé que par un tel événement?
Utilité
  • Pourquoi voulons-nous demander à plus de XX personnes de nous consacrer une journée de leur temps?
  • Si cet événement devait atteindre son plein potentiel, qu’est-ce qu’il pourrait devenir?
  • Qu’est-ce que cet événement pourrait faire naître de nouveau?
Principes
  • Qu’est-ce que ça doit être?
  • Qu’est-ce que ça ne doit pas être?
  • Si nous étions audacieux, qu’est ce que nous ferions?

Animation de petits groupes: réfléchir, proposer, s’engager, agir

photo-3J’animais hier ma seconde rencontre à titre de président du comité développement durable de la Chambre de commerce de Québec. C’est pour moi une belle occasion de me servir à moi même la médecine que je prescris à mes clients! Je partage ici la technique toute simple que j’ai mise à profit pour créer de manière collaborative le plan d’action du comité pour la prochaine année. Comme les rencontres sont assez courtes (7h30 — 9h), j’ai eu à trouver un moyen d’amener le comité (une vingtaine de personnes) à atteindre rapidement un bon niveau de performance.

Voici la structure que je donne à chacune des rencontres du comité (entre 15 et 25 personnes présentes à chacune des réunions). Malgré le fait que nous ayons peu de temps et que nous soyons dans une salle de réunion traditionnelle (table ovale au centre, peu d’espace de dégagement autour), nous réussissons à obtenir des résultats très intéressants.

7h30 — 7h45: Tour de table. Il y a régulièrement de nouveaux membres (le comité est très populaire!). Chaque personne se présente brièvement et les nouveaux doivent répondre à la question «pourquoi souhaitez-vous faire partie du comité?» Quand il n’y a pas de nouveau membre autour de la table, la question de «check-in» peut être «dans quel état vous présentez-vous ici ce matin?» ou toute autre question qui amène les gens à partager quelques chose qui a plus de sens que leur nom et celui de l’entreprise qu’ils représentent. Je veux des individus entiers et non pas des représentants d’entreprises! read more »

Paix, haute performance et autres idées de la semaine

En vrac, voici ce qui percole de ma semaine.

Warrior-leaders are working within the systems of power, but claim a different basis for their leadership. They are warriors for human goodness, whose unshakable strength and confidence arise from gentleness. They demonstrate compassion and clarity of insight. From being grounded in their own authenticity, they develop the capacity to remain open to what is, to encounter experiences fully. In this way, they become fearless and effective leaders, even in the midst of turmoil.

Enfin, une petite phrase lue ce matin dans Le Devoir. C’est Vincent Vallières qui parle de son dernier disque (très bon en passant):

Le Monde tourne fort, c’est ça. C’est une bombe qui explose quelque part dans le monde, mais c’est aussi ce qui se passe dans ma cuisine. Ça brasse. C’est la vie qui avance par en avant. Et quand tu choisis une vie, tu fais le deuil de plein d’autres.

Allez, au travail. J’ai aujourd’hui à imaginer le plan d’une rencontre d’une demi-journée avec de très gros joueurs régionaux. Il faut les amener à collaborer. Vision commune. Engagements. Confiance. Ego. Gros défi!

Dernier droit avant les vacances

L’été arrive à grands pas! Cette année, je ne travaille pas en juillet :-) Mais d’ici là, c’est le sprint! Je suis en train de mettre la touche finale au programme de deux événements que j’animerai la semaine prochaine.

Lundi et mardi, j’animerai une démarche de planification pour la CRÉ. Nous serons une cinquantaine à vivre un forum ouvert pendant deux jours au MNBAQ. Nous ferons le bilan des trois dernières années, nous nous projetterons dans le futur et nous reviendrons sur terre pour nous engager dans l’action. Nous avons même permis aux participants d’amener un invité surprise qui, selon eux, pourra contribuer activement et positivement au succès de la rencontre. J’ai vraiment hâte d’accompagner ce groupe dans une démarche qui en surprendra plus d’un et qui, j’en suis convaincu, permettra d’aller chercher le plein potentiel des gens présents.

Mercredi, jeudi et vendredi, je serai à Baie-Comeau pour animer le forum de mobilisation de la Réserve mondiale de la biosphère Manicouagan-Uapishka (je me suis aussi chargé du site du forum). Un programme très différent de celui du début de la semaine! Plus d’une centaine d’acteurs régionaux et d’invités internationaux seront réunis pour mieux comprendre ce qui est maintenant possible pour la région, imaginer les succès futurs et amorcer la réalisation d’actions porteuses de changement. Cette fois-ci, c’est le café de conversation qui sera au coeur des échanges pour trois journées intenses et stimulantes. C’est pour moi une première animation dans un contexte de développement durable et j’en suis excité au plus haut point! Le design de l’événement ressemblera sensiblement à ce que j’avais fait pour le forum économique en mai dernier.

Je reviens à Québec pour un mariage samedi prochain et m’envole le lendemain pour Halifax où j’irai terminer l’année en poussant encore plus loin mon exploration du leadership et de la facilitation.

Après ça, les vacances seront bien méritées!

Philippe m’a pisté ce matin sur quelques éléments de facilitation visuelle qui m’ont allumé. Je me suis pratiqué un peu et je pense que je vais me lancer la semaine prochaine pour créer des murales lors des deux événements que j’animerai! Voici un aperçu de mes expérimentations.
Plan de l'atelier pour la CRÉ
Activités du forum de la RMBMU
Cheminement du forum de la RMBMU

Trois ans plus tard…

Cela fait trois ans aujourd’hui que j’ai quitté Opossum. En relisant ce que j’avais écrit en me lançant dans l’inconnu, j’ose dire que je suis fier du chemin parcouru! Ça a demandé beaucoup de travail, j’ai souvent douté, mais j’ai persévéré et aujourd’hui, j’ai la profonde conviction de m’être engagé sur la bonne voie! Grisvert est encore jeune, nous avançons avec ce projet à une vitesse que nous n’aurions jamais pu prévoir et le futur qui se laisse deviner est rempli d’incroyables — et fascinants — défis.

Merci à ceux et celles qui m’ont accompagné sur le chemin. Votre présence est inestimable.

Ne marche pas devant moi, je ne te suivrai peut-être pas.
Ne marche pas derrière moi, je ne te guiderai peut-être pas.
Marche à côté de moi et sois simplement mon ami. — Albert Camus