Archives de la catégorie : Démocratie, citoyenneté et politique

Le leadership postmoderne

Un superbe essai est publié ce matin dans Le Devoir. Dans Le leadership postmoderne de Barack Obama, une autre façon d’évaluer nos candidats, Thierry C. Pauchant, professeur à HEC Montréal, décrit plusieurs caractéristiques du leadership postmoderne et fait des liens avec la récente élection de Barack Obama. Si le contenu de la présentation que j’ai publiée hier vous intéresse, le texte de Pauchant est un complément essentiel pour enrichir et approfondir la réflexion. Au moment de publier mon billet, le paragraphe de conclusion qui se trouve dans l’édition papier du Devoir n’est pas reproduit sur le web. Je le cite donc ici, vu son importance dans le contexte de l’actuelle campagne électorale provinciale:

Dans un monde devenant de plus en plus complexe et changeant, dans un monde où une idéologie ou une expertise spécifique peut devenir dangereuse quand elle est confrontée à des problématiques inédites, nous avons besoin au Québec d’un ou d’une leader dont la qualité d’être permet d’aborder cette complexité et ces changements de façon sereine, mature, coopérative et éthique. Comme le disait Mohandas Ghandi, «ma vie est mon seul enseignement. Vous devez être le changement que vous voulez voir en ce monde». Qui, de nos candidats québécois, se rapproche de plus de cet idéal? Qui de nos leaders permet à tout un chacun de s’élever?

Un texte important et essentiel pour qui s’intéresse au leadership, à la complexité, à l’engagement politique et au concept d’incarnation. Bravo!

Sur le site du Devoir: Le leadership postmoderne de Barack Obama, une autre façon d’évaluer nos candidats

Page personnelle de Thierry C. Pauchant.

Conférence OPDE 2008 – Les outils pour décider ensemble

Je viens de m’inscrire à une conférence qui se tiendra à Québec les 5 et 6 juin prochain: Les outils pour décider ensemble. Le propos semble destiné surtout aux chercheurs universitaires, mais le généraliste que je suis pourra assurément y trouver son compte:

Afin de porter un regard élargi sur la décision à plusieurs, la diversité des réflexions, des contextes et des outils est privilégiée. La conférence s’adresse donc à tous les chercheur(e)s dont les travaux concernent, d’une part la décision à plusieurs et d’autre part l’utilisation d’outils, notamment d’aide à la décision. La définition de la notion d’outil est très ouverte. Il peut s’agir d’outils de gestion, de logiciels, d’outils d’animation de groupe ou de négociation, d’application informatique ou de méthode d’analyse multicritère.

Le programme de l’événement est ici.

Merci à Clément qui m’a relayé l’information.

La ville n’est pas un problème: c’est plutôt la solution!

Ceux et celles qui s’intéressent à l’aménagement urbain et à la politique municipale sauront trouver matière à réflexion dans la présentation que Jaime Lerner, architecte et ancien maire de la ville de Curitiba au Brésil a donnée l’an dernier à TED.

La séquence vidéo ne dure que 15 minutes alors je vous encourage à prendre le temps de la regarder. L’essentiel se résume toutefois par ces quelques extraits (certains sont tirés d’une autre conférence dans laquelle les mêmes thèmes étaient abordés):

«The city is not a problem but a solution because in the city are the answers to everything: to work, the house, the transport.»

«Any city can make great advances in city planning matters in less than two years.»

«The car is like our mechanical mother-in-law: we must have a good relationship with it but we cannot allow it to rule our lives.»

«It is necessary to propose a scenario or else priorities will not exist in the city.»

«Creativity starts when you cut a zero to the budget.»

Leadership municipal en développement durable

Rapidement, pour ne pas l’oublier, je note ces quelques extraits d’un texte d’Éric Moreault (dont le travail de journaliste attitré à l’environnement s’améliore de semaine en semaine) paru ce matin dans Le Soleil (La capitale se meurt-elle?):

Une ville qui ne bouge pas, qui n’évolue pas, est une ville qui, à terme, se meurt, dit-on à Angers, en France, pour expliquer pourquoi elle s’évertue depuis une décennie à devenir un exemple de ville durable. Alors, Québec se meurt-elle ?

[...]

L’engagement d’Angers dans le développement durable, couronné de nombreux prix, n’est pas le fruit du hasard. Deux facteurs y ont grandement contribué : son maire et la volonté d’impliquer les citoyens dans le projet en les consultant régulièrement (la même recette qu’à Portland et autres écovilles). Sa politique a pris toute son ampleur avec l’élection de Jean-Claude Antonini, un médecin généraliste, en 1999.

[...]

Mais encore fallait-il transmettre sa vision à tous ses concitoyens. Depuis, son expérience rejaillit aussi sur le plan national. En plus d’animer la commission développement durable de l’Association des maires des grandes villes de France, il est membre depuis 2003 du Conseil national du développement durable. Pendant ce temps, à Québec, on s’évertue à inscrire toutes ses bonnes volontés sur papier, sans qu’il se dégage une véritable vision d’ensemble et que se concrétisent les actions.

[...]

Ne serait-ce pas une bonne idée que Québec se dote d’un «agenda du XXIe siècle»? Les exemples ne manquent pas pour s’inspirer si l’imagination fait défaut. (Source: La capitale se meurt-elle?)

Un maire qui se permet d’inspirer ses concitoyens et de les impliquer dans les projets. C’est dans le même sens que ce que je décrivais il y a quelques semaines dans Le travail de leader… et de maire.

La gauche efficace

Oui, je tends vers la gauche. Toutefois, je ne me reconnais pas dans la gauche d’aujourd’hui. Remarquez que je me reconnais encore moins dans la droite et que, pour moi, le centre ne veut rien dire.

Est-ce que ce sont les politiciens de ma génération (ceux qui seront au pouvoir dans un horizon d’une dizaine d’années), et dont je ferai peut-être partie, qui réinventeront la gauche au Québec et la porteront au pouvoir? Je le souhaite!

L’an dernier, j’avais apprécié le papier de Michel Venne paru dans Le Devoir et intitulé Être de gauche:

La gauche ne peut pas se définir à partir d’un ensemble de politiques prédéterminées qui constitueraient à ses yeux le bien commun. Son avenir réside, au contraire, dans sa capacité à proposer des mécanismes de définition collective du bien. La gauche se réinventera si elle invente la nouvelle démocratie.

L’homme et la femme de gauche seraient ceux capables de réunir l’écologiste, le chef autochtone, le syndicaliste, le député, l’entrepreneur et l’altermondialiste et de les amener à définir, par la négociation, ce qui permettra de préserver, le plus longtemps possible, les conditions de liberté du plus grand nombre.

Il s’agit d’une position insécurisante et extrêmement exigeante, plus difficile à défendre dans un clip de 15 secondes à la télévision que le simplisme d’un Stephen Harper ou d’un George W. Bush. Contre le simplisme de la droite, un simplisme de gauche sera toujours perdant. Contre le simplisme, on ne peut opposer que la complexité. Je sais, pour un tacticien partisan, ce n’est pas facile. Mais c’est la seule politique satisfaisante.

Je viens de terminer la lecture du texte de Jean-François Lisée paru dans l’Actualité du 1er novembre 2007 (il faut acheter le magazine pour lire). Sa description de la gauche efficace active mes neurones de gauche et ma fibre entrepreneuriale en même temps. C’est bon signe… il doit y avoir quelque chose d’intéressant là-dedans! Voici un extrait de la conclusion.

… la droite a la foi dans les vertus du marché, du privé. Pour elle, réduire l’État est un objectif en soi, car ce retrait laisse place à l’individu et à l’entrepreneur, seuls vrais créateurs de richesse.

[...]

Pour la gauche classique, la protection des acquis et une culture forte de l’égalité sont des aiguillons essentiels. Elle se méfie des réflexes individuels et préfère confier à l’État le soin de régenter le progrès social et économique. Elle se méfie d’ailleurs de la richesse et en particulier des entrepreneurs et des entreprises.

Ce qui distingue (ou devrait distinguer car je l’invente un peu à mon gré) la gauche efficace, ce sont le pragmatisme et l’innovation au service du bien commun.

L’histoire humaine nous apprend que l’appât personnel du gain, la prise de responsabilité et de décision, l’émulation avec l’autre sont des ressorts essentiels pour l’innovation.

Introduisons-les dans le secteur public, faisons des salariés des entrepreneurs intéressés et engagés, et voyons le résultat…

Quand nous en aurons assez de porter des comptables au pouvoir, peut-être qu’une nouvelle gauche pourra émerger: entrepreneuriale, efficace, ouverte, juste, intelligente et pragmatique.

Le Nobel d’Al Gore

Encore une fois, Claude Villeneuve nous offre une réflexion très sensée dans La Presse:

Le cas d’Al Gore est plus délicat et plus politique à la fois. L’ex-vice-président des États-Unis a fait des changements climatiques son cheval de bataille depuis sa défaite crève-coeur devant George W. Bush, en 2000. Son discours plaît et son film Une vérité qui dérange a fait le tour du monde, a eu un énorme succès et même un Oscar.

Mais… le discours de M. Gore est sans nuances, sa vision du monde collée sur celle des écologistes, donc catastrophiste. Il confond sans aucune gêne les hypothèses et les faits pour nous convaincre de sa thèse. Le comité a cependant jugé que son engagement dans la sensibilisation du public méritait le prix Nobel de la paix. Voilà un bel atout pour un politicien qui veut reprendre du service ou une superbe carte de visite pour un consultant.

Le texte complet est ici: Un Nobel ne fait pas le printemps!