Archives pour la catégorie Démocratie, citoyenneté et politique

Communauté / lieu / ainés

Intéressante réflexion de David Suzuki inspirées de son pèlerinage annuel dans le sud de la Colombie-Britannique.

Once, productive soil generated a cornucopia of good food. Now, much of that land has been converted to accommodate big houses and boutique vineyards often run by absentee owners. I doubt that any local politicians in 1979 would have opted for the kind of places their communities have become today. Yet this is happening all over the country, as people seize the short-term benefits of an economic shot-in-the-arm from opening new developments, filling in wetlands, diverting streams, and so on. In the process, the communities that attracted people in the first place are disappearing.

The problem is that agendas based solely on economics and politics are, by definition, short-term. That is the very nature of these activities. We have few mechanisms to define what people like about the communities they live in, what they hope will still flourish when their children grow up and start having children of their own.

It seems weird to me, living in the wonderful neighbourhood of Kitsilano in Vancouver, that my children will not be able to afford to live in a house like the one they grew up in. That’s not a sustainable, stable community. We have to keep the big picture in mind and make sure we don’t sacrifice the very things that made a community attractive in the first place. And we must protect the things that keep the planet and our local surroundings rich, diverse, and healthy.

The annual pilgrimage that we started so long ago provides me with a perspective, and context to consider where we are and where we seem to be going. All communities need that, and I guess it resides in the elders, folks who have a long history and experience in a place. They can define the pace of change and consider whether it is what people want and need. Source: Cherry-picking offers lessons in life.

Madrid: fonctionnement d’une assemblée de quartier

Pour ne pas l’oublier, et pour y revenir plus tard, quand le sprint de juin sera terminé, je note cet article publié sur OWNI: Madrid, fonctionnement d’une assemblée de quartier.

OWNI vous propose de plonger au cœur d’une assemblée de quartier et de comprendre son organisation et, au-delà, le processus de démocratie citoyenne, active et participative qui bourgeonne sur les places espagnoles.

Plusieurs idées intéressantes là-dedans. Ça va plus loin que ce que je fais en construction de consensus avec des groupes et il y a d’intéressantes leçons à en tirer.

[ES] #15 M processus de décision – assemblée de quartier Los Austrias, Madrid [VOSTF] from Owni on Vimeo.

Un autre lien à ne pas oublier: un superbe guide publié par trois finissants à la maîtrise d’une université suédoise: The Weave. Un mix d’Art of Hosting, The Natural Step et d’autres inspirations qui sont proches du travail que l’on fait chez Grisvert. Très beau et bon document!

Creuser son trou

Ce petit texte que j’avais soumis au courrier du lecteur a été publié dans l’édition papier du Soleil de jeudi dernier.

Dans toute l’agitation qui entoure le dernier budget provincial, je sens une incroyable volonté collective : volonté de ne pas gaspiller, de performer, de s’enrichir et de développer. Mais quel sens donne-t-on à cette volonté afin d’imaginer notre futur et d’agir de manière cohérente? J’ai beau chercher, je n’en trouve aucun. Et parmi nos élus, si occupés à justifier leur leadership par leur capacité à résoudre des problèmes, qui osera se lever pour poser les bonnes questions et commencer à donner un sens et une forme intelligible à tout ce mouvement? Quand arrêterons-nous de croire que le salut ne réside que dans l’action? Parce que lorsque l’on creuse un trou, agir encore plus et réfléchir de moins en moins ne font que nous enfouir plus profondément.

Leadership, politique et démocratie

Ces derniers mois, plusieurs de mes interventions et certaines discussions que j’ai eues avec mes collègues, mes amis et mes clients m’ont amené à formuler des questions pour lesquelles des éléments de réponse sont en train de se mettre en place:

  • Pourquoi les projets dans lesquels des élus ou des hauts fonctionnaires sont en position de leadership sont ceux qui avancent généralement le moins vite?
  • Pourquoi les jeunes de ma génération et de celles qui suivent se désintéressent-ils majoritairement de la participation politique?
  • Qui seront les leaders de demain et que pourra être leur rôle?
  • Comment, dans un monde toujours de plus en plus complexe, allons-nous développer la capacité d’agir de manière cohérente?
  • Comment allons-nous permettre l’émergence d’une génération de politiciens qui sauront faire preuve d’habiletés de leadership plus évoluées que ceux qui nous gouvernent actuellement?

C’est Otto Scharmer, dans Failed governmental governance–and then what? qui a semé les graines d’un projet qui prend forme. À la lumière de la conférence de Copenhague, il affirmait que « la plus importante crise est celle du leadership. Le nouveau leadership et la nouvelle gouvernance globale qui sont maintenant nécessaires ne viendront pas de nos gouvernements mus par les lobbys et les groupes de pression. Ce leadership ne peut naître qu’au travers de nouvelles initiatives dans lesquelles les leaders et les acteurs de la société civile trouveront de nouvelles manières de collaborer avec les leaders des mondes politique, institutionnel et économique dans des initiatives intersectorielles, intergénérationnelles et multidisciplinaires. Ceci devra être fait de manière à permettre une prise de conscience profonde de la réalité et stimuler l’intelligence collective pour s’élever au-dessus des impératifs à court terme dictés par les contraintes institutionnelles et politiques. » Enfin, Scharmer conclut en nous invitant à donner naissance à un nouveau mouvement qui existe déjà en nous et qui ne demande qu’à prendre forme par notre action.

C’était déjà assez pour me mettre la puce à l’oreille et cristalliser certaines idées qui avaient pris forme au fil des conversations et de mes mandats et, en particulier, dans les suites du forum économique Affaires vision 2025.

J’ai la ferme intuition qu’il faut créer un ou plusieurs lieux de dialogue entre les secteurs, les générations et les disciplines. Il faut que ces lieux permettent la naissance de réseaux qui pourront aller plus loin que le politique, sans toutefois le dénigrer ou prendre sa place, mais plutôt pour proposer autre chose et, par le fait même, obliger le politique à se transformer et à évoluer. C’est que les politiciens n’accepteront pas longtemps de se voir larguer par des réseaux qui avancent plus vite qu’eux!

On ne change jamais les choses en combattant la réalité existante.
Pour changer quelque chose, construisez un nouveau modèle qui rendra inutile l’ancien.
— Buckminster Fuller

Voilà pour l’amorce de l’idée. Cette impression qui gagnait en force que les structures de leadership actuelles ne seront pas suffisantes pour répondre aux défis du futur (elles sont déjà insuffisantes pour répondra aux défis actuels) s’est trouvée renforcée par quelques mots de Peter Senge, glanés dans l’avant-propos d’un petit livre merveilleux, On Dialogue de David Bohm.

Senge croit que de nombreux signaux viennent montrer que « les problèmes complexes auxquels nos organisations et notre société ont à faire face demandent une écoute plus profonde et une communication plus ouverte que ce qui a jusqu’à aujourd’hui été la norme. La politique “gagnant-perdant” et l’autorité hiérarchique ne sont tout simplement pas adéquates pour aborder les problématiques des changements climatiques, le fossé toujours grandissant entre riches et pauvres, ou encore les dilemmes de la technologie génétique. Les débats où on “se parle fort  » ne nourrissent pas la compréhension commune, les visions partagées et les réseaux d’action collaborative dont nous avons besoin. Des alternatives doivent être proposées, tant à l’intérieur qu’entre les institutions de toute nature. »

Avec ça, j’en avais assez pour appuyer mes intuitions. Et en particulier celle que la structure politique actuelle, avec des partis aux positions polarisés et des processus de persuasion, de contrôle et de consultation issus d’une autre époque, n’est pas le lieu dans lequel pourront naître les initiatives qui auront le potentiel de nous engager dans la bonne direction.

Il faut faire quelque chose pour faire naître des lieux de dialogue et permettre l’action collaborative et cohérente. Mais quoi? Comment? Et, surtout, comment se positionner par rapport au pouvoir et aux structures politiques? C’est chez Pierre Rosanvallon, dans La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance que j’ai trouvé matière à faire progresser ma réflexion.

Dans son ouvrage, Rosanvallon traite abondamment des différents mouvements de contre-pouvoir, axés surtout sur la surveillance et l’obstruction et dérivant parfois vers le populisme (nous avons eu ces dernières années un exemple flagrant à Québec de contre-démocratie populiste avec le mouvement des X). C’est dans le dernier chapitre de l’ouvrage, où il traite du régime mixte des modernes, que Rosanvallon apporte les éléments les plus intéressants en proposant des pistes qui vont au-delà « d’une action d’obstruction, qui ne dessine aucun horizon cohérent ».

Il constate que « c’est le vide de sens et non le vide de volonté qui fait d’abord problème aujourd’hui. Gouverner ne consiste pas seulement à résoudre des problèmes […] gouverner signifie d’abord rendre le monde intelligible, donner des outils d’analyse et d’interprétation qui permettent aux citoyens de se diriger et d’agir efficacement. »

Enfin, il propose que « l’enjeu est de révéler la société à elle-même, de donner sens et forme à un monde dans lequel les individus ont une difficulté croissante à s’orienter. »

Rosanvallon fait en somme le même constat que Scharmer et Senge, à la différence que les deux derniers ont une expérience et une connaissance de processus de collaboration et de dialogue qui ne sont pas encore largement connus. Et ces processus, ce sont ceux qui sont à la source de mon travail. Ronsavallon voit l’avenir prendre forme au sein des institutions politiques actuelles, Scharmer et Senge proposent plutôt de faire appel à toutes les composantes de la société pour collaborer et faire naître de nouvelles manières d’apprendre, de réfléchir et d’agir afin de nous engager de manière cohérente vers le futur.

Et si le rôle de gouvernance dont parle Rosanvallon pouvait être, du moins pour un certain temps, joué par des réseaux externes au politique? Et si c’était l’action de ces réseaux qui était le moteur permettant l’évolution de nos façons de fonctionner en société?

C’est avec ces questions en tête que je continue à avancer, au fil de mes mandats et des conversations, dans un projet qui est de plus en plus clair: faire naître à Québec un réseau de leaders qui se voudra intersectoriel, intergénérationnel et multidisciplinaire et qui, dans l’action, travaillera à mettre à profit le dialogue, l’intelligence collective et la collaboration afin de développer le plein potentiel de notre région. Puisque, comme le dit Ronsavallon, le sens fait cruellement défaut et que la volonté ne manque pas, créons du sens et harnachons ce trop-plein de volonté pour le mettre au service du bien commun!

Tiens, au sujet du bien commun, Philippe me parlait justement hier de l’édito de René-Daniel Dubois à Bazzo.tv le 4 mars dernier. J’ai retranscrit l’essentiel du propos de Dubois:

«On parle de chaque sujet de manière autonome, pour trouver des solutions, comme si rien de tout ça n’était relié. Ça fait tout un pop corn médiatique! Mais sur la place publique, quand on arrête le pop corn, il n’y a rien, il n’y a pas une seule idée!

Si ya pas très très bientôt, beaucoup de monde, des individus dans la société — attendez pas que les partis vous le demandent, ils ne vous le demanderont pas. Attendez pas que les médias le fassent pour vous autres. Êtes-vous capables de vous asseoir et de vous demander, pas quelle solution aux frais de scolarité — c’est important, mais là c’est pas de ça que je parle — c’est quoi le bien commun pour vous? Êtes vous capable d’expliquer à votre neveu, votre grand-mère, votre conjointe, la dame de la poissonnerie qu’est-ce qui pour vous est préférable dans une société et pourquoi? Êtes-vous capable de le défendre? Seriez-vous capables de vous mettre devant toute la famille, pis d’expliquer pourquoi selon vous que c’est dans ce sens-là qu’il faudrait aller?»

Intéressant, non? Et pas mal en lien avec les questions que je me pose. Voici donc l’état de ma pensée et de mon action. J’ai déjà parlé à plusieurs personnes de l’idée qui prend forme et comme c’est parti, il devrait être possible de lancer quelque chose l’automne prochain avec plusieurs partenaires. Si vous êtes intéressés, faites-moi signe! Et pour une fois, essayez de concentrer vos commentaires sur le blogue plutôt que sur Facebook, où ce texte est automatiquement publié (Chris se questionne aussi sur la multiplication des lieux de commentaires). Je vous tiendrai au courant des développements.

En terminant, je pense que ce billet montre que des jeunes qui s’intéressent à la réussite collective, il y en a encore, contrairement à ce que Stéphane Laporte peut en penser:

Où sont les jeunes? Et quand je dis jeune, je parle des gens dans la trentaine et même dans la quarantaine. Ils s’occupent de leurs affaires. On a de plus en plus d’exemples de réussite personnelle au Québec, et de moins en moins d’exemples de réussite collective. Source: L’ex-Québec

Je crois que c’est fondamentalement politique cette démarche et, si j’en crois Ronsavallon, profondément démocratique:

Le but conséquent de la démocratie est ainsi indissociablement de rendre possible la construction d’une histoire commune et d’indiquer un horizon de sens: il est de mettre fin d’un même mouvement à l’aveuglement des hommes et à leur impuissance. La souveraineté n’est pas seulement exercice d’un pouvoir: elle est maîtrise de soi et compréhension du monde.

Questions d’échelle: personnel, politique, global

À la sauvette, comme c’est souvent le cas dernièrement, je consigne quelques éléments ici.

En cherchant un moyen de diffuser des vidéos en HD sur des intranets pour mes clients (en lien avec mon nouveau dada de filmer en accéléré les événements que Grisvert anime), je suis tombé sur cette superbe animation sur le site Vimeo:

H2oil animated sequences from Dale Hayward on Vimeo.

On y présente l’envergure des projets industriels d’extraction de gaz naturel en Alberta. L’ampleur de l’utilisation de ressources naturelles et énergétiques nécessaires, en particulier l’eau, est astronomique.

J’ai tout de suite fait un lien avec un article lu dans Orion l’été dernier. Dans Forget about shorter showers, Derrick Jensen explique que le mouvement environnemental est trop centré sur des gestes de consommation personnelle (acheter une auto hybride, changer ses ampoules, consommer «vert») et que l’ampleur de la crise environnementale commande des initiatives à bien plus grande échelle. Par exemple, au sujet de l’utilisation de l’eau, il écrit:

Or let’s talk water. We so often hear that the world is running out of water. People are dying from lack of water. Rivers are dewatered from lack of water. Because of this we need to take shorter showers. See the disconnect? Because I take showers, I’m responsible for drawing down aquifers? Well, no. More than 90 percent of the water used by humans is used by agriculture and industry. The remaining 10 percent is split between municipalities and actual living breathing individual humans. Collectively, municipal golf courses use as much water as municipal human beings. People (both human people and fish people) aren’t dying because the world is running out of water. They’re dying because the water is being stolen.

Sous un propos volontairement provocateur, Jensen nous rappelle de porter attention à l’échelle des problèmes auxquels nous faisons face. Il est essentiel de rebâtir et de garder vivants les réseaux d’alimentation locale, tout comme la réduction de notre consommation personnelle d’énergie a des effets positifs. Ces comportements révèlent une certaine sensibilité et une prise de conscience. Toutefois, il ne faut pas que le sentiment de «devoir accompli» que ces comportements «écoresponsables» peuvent procurer serve d’écran devant l’ampleur des chantiers qui nous attendent pour assurer la survie de l’humanité. Et surtout, il nous faudra exiger de nos leaders, tant de la scène politique, économique que sociale, qu’ils se posent les bonnes questions. Quelle heure est-il pour l’humanité? Quel monde sommes-nous en train de léguer à nos enfants?

Oh là! Je suis parti pour un boutte là! Je voulais seulement prendre quelques minutes pour mettre en lien la vidéo et le bout de texte de Jensen! Allez, au boulot!

Quelques notes au sujet des consultations publiques

J’ai pris l’habitude, au cours des dernières années, de publier ici des réflexions assez complètes et documentées. Le succès que nous avons avec Grisvert fait en sorte que j’ai de moins en moins de temps à consacrer à la rédaction. Ça ne veut pas dire que je ne lis plus et que je ne réfléchis plus… bien au contraire! Je vais donc me forcer pour publier des textes sur mes réflexions et idées en construction. Ou encore laisser des traces des éléments de théorie qui me sont utiles. On verra bien ce que ça donnera! Je commence tout de suite avec quelques réflexions sur les consultations publiques. Et je le fais rapidement!

Depuis quelques mois, il y a une épidémie de consultations publiques à la ville de Québec. Que ce soit pour le manège militaire, la mobilité durable, la densification de la colline parlementaire ou le plan d’urbanisme, on organise des consultations publiques.

Ce que j’observe, c’est que ces consultations ne font que contribuer à la polarisation du débat. Pourquoi? Selon moi, c’est parce que ce ne sont que des simulacres de consultations publiques. Dans une consultation publique, les enjeux ne devraient pas être connus dès le départ. Oui, les leaders ont quelque chose à proposer, mais l’issue de la consultation devrait être ouverte. Dans le cadre des consultations récentes, l’administration municipale me semblait avoir une très nette idée de l’issue dès le début du processus. Pour moi, ces paroles du maire Labeaume au sujet de la consultation publique sur l’avenir du Manège militaire sont très révélatrices:

«On va rester spectateur, a-t-il dit, parce qu’on sait qu’à la fin ça va prendre un facilitateur pour mettre peut-être deux ou trois groupes ensemble. Tous les projets sont un petit peu imparfaits, mais si on en met deux ou trois ensemble, on va faire un projet qui quant à moi et quant à la Ville de Québec serait le projet qu’on espère.» Source: Consultation sur l’avenir du Manège: la Ville restera spectatrice (Cyberpresse).

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