Le culte de l’action et la tyrannie de la vision

Feuilles d'érable rougeQuelques notes avant de plonger dans la journée.

Le besoin d’action est sur toutes les lèvres. On veut agir, foncer, construire, développer, enrichir. Mais qu’est-ce qu’une action qui n’est pas soutenue par une vision? Et qu’est-ce qu’une vision qui n’est pas partagée ou pire encore, qui est imposée? Et une vision rigide, à laquelle on tient mordicus, ça vaut quoi?

Je jongle beaucoup avec les concepts d’action et de vision ces temps-ci. Comment peut-on s’engager dans l’action tout en restant ouverts aux possibilités qu’offrira le futur? Comment peut-on être stimulés par une vision commune à plus long terme tout en ajustant constamment les visions à court terme en fonction du futur qui émerge? Trop souvent, on veut ficeler une vision et bâtir un plan d’action. Et vite à part ça. Nous n’avons pas le temps pour la réflexion, c’est de l’action qu’il faut! Et une fois qu’on a la vision et le plan d’action, on n’y touche plus, on les réalise!

Deux petits bouts de texte, que je mets en parallèle ici, pourront aider à y voir plus clair.

D’abord Peter Block, au sujet de l’action et de la possible nécessité de revoir ce que l’on veut dire par «action»:

My belief is that the way we create conversations that overcome the fragmented nature of our communities is what creates an alternative future.

This can be a difficult stance to take for we have a deeply held belief that the way to make a difference in the world is to define problems and needs and then recommend actions to solve those needs.

We are all problem solvers, action oriented and results minded. It is illegal in this culture to leave a meeting without a to-do list.

We want measurable outcomes and we want them now.

What is hard to grasp is that it is this very mindset which prevents anything fundamental from changing.

We cannot problem solve our way into fundamental change, or transformation.

This is not an argument against problem solving; it is an intention to shift the context and language within which problem solving takes place.

Authentic transformation is about a shift in context and a shift in language and conversation. It is about changing our idea of what constitutes action.

~ Peter Block from his Civic Engagement Series, sponsored by A Small Group. (Conversation and community sur le site du World Café)

J’aime bien l’idée que la transformation authentique demande de basculer de contexte, de passer à un autre langage et à d’autres modes de conversation. Et ceci en revient à modifier notre idée de ce qu’est l’action. Oui, faire évoluer le sens de l’action. Qu’est-ce que c’est que d’agir aujourd’hui, dans un monde complexe, ouvert, connecté et en rapide transformation?

Le second bout de texte vient de ma «bible» de l’heure du bain des enfants, Le monde sur le flanc de la truite de Robert Lalonde, que je garde dans une bibliothèque pas loin de la salle de bain et que je vais fréquemment feuilleter quand les enfants jouent dans l’eau. Hier soir j’y ai trouvé, une fois de plus, un écho à mes questions du moment.

Lalonde, en parlant d’un livre lorsqu’il est terminé:

Mais je n’ai plus «la vision», en me relisant. Quelque chose s’est perdu, qui n’était peut-être pas nécessaire, qui pourtant semblait primordial, au commencement. Et puis je fouille et trouve ces mots d’Annie Dillard, et ressens tout à fait ce qui m’arrive: «Et tu continues, tu achèves le livre. Sans doute, en avançant, as-tu fini par rembarrer la fameuse vision de départ. Ça ne fait rien, inutile de t’apitoyer, puisque tu as devant toi, brûlant tes yeux et ton coeur, le frêle mais vigoureux produit final, presque entièrement opaque. Tu ne peux rien voir au travers. Le livre est ce qu’il est et rien d’autre, une suite de passages que tu connais par coeur, de la couleur étalée sur une toile. Sa relation à la vision qui l’a fait naître est du même ordre que tout lien existant entre l’énergie créatrice et le travail lui-même, entre toute chose éternelle et toute chose changeante.»

Rien à ajouter pour le moment. C’est justement dans l’action, en accompagnant mes clients, que je pourrai formuler des questions plus précises et progresser vers de nouveaux éléments de réponse!

Un texte en lien avec celui-ci et publié en mai dernier: N’écoutez pas ceux qui savent ce qui n’est pas possible!

2 commentaires

  1. Publié le 29 septembre 2009 à 8:53 | Permalien

    JS

    Tout à fait en résonance avec ta réflexion. Je vis trop de réunions ce temps-ci qui ne mènent à rien. Ce qui est intéressant, c’est que souvent, les participants :
    -sont pressés d’agir (mais encore, ça ramène à ta question: qu’est-ce que l’action!)
    -ne se comprennent pas tout à fait lorsqu’ils parlent. Les mots n’ont pas le même sens. (des fois, je me demande si ça ne fait pas l’affaires de certains qui tentent de s’enfuir avec le ballon…)
    -Voient principalement les choses qui ne fonctionnement pas et qu’il faut réparer. Ceci ramène à ton idée de paradigme ou à la notion de contexte: on perd notre temps à réparer quelque chose de l’ancien « système » ou contexte plutôt que d’imaginer le nouveau où la problématique première est rendu caduc…

    Il me semble que le thème du « savoir agir ensemble » ou « savoir collaborer pour créer notre futur » va bien au delà du savoir travailler en équipe dont tu parlais la semaine dernière (qui est par ailleurs tout à fait pertinent et important).

  2. Simon Bolduc
    Publié le 6 octobre 2009 à 9:09 | Permalien

    Bien intéressant tout cela!

    Je dirais qu’une des variables centrale sur laquelle Margueret J. Wheatley inciste, avec raison je crois, est la notion de temps.

    Cela devient presque cliché à notre époque de mentionner que nous perdons la capacité à prendre le temps. À cela j’ajouterais que le rythme, qui est influencé par notre rapport au temps, demeure ce qui nous unit dans l’action. Ce qui m’amène à me poser la question, est-ce qu’un humain dans son authenticité, sans café, sans stimulant, peut agir à ce rythme effréné qu’impose notre société? Est-ce que la cadence actuelle tue l’authenticité? J’aurais tendance à répondre, oui.

    Cordialement,

    Simon