Autoorganisation et émergence

Banc de sable de Portneuf-sur-mer

La semaine dernière, je suis allé faire un petit tour sur la Côte-Nord pour participer à la Rencontre du savoir organisée par mes amis de la Réserve mondiale de la biosphère Manicouagan-Uapishka. En route, je me suis arrêté au banc de sable de Portneuf-sur-Mer. J’ai failli ne jamais me rendre à Baie-Comeau, happé que j’étais pas la beauté du lieu! Le banc de Portneuf est un lieu de ravitaillement et de repos pour les oiseaux qui migrent de l’Arctique vers les tropiques. C’est là que s’arrêtent pluviers et bécasseaux à la fin de l’été.

Il y avait là des centaines de goélands (argentés et marins), de pluviers (semipalmés) et de bécasseaux (semipalmés et d’Alaska). Un faucon pèlerin en chasse et plusieurs phoques. J’aurais bien aimé voir un labbe, mais pas de chance.

J’ai toutefois été totalement renversé par les bandes de bécasseaux qui volaient en masse compacte et coordonnée. C’était totalement fascinant. La vidéo qui suit a été filmée avec mon téléphone, mais elle permet quand même d’apprécier la beauté de ces groupes d’oiseaux qui semblent ne former qu’un seul individu.

Bécasseaux sur YouTube

Chaque oiseau n’a pas conscience d’un plan en lien avec son action, mais le résultat est plus grand que la somme des actions individuelles. C’est ce qu’on appelle une propriété émergente. L’avantage évolutif de cette autoorganisation des groupes d’oiseaux est encore plus évident sur cette séquence qui montre l’attaque d’un faucon pèlerin sur une troupe d’étourneaux (ce n’est pas moi qui l’ai filmée… mais je rêve d’assister à un tel spectacle). Tout simplement fascinant!

Falcon Attack: Peregrine Divebombs Flock of Starlings

Cette capacité d’autoorganisation est partout dans la nature. Sans même avoir conscience d’un plan ou d’un projet, les êtres vivants s’ordonnent. Et la conscience humaine, ajoutée à cette capacité d’autoorganisation et à cette recherche d’émergence, que peut-elle produire? Le meilleur comme le pire, évidemment! Mais le potentiel est énorme. Je laisse Margareth Wheatley poursuivre la réflexion:

A system is fluid relationships that we observe as rigid structure. If we look past these structures, we see that systems spring to life from agreements among individuals on how best to live together. From this multitude of individual explorations, a system may suddently appear. Individuals didn’t know they were creating a system. They were just trying to work out the details of relating to their neighbors. But from just such local activities large systems arise, stabilized structures of new capacity.

[...]

The system emerges as individuals freely work out conditions of life with their neighbors. No one worries about designing the system. Everyone concentrates on making sense of the relationships and needs that are vital to their existence. they are coevolving. From such a local, autonomous, and messy negotiations, something large, complex, and useful emerges. Individual freedom leads to global stability. Through messy parallel activities, life organizes its effectiveness. It looks like a mess. It is a mess. And from the mess, a system appears that works.

When we model our organisations on standards of machine efficiency, we are told to minimize the numbers, eliminate the waste, get down to one. But an emergent world needs the messiness of many. It rewards our collaborations with systems that make more possible.

Margareth J. Wheatley – A simpler way

Hummm! Il ne reste plus beaucoup de place dans tout ça pour nos leaders modernes, rompus au contrôle, à l’ordre, à la propreté et possesseurs de LA vérité et de LA solution! C’est là que les leaders sauvages doivent entrer en scène!

Avant de terminer, je retranscris encore quelques mots de Margareth Wheatley, toujours tirés du livre A simpler way et qui constituent l’invitation qui est lancée par cet ouvrage.

There is a simpler way to organize human endeavor. It requires a new way of being in the world. It requires being in the world without fear. Being in the world with play and creativity. Seeking after what’s possible. Being willing to learn and to be surprised.

Voilà! Vite au boulot: une autre journée à jouer et créer avec des gens qui sont prêts à faire une différence et, surtout, à envisager l’avenir autrement. Et des surprises, il y en aura, c’est certain! Quelle joie!

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