Déjà une semaine s’est écoulée depuis mon retour du Nord et je n’en suis pas encore vraiment revenu! J’ai participé au 5e séminaire nordique autochtone qui se tenait du 10 au 18 août sur la rive de la rivière George, dans le Nouveau-Québec, en ce lieu que les Innus nomment le Mushuau-Nipi.

Philippe a décrit l’événement de très belle manière ici: La conscience du nord… essais et idées vives. Sa description et ses questions me permettront de faire l’économie d’une autre description. Je sais que je dois fixer une partie de l’expérience ici avant de retomber dans le tourbillon de l’automne qui s’annonce très chargé (en fait, j’ai mis le pied dans le tourbillon ce matin!).

Je reviens du Mushuau-Nipi libéré de bien des certitudes et rempli de questions, d’images, d’odeurs et de visions. J’y suis allé d’abord par amitié pour les organisateurs, Jean-Philippe et Serge, mais aussi pour vivre la magie du lieu et voir comment il pourrait être possible d’en faire un lieu duquel pourraient naître de grandes choses. J’y avais aussi apporté mon coeur de naturaliste, qui, on peut s’en douter, a été comblé. C’était également une étape importante de mon exploration de la sauvageté.
Je ne sais pas comment parler ici de cette expérience de manière cohérente.
Comment partager l’émouvante beauté de la toundra?
Comment partager la souffrance d’un peuple dans lequel on peut voir le miroir de nos propres souffrances que l’on enterre si facilement sous une épaisse couche de luxe et de confort?
Comment partager ces amitiés qui ont pu avoir le temps de naître et de s’épanouir?
Comment partager ce temps qui n’existait plus?
Comment partager ce Nord, qui trace de profonds sillons dans l’âme et le coeur?
Comment partager l’intense bonheur vécu dans le matutishan, assis sur la sphaigne, bien au chaud dans le ventre de la Terre?

Comme je le fais à certains moments, je me suis tourné vers la poésie de Pierre Morency pour trouver un peu de calme.
Ce qui flambe en poésie est pensée ouverte
Sur l’attente volcanique au fond du puits;
Tous les torrents enfouis remontent dans la vie
Pour ouvrir une voie à la question majeure…
Nature jamais seule ne rassérène la tête
Mortelle. Encore moins le seul grand chant
Des forêts. Ou le regard des bêtes quoique chaud.
C’est dans l’autre humain qu’un humain trouve son réel.…
Un drôle de feu parfois nous arrive tout au fond
Foyer brûlant les questions lumière sourde
Ou chaleur. Comment savoir si cela est
Brasier de douleurs ou creuset d’une quiétude à venir?…
Sur une élévation mais à l’ombre. Avec du bois
Avec de la pierre pour le frais et la chaleur. Sous le vert
De la lumière où de l’eau pourrait chanter.
Dans le voisinage de toutes nourritures – où se construire?…
Nous serons peut-être enfin au bord de l’éclaircie,
Tous les deux, plus francs que les bêtes lucides,
Portant à la hanche le cristal de toute saison
Et ce rire des rivières pour richesse avouée.Pierre Morency, Amouraska, Boréal, 2008
Voilà! N’essayez pas de comprendre, je ne comprends pas moi-même! Tout ce que je sais, c’est que ma volonté s’en trouve renforcée et que la joie que j’éprouve à vivre est encore plus grande.
En terminant, deux petits extraits lus dans le train qui me ramenait de Schefferville et qui m’ont permis de mieux comprendre des expériences vécues au Mushuau-Nipi et que l’on peut associer à la présence (le bas du U, pour les initiés!).
«Many beings in nature carry that state of pure presence. They carry it naturally in their being. Therefore, plants and animals can be great teachers for us when we spend time with them. They are not caught up in distractions about past and future. They know how to enjoy the here and now. They know how to live fully and joyfully in the moment. When you spend time with trees, flowers, birds, and other animals – wich all carry the great teaching of being in the now – you can receive some great instruction. These gifts will come naturally and flow into your heart. You will begin to be able to relax and trust being present, instead of fighting it.»
et, un peu plus loin
«Even without meditative practice, if you are flowing in a state of continuous nowness in Nature, you are cultivating a tremendous antidote to counter the normal distractedness of our culture. You can bring this present-centered awareness back into your ordinary life, and you will find that the flow of your normal day will gradually become transformed. You will find that instead of spending each precious moment of your life being distracted by worry and concern about the past and future, you will be able to focus on the one true thing – that wich arises each instant. You can go deeply into a current issue, work with it, deal with it in the moment, and then move on the next thing and the next instant, without being overwhelmed by distractions.»
John P. Milton, Sky Above, Earth Below, Sentient Publications, 2006

1 commentaire
Jean-Sébastien t’as su décrire poétiquement (surtout par tes photos exceptionnelles) et mettre des mots émouvants sur ce qu’on a vécu là-bas. Merci.
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[...] débute cette deuxième partie de mes réflexions sur le nord en reprenant une forte heureuse idée de Jean-Sébastien, soit celle de livrer à travers la nature impressionniste de la poésie les impressions que [...]