Greenpeace et le mauvais usage de la science

Une des choses que je reproche le plus aux groupes de pression (qu’ils soient de gauche ou de droite) est leur mauvaise foi lorsque vient le temps d’appuyer leurs revendications par des données tirées de la recherche scientifique. Dans une lettre publiée ce matin dans Le Devoir, Christian Messier, Directeur du Centre d’étude de la forêt (CEF) et professeur d’écologie forestière à l’UQAM démontre de belle manière comment Greenpeace a fait une utilisation malhonnête de la science pour soutenir l’argumentaire du rapport Une forêt chauffée à blanc. Voici quelques extraits du texte de Christian Messier. Je vous invite toutefois à le lire en entier.

Une revue exhaustive et rigoureuse de la littérature scientifique sur la question aurait dû normalement faire ressortir les points où les études convergent et les points où il y a encore beaucoup d’incertitude, comme le fait le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Il est en effet très clair, lorsqu’on connaît et qu’on fouille un tant soit peu la littérature scientifique sur le sujet, que les études actuelles ne permettent pas d’affirmer avec certitude que la coupe forestière contribue à libérer, de façon importante, du carbone dans l’atmosphère.

Dans certains cas, cela correspond certainement à la réalité, tandis que dans d’autres cas, l’inverse est plutôt vrai. Il n’est donc pas complètement faux de citer quelques articles scientifiques qui mentionnent cela, mais il est faux et malhonnête de faire croire à la population qu’il s’agit d’une vérité scientifique absolue.

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En sélectionnant systématiquement les études ou les données qui appuient ses affirmations sans aucune analyse critique, Greenpeace est coupable d’une sorte «d’imposture scientifique». Il est en effet incorrect d’affirmer des choses comme étant des vérités scientifiques absolues en ne se basant que sur un choix biaisé et sélectif de certains résultats scientifiques en omettant d’autres résultats qui n’appuient pas les affirmations que l’on veut faire.

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Cela étant dit, je suis tout à fait d’accord avec Greenpeace lorsqu’il conclut qu’il faut améliorer nos pratiques forestières en forêt boréale et y augmenter très significativement les aires protégées. Je suis l’un des premiers à critiquer les différents gouvernements et l’industrie sur ce sujet. Ce que je dénonce ici est l’utilisation incorrecte, voire malhonnête, de la science pour faire avancer une cause, aussi bonne soit-elle.

Source: Greenpeace et son rapport intitulé Une forêt chauffée à blanc — Les bonnes intentions n’excusent pas le mauvais usage de la science, Le Devoir du 24 avril 2008.

Bravo M. Messier! Et je profite de l’occasion pour remercier deux de mes anciens professeurs qui ont su me communiquer leur passion de la rigueur scientifique: Jacques Larochelle et Cyrille Barrette.

2 réflexions au sujet de « Greenpeace et le mauvais usage de la science »

  1. Dialogue de sourds en effet! Greenpeace répond en relevant ce qu’ils considèrent comme des inexactitudes dans le texte de Messier mais ils évitent évidemment d’expliquer pourquoi ils ont favorisé les études qui permettaient de soutenir leur argumentation (la critique principale de Messier).
    On est vraiment au niveau le plus bas du dialogue: chacun cherche dans les paroles de l’autre ce qui peut lui permettre de confirmer sa pensée. Il n’y a pas vraiment d’écoute et d’ouverture, que de la confrontation. On se croirait au débat des chefs!
    Comme dirait l’autre, «on n’est pas sortis du bois»!

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