On entend beaucoup parler de réduction des effets de l’activité humaine sur la nature. C’est bien, mais ça ne sera pas assez. Avec des matières premières en quantité limitée, une population mondiale en croissance, plusieurs pays dont l’économie se développe rapidement et des écosystèmes extrêmement malmenés, la Terre ne se porte pas bien et ce ne sont pas des timides efforts de réduction de la pollution qui assureront l’avenir de l’humanité.
L’avenir sera dans la restauration! Pas dans les restaurants, mais plutôt dans l’activité économique qui a un effet positif tant sur la nature que sur l’économie et la société. D’une vision de réduction des effets négatifs (c’est la vision actuelle), on s’engage tranquillement vers une vision d’amplification des effets positifs. Ça ne se fera pas en criant lapin, mais plusieurs indices laissent croire que c’est possible. De toute façon, est-ce qu’on aura le choix?
Je fabule? Non! Voici quelques pistes pour pousser plus loin la réflexion sur l’entreprise restaurative (je traduis de l’anglais restorative business… il y aurait peut-être une meilleure façon de parler du concept en français?). Nous en reparlerons assurément.
Un texte paru aujourd’hui sur WorldChanging: Preserving and Restoring Nature in a Rapidly Changing World dont voici un extrait:
… what we need is a concerted, cross-disciplinary effort to look at climate, ecology and biodiversity and have them inform a more vigorous discussion about our goals in regards to ecosystem services, our relationship to place and land-use. We need to teach ourselves how to make informed decisions in a rapidly changing world.
And the first step is to change our thinking.
Un des projets de William McDonough (j’ai parlé de lui ici), GreenBlue, évoque très clairement l’idée de restauration (et là, plusieurs verront dans GreenBlue une ressemblance douteuse avec le nom d’un projet dont je leur parle depuis quelques semaines mais croyez-moi, j’ai retrouvé GreenBlue — qui m’était complètement sorti de la mémoire — dans mes signets hier en faisant une revue de mes sources d’inspiration):
Imagine an economy
…that purifies air, land, and water
….that uses only current solar income and generates no toxic waste.
…whose materials replenish the earth or can be infinitely recycled.
…whose benefits are shared by all
(tiré de la page d’accueil du site de GreenBlue)
L’idée d’effet positif de l’activité économique se retrouve également dans un article publié par Deloitte. Remarquez la notion de pérennité (companies that will sustain themselves indefinitely) qui est aussi introduite dans l’article:
Companies that are ‘sustainable’ across the entirety of their activity base will drive improved short-term profitability and long-term stakeholder value while contributing to permanent betterment of social and environmental issues. By virtue of this win-win proposition, these are the companies that will sustain themselves indefinitely. (source: document PDF intitulé Creating the Wholly Sustainable Enterprise)
Interface , qui souhaite être la première entreprise restaurative:
Interface is the worldwide leader in design, production and sales of modular carpet and a leading manufacturer and marketer of broadloom carpet, panel fabrics and upholstery fabrics. Headquartered in Atlanta, Interface has manufacturing locations on four continents and offices in more than 100 countries.
In business for more than 30 years, Interface is a leader in industrial ecology. With the vision of becoming the world’s first environmentally restorative company by 2020, Interface is pioneering management and manufacturing processes that will achieve this goal.
Et pour terminer, cette toute petite phrase, lue le printemps dernier dans Orion, et qui, à mon avis, représente parfaitement l’objectif ultime du développement durable et de la restauration de la nature:
Ideally, the map of natural preservation and the map of economic activity would be one map. (Source: The Ecology of Work)

4 commentaires
Ce qui est difficile, c’est de faire comprendre à la population que ce n’est pas la planète qui est en jeu, mais l’humanité. Bien sûr, le mauvais état de l’environnement affecte directement l’humanité, ce qui, en définitive, peut nous faire voir les deux enjeux comme étant équivalents. Par contre, l’environnement et l’écologie sont des concepts plus (trop) généraux qui captent difficilement l’attention des gens. Quand quelqu’un jette un contenant de plastique à la poubelle plutôt que de le mettre au recyclage, il se dit:« Bah! Qu’importe un peu plus ou un peu moins de forêt.» Il serait plus pertinent qu’il dise: «Bah! Qu’importe si l’humanité se porte mieux ou moins bien.» Bien que réducteur, je crois que ce principe réussirait peut-être à sensibiliser plus les gens au premier abord car ils se sentiraient plus directement impliqués.
Avant longtemps, toutes les entreprises devraient, par défaut, être restauratives.
En lien avec l’environnement et l’économie, je te signale un blogue fort intéressant :
http://www.croissance-verte.com/
Merci François.. je ne connaissais pas. C’est ajouté à mes RSS!
Simon. Je suis d’accord avec toi. J’ajouterais que pour que l’on puisse espérer opérer un changement de mentalité, il faudra travailler sur deux fronts: celui de la connaissance (la matière grise) et celui du rapprochement avec la nature (la matière verte). Évidemment, aquand les effets des changements climatiques et de la raréfaction des ressources nous obligeront à modifier notre style de vie, il y aura plus d’ouverture à l’égard du changement.
Le changement de mentalité dont vous parlez est effectivement la clé. Pour effectuer un changement il faut aussi connaître les origines de la constructions de nos perceptions. D’où vient cette idée incrustée dans le cerveau occidental que l’être humain est une créature au-dessus de la nature? D’où vient cette motivation à se délester de toute dépendance face aux cycles de la nature, à presque nier nos origines animales et nos instincts? J’ai eu un fragment de réponse un jour en écoutant un reportage sur un vieil agriculteur, fort sympathique par ailleurs, qui témoignait de sa joie face à la productivité de ses terres cultivées par ses ancêtres et léguées à ses petits-enfants aussi cultivateurs. Il disait à peu près ceci: « Dieu a donné à l’homme la mission de soumettre la terre pour qu’elle le nourisse ». La religion chrétienne aurait-elle jouée un rôle plus important qu’on aurait pu le croire dans la définition que nous avons de la place et du rôle de l’homme sur cette planète et ce, avant même les mouvements d’insdustrialisation, de surconsommation et d’individualisme? Cette mission, que l’homme doit remplir, a t-elle été ironiquement déterminée pour encourager les colons à déchiffrer et à survivre? Nos bons vieux ancêtres, bien que nous les ayons encensés de par leur vie pastorale et leurs valeurs communautaires nous ont-il, sans le savoir, transmis une vision de nous mêmes menant à la non viabilité de l’espèce?
One Trackback
[...] Si l’on veut assurer la pérennité de l’humanité, il est impératif d’envisager un futur dans lequel nous ne vivrons pas une vie similaire à celle que nous, occidentaux, vivons depuis quelques années. Nous avons vu, au cours du XXe siècle, la civilisation occidentale chercher à s’élever au-dessus du milieu naturel. Les organisations sont devenues plus grandes que nature. Il faut maintenant penser à recréer les liens avec la nature, comprendre l’importance du maintien des services écologiques et de la biodiversité et retrouver notre place dans la biosphère (si vous trouvez cette idée totalement farfelue, suspendez votre jugement l’espace de quelques minutes et lisez mon texte sur la restauration de la nature). [...]