Le travail de leader… et de maire

Les citoyens de Québec éliront un nouveau maire (ou une nouvelle mairesse) le 2 décembre prochain. Depuis le début de la course à la mairie, je me plais à observer les divers rôles que l’on souhaite voir notre prochain maire jouer. Et ce qui est encore plus intéressant, c’est de voir comment les aspirants au poste de maire interprètent ce que la population semble rechercher pour ensuite façonner leur discours.

On voit ainsi la plupart des candidats (du moins ceux qui pensent avoir une chance de remporter l’élection) nous vanter leur rigueur financière, la clarté de leur vision, leurs talents de négociateurs, leur poigne de fer et, pour certains, leurs aptitudes entrepreneuriales.

Toutes ces belles qualités me laissent un peu froid. Il y a quelques mois, je serais peut-être embarqué dans le cortège et souhaité que l’on porte au pouvoir un leader qui a les idées claires et qui saura mettre le poing sur la table quand il le faudra. Mais ma vision du leadership s’est transformée au cours de la dernière année.

Il y a un peu plus d’un mois, j’ai voulu rédiger une lettre que je destinais au futur maire. Je faisais l’exercice surtout pour m’aider à définir ma vision du leadership, mais je souhaitais également la faire parvenir au courrier des lecteurs du Soleil. Toutefois, je n’ai pas réussi à atteindre un niveau de clarté satisfaisant dans ma vision et j’ai mis le projet de côté. En gros, j’y expliquais que pour moi, le maire ne doit pas jouer le rôle d’un comptable. Il doit certes s’assurer que d’excellents comptables sont au service de la ville et que des indicateurs de performance lui sont présentés sur une base régulière, mais pas questionner chaque dépense et jouer au bureaucrate.

Pour moi, le maire (ou la mairesse) doit plutôt accompagner la population dans la compréhension de la réalité et dans la définition de ses rêves. Il doit nourrir un climat qui permettra aux rêves de la population de prendre la forme de projets concrets. Enfin, il doit s’assurer que les projets qui naissent dans la ville puissent grandir et prospérer. Vous comprendrez qu’il n’est pas simple de rendre cette façon de voir les choses facilement digestible et assez pragmatique pour ne pas passer pour un illuminé!

Ce matin, en lisant mes quelques pages quotidiennes de Theory U, un passage dans lequel Otto Scharmer clarifie sa vision du travail de leader m’a redonné le goût de faire l’effort de terminer la lettre que j’avais laissée en chantier:

Seeing reality together may sound easy, but it is extremely challenging to do properly. Many leaders are unable to see the reality that faces them.

Contrary to wide belief, I do not think that a leader’s primary job is to create a vision, goals, and direction. Too often this limited view turns into a liability and prevents organisations from being in touch with what’s really going on while their leaders go about broadcasting what they think the next change program should be about.

The primary job of leadership, I have come to believe through my work with Schein [Ed Schein, prof à la Sloan School of Managment du MIT], is to enhance the individual and systemic capacity to see, to deeply attend to the reality that people face end enact. Thus the leader’s real work is to help people discover the power of seeing and seeing together.

On est très loin du ti-boss autoritaire et égocentrique que l’on a tant vu dans nos vies professionnelles. Ça me donne un peu plus de profondeur et de clarté pour me remettre au travail et terminer cette lettre que j’avais mise de côté.

One Trackback

  1. [...] Un maire qui se permet d’inspirer ses concitoyens et de les impliquer dans les projets. C’est dans le même sens que ce que je décrivais il y a quelques semaines dans Le travail de leader… et de maire. [...]