Paroles de sage

Frère Marie-Vctorin en habit d’explorationHier soir, je parcourais la Flore Laurentienne du Frère Marie-Victorin pour rafraîchir mes notions d’identification des arbres quand la lecture d’un passage de la préface m’a apporté un éclairage sur certaines discussions récentes ayant pour sujet la sagesse, l’éducation et la technologie. À la lecture de ce bref extrait, on peut faire plusieurs constats:

  • les paroles d’un sage ont une propriété bien particulière: elles ne se démodent pas;
  • il y a dans l’éducation relative à la nature une clé qu’il faudrait mettre en évidence dans notre trousseau d’outils pour imaginer le futur;
  • ajoutons l’écran à cristaux liquides au papier noirci et le texte est tout à fait actuel.

Voici donc l’extrait en question.

Je dédie ce livre à la jeunesse nouvelle de mon pays, et particulièrement aux dix mille jeunes gens et jeunes filles qui forment la pacifique armée des Cercles des Jeunes Naturalistes. Ce sera mon humble contribution à une oeuvre pressante: le retour des intelligences aux bienfaisantes réalités de la Nature, au Livre admirable et trop souvent fermé, à cette Bible qui parle le même langage que l’autre, mais où si peu d’hommes savent lire les rythmes de beauté et les paroles de la vie.

Devant les spectacles affligeants d’aujourd’hui, devant le désarroi du monde, beaucoup d’esprits mûrs se demandent si nous n’avons pas fait fausse route en condamnant le cerveau de nos enfants et de nos jeunes gens à un régime exclusif de papier noirci, si la vraie culture et le véritable humanisme n’exigent pas une sorte de retour à la Terre, où les Antée que nous sommes, en reprenant contact avec la Nature qui est notre mère, retrouveraient la force de vivre, de lutter, de battre des ailes vers des idéals rajeunis!

Frère MARIE-VICTORIN

Extrait de la préface de la Flore Laurentienne

3 avril 1935

Je ne peux pas m’empêcher de faire un lien avec un texte paru dans le magazine Orion en 2005: Charlotte’s Webpage:

If children do not dip their toes in the waters of unsupervised social activity, they likely will never be able to swim in the sea of civic responsibility. If they have no opportunities to dig in the soil, discover the spiders, bugs, birds, and plants that populate even the smallest unpaved playgrounds, they will be less likely to explore, appreciate, and protect nature as adults.

Dans notre quartier, il y a deux écoles. Dans l’une d’entre elles, la professeure de maternelle va dehors avec les enfants le plus souvent possible. Dans l’autre, on les prépare à une éducation internationale. Devinez laquelle nous choisirons pour Francis l’année prochaine?

5 commentaires

  1. Publié le 26 juillet 2007 à 21:45 | Permalien

    Il y a parfois, dans ces programmes d’éducation internationale, un tel niveau de «il faut pousser l’élève à dire ce que l’on veut bien qu’il dise pour avoir un bon résultat» que c’en est parfois risible… Ah! Si administrateurs savaient…

  2. Jean-Sébastien
    Publié le 1 août 2007 à 14:04 | Permalien

    Dave Pollard aborde le sujet de la connection avec la nature de manière intéressante dans What we care about.
    Il y cite d’ailleurs un autre sage, Stephen J. Gould:

    We cannot win this battle to save species and environments without forging an emotional bond between ourselves and nature as well — for we will not fight to save what we do not love.

  3. Clément Laberge
    Publié le 4 août 2007 à 13:38 | Permalien

    Merci pour cet extrait qui vient alimenter mon intérêt sans cesse renouvellé pour l’oeuvre du Frère Marie-Victorin.

    Je suis par ailleurs tenté d’ajouter que dans le contexte actuel, vus les défis auxquels notre société est confrontée, il est raisonnable de croire que dans l’esprit de ce Sage, on pourrait étendre sa réflexion sur « la nature » à « la société » de façon plus générale.

    Je pense que la conviction pédagogique du Frère Marie-Victorin d’abord résidait d’abord et avant tout dans « le contact direct avec la réalité du milieu » — par opposition au caractère désincarné des programmes scolaires.

    je crois qu’il nous encouragerait aujourd’hui à apprendre dans la cour d’école, dans le parc, dans la rue, au coeur de la ville; à marcher, à courir; à partir à la découverte de l’autre, ici et ailleurs.

    « À apprendre au contact de… », de façon générale;
    … et au contact de la nature, en tout premier lieu, évidemment!

  4. Jean-Sébastien
    Publié le 6 août 2007 à 9:07 | Permalien

    Je pense que tu minimises l’importance qu’accorde Marie-Victorin à la nature. Elle n’est pas qu’une étape de l’apprentissage mais au coeur de celui-ci. Ainsi, c’est l’attachement à la nature qui renforce le lien avec le milieu de vie.
    J’ai prévu prendre du temps cet automne pour aller plus loin dans le sens de l’éducation relative à la nature et son importance pour la vie en société. Marie-Victorin avait vu ça et plusieurs autres auteurs aussi. Nous aurons donc l’occasion d’en rediscuter!

  5. Clément Laberge
    Publié le 6 août 2007 à 12:59 | Permalien

    Possible que je minimise, mais ce n’était pas mon intention en tous cas: je ne doute pas que le rapport à la nature est essentiel à la vision pédagogique du Frère Marie-Victorin.

    Tout est dans la manière où on donne forme à cette vision, dans un contexte pédagogique particulier, qu’il soit scolaire ou non.

    Je suis néanmoins impatient que nous en rediscutions et de te lire à nouveau sur le sujet.