Copyright

Cet été, je travaille à l’édition de deux manuels de mathématiques (j’avais essayé d’aider un ami à trouver quelqu’un, mais c’est finalement moi qui me suis retrouvé avec le projet sur les bras!). Ce matin, je prépare les pages liminaires et j’ai eu un choc en rédigeant la note de copyright.

Ça fait maintenant quatre ans que j’ai quitté le monde de l’édition. Je n’ai pas cessé de travailler pour des éditeurs depuis, mais pas pour la production papier. C’est plutôt pour le développement de stratégies d’utilisation de la technologie que l’on fait maintenant appel à mes services (et à ceux d’Opossum quand j’y étais). Et quand j’ai à travailler et à réfléchir à des questions de droits d’auteur, c’est plutôt dans des contextes assez éloignés de l’édition traditionnelle et dans lesquels le copyleft est privilégié par rapport au copyright. Des contrats Creative Commons sont alors le plus souvent accolés aux contenus.

J’ai donc maintenant plus l’habitude des énoncés qui débutent par «Certains droits réservés. Vous êtes libres de reproduire, distribuer et communiquer cette création au public, de modifier cette création…». C’est pourquoi j’ai eu un choc en rédigeant la note de copyright suivante:

Tous droits réservés. Il est interdit de reproduire, d’adapter ou de traduire l’ensemble ou toute partie de cet ouvrage sans l’autorisation écrite du propriétaire du copyright.

Je tapais les mots sur mon clavier et je me disais que j’avais beaucoup changé depuis la dernière fois où j’ai eu à écrire un texte de copyright, il y a quatre ou cinq ans! Mais ce n’est pas juste moi qui ai changé, c’est tout l’environnement de diffusion de la connaissance. La connaissance est de moins en moins emprisonnée par des contrats restrictifs et des supports contraignants. Elle circule de plus en plus librement. Est-ce que les éditeurs se sentent menacés par cette connaissance qui ne se laisse plus emprisonner docilement dans des livres et des contrats de cession de droits? Certains oui, d’autres non. Certains réfléchissent à de nouvelles façons de générer des revenus avec des contrats d’utilisation moins restrictifs, d’autres profitent du moment présent (ça peut encore être très payant que d’éditer des livres) et ne regardent pas devant. Quand on me dit qu’il «n’y a pas de modèle d’affaires derrière l’accès libre aux contenus», ma réponse est que c’est parce que nous ne les avons pas encore inventés, ces modèles d’affaires. Mais je suis convaincu que nous en inventerons et que nous ferons évoluer cette industrie à force d’imagination, d’ouverture et de vision. Et inventer de nouvelles façons de libérer la connaissance tout en récompensant ceux et celles qui ont travaillé à la créer et la mettre en valeur, ça c’est une activité stimulante. Disons que ce n’est pas ce que j’étais en train de faire ce matin en rédigeant cette note de copyright!

1 commentaire

  1. Clément Laberge
    Publié le 30 juillet 2007 à 13:07 | Permalien

    « … inventer de nouvelles façons de libérer la connaissance tout en récompensant ceux et celles qui ont travaillé à la créer et la mettre en valeur, ça c’est une activité stimulante. »

    Bien dit. Et je partage tout à fait ton point de vue sur le caractère essentiel de ce défi — qui me motive tous les jours même si les avancées sont parfois difficiles à constater au quotidien.

    Je pense que pour réussir à relever ce défi il faudra non seulement faire preuve d’imagination, d’ouverture et de vision, mais aussi savoir accompagner les gens qui, aujourd’hui, ne savent encore faire de l’édition que dans un monde « copyrighté ».

    Précisons également, pour rendre justice à tout le monde et ne pas faire porter uniquement le poids de toute cette révolution sur le seul dos des éditeurs, que ceux-ci ne sont pas toujours en mesure de « libérer les droits » de certains documents qu’ils choisissent/doivent intégrer dans leurs productions.

    Les éditeurs sont évidemment des acteurs de premiers plans de cette révolution du « droit d’auteurs » qui reste, néanmoins, une question qui concerne la société dans son ensemble et qui, pour cette raison, ne pourra vraisemblablement pas trouver de solution pérenne sans que les gouvernements ne s’en mêlent de façon beaucoup plus active qu’ils ne le font actuellement.

    Qu’est-ce que tu en penses?