À quand la fin des gadgets?

J’ai depuis quelques semaines des discussions parfois assez animées au sujet de mes interrogations à l’égard de la pertinence de nombreux usages de la technologie (un exemple récent se trouve ici). Voici que Dave Pollard fait part de ses réflexions sur le sujet lui aussi. Il va plus loin que j’ose le faire mais je dois avouer que je suis assez d’accord avec lui. Je ne peux pas prendre ce matin assez de temps pour développer sur le sujet (les enfants m’attendent et nous quittons tantôt pour la fin de semaine) mais je vous invite à lire Pollard sur le sujet. Si vous souhaitez en dicuter ici, sachez que je serai loin de mon ordi jusqu’à lundi alors ne vous surprenez pas de mon silence et restez polis!

Voici un extrait:

In a fully developed natural economy, we would all be members of self-selected, self-managed natural enterprises, and of self-selected, self-managed natural intentional communities. Natural enterprises and our natural community would be self-sufficient and self-governed, and as members of them we would look after our own learning, recreation, health and well-being.It’s a great idea, and we need to work towards it. But there are two problems with how we’re approaching it now:

  1. Technology alone will never get us there. Technology is a facilitator of social change, not a catalyst for it. We need to want to change, we need to have to change, before we will. And there is no indication, in history or in what is happening today, that we want or need to change that profoundly.
  2. The glue that holds natural communities together is physical and emotional, not virtual or intellectual. To make them work, and to make them sustainable, they must be part of a massive relocalization of the way we live and the way we make a living. Long distance social relationships may be pleasant and instructive, but they are not the stuff of true community. As useful as the Internet is in letting us practice social arts, it may actually be an impediment to creating real, sustainable community, something we can depend on, live on. The economics of natural enterprise and natural community are inherently local, geographically centred on physical place.

I know this is hard to explain, which is perhaps why I keep putting off trying to express it. I understand the two problems above intuitively more than intellectually. We can develop software virtually, and we can undertake artistic collaborations remotely. But we cannot build a whole economy on fragile, multiple virtual relationships. Most of what our economy is about is atoms, not bits. It is quality, locally produced food and clothing and building materials. It is creation and recreation that we participate in, in person.

Ultimately we will have to abandon the illusion that we can be part of a global, virtual, ever-changing ‘electronic’ community, that we can be citizens of the whole world, that social networks and technology can change the world. Eventually we have to come back to place, to true community, and make it work, face to face.

The world we will face by the end of this century, a world of cascading crises and horrific scarcity, will not allow us to play with technology. This technology is fragile and needs huge amounts of energy stolen from future generations to work at all. We cannot afford it. This future world, a world of rust and reclamation, will force us to face hard truths. Our future social networks will be held together with flesh and sweat, not messages and VoIP.

It’s time we got down to the business of figuring out how our descendants will live, and make a living, when the ephemeral constructs of our rapacious, delusional age are gone. It’s important to get started, with love and without illusion. Here, now, in this place.

The time for toys is over.
Technophilia, Virtual Communities and the World of Ends

Tout ça s’articule autour de ce que je considère de plus en plus comme les trois variables fondamentales autour desquelles nous devons travailler: le lieu, la nature et la culture (et je n’invente rien ici, ça vient d’Orion). Et aussi sur l’importance d’être capable de discuter avec son voisin et d’accepter sa différence avant de se complaire dans une communauté virtuelle mondiale.

Bonne fin de semaine!

3 commentaires

  1. Publié le 20 juillet 2007 à 15:56 | Permalien

    Ces arguments doivent faire partie des discussions sur les nouveaux usages des technologies. Les outils (car tout cela n’est que «moyen») doivent être au service des fins et je demeure fasciné par la rapidité avec laquelle on peut être perçu comme un «technophile» en étant simple usager de la dite «quincaillerie». Redoublons d’ardeur pour montrer que les rapports humains peuvent être aussi bons (voir meilleurs) au contact des nouveaux usages. Les jeunes étant attirés (leur condition de «natifs du numérique» favorisant cela, je le maintiens), nous devons aller sur le terrain des usages pour favoriser l’équilibre et jouer notre rôle d’éducateurs. Mais bon…

    Une phrase de cet excellent billet de Pollard me titille quand même un peu: «The glue that holds natural communities together is physical and emotional, not virtual or intellectual.» Les émotions nous rapprochent c’est certain. Pour ce qui est du physique, ça prend pas un bac pour le découvrir… Du même souffle, ces deux dimensions peuvent aussi nous jouer de vilain tour si l’éclairage du rationnel, de l’intellectuel ne viennent pas tamporiser un peu nos ardeurs. Les guerres et les conflits participent aussi du physique et des émotions et on ne peut pas parler d’exception quand on regarde l’histoire de nos civilisations. Pourquoi vouloir exclure les dimensions intellectuelles (mieux connues) et virtuelles (moins bien connues) «du ciment» («glue») qui unie les gens?

    «La technologie elle-même ne nous mènera jamais là où nous voulons aller», certes, mais elle peut servir à former des communautés plus liées, plus riches et plus ouvertes.

    J’aime bien les soupers de famille avec mes trois garçons et ma conjointe. Mais à l’âge qu’ont mes plus vieux (passé la vingtaine), je ne peux compter exclusivement sur les calins et le regard dans les yeux pour entretenir la flamme. Je découvre à chaque jour de nouveaux moyens. Le courriel m’a procuré de grandes émotions l’an dernier quand un était en Australie et l’autre à San Diego. Même s’ils sont tous les deux dans la région cet été, nous nous découvrons sous certaines dimensions par Facebook. «Tu as lu ce livre-là toi?», «Comment tu fais pour aimer ce groupe-là?», «Tu es revenu de bonne heure du baseball, tu as changé ton «status» à 10 h30…», etc.

    On s’amuse aussi avec des balades en vélo, des parties de «Scategories», des jasettes au téléphone, des rondes de golf, tous assis devant un lac à regarder un coucher de soleil et j’en passe…

    Je voulais juste dire que les jouets et les gadgets (Polard écrit «toys» à la fin de son billet) ça m’a permis d’avoir beaucoup de plaisir avec ma p’tite gang et je ne voudrais pas d’un monde où il n’y en aurait plus!

    Le problème n’est pas dans le gadget, il est dans l’utilisation qu’on en fait…

  2. Publié le 22 juillet 2007 à 12:51 | Permalien

    Excellent billet, Jean-Sébastien, qui soulève une problématique fondamentale. J’avais été séduit, moi aussi, par le billet de Pollard. Le commentaire de Mario est aussi très intéressant, en ce qu’il fait valoir la multitude des fonctions associées aux TIC et de leur utilité en fonction des besoins de chacun.

    J’aimerais cependant reprendre la dernière phrase de Mario qui me semble incomplète. En ce qui me concerne, on ne peut pas dissocier l’effet de la cause, ou la conséquence de l’objet. À mon avis, il faut plutôt dire que « le problème EST dans le gadget, ET dans l’utilisation qu’on en fait. » D’un point de vue ontologique, sans l’objet il n’y aurait pas d’effet. Cet argument de dissociation de l’objet et de son utilisation est constamment repris par les défenseurs des armes à feu. Le raisonnement vaut pour un tas de choses qui représentent un danger : les drogues, l’automobile, les loteries, etc.

    Mais ce n’est pas tout. Il faut considérer au moins un autre élément : l’accessibilité à l’objet. Un marteau, par exemple, n’est pas un objet particulièrement dangereux; on en trouve dans toutes les maisons. Mais on ne songerait pas à le laisser entre les mains d’un bambin. Peut-on imaginer une garderie où on laisserait trainer des marteaux partout?

    Or, la plupart des outils et services sur le Web sont accessibles quasiment sans discrimination. Par conséquent, je dirais que « le problème est dans l’OBJET, son ACCESSIBILITÉ et son UTILISATION. » Et je passe par-dessus les problèmes associés à l’utilisateur. Il faut vraiment une bonne dose d’éducation pour composer avec tout cela.

  3. Jean-Sébastien
    Publié le 22 juillet 2007 à 22:32 | Permalien

    Merci pour vos commentaires les gars. Quelques réactions en vrac:
    - Mario, quand tu parles de la place de la technologie dans ta famille, c’est d’une communauté d’abord liée physiquement dont tu fais allusion. La technologie n’a pas été le catalyseur de la construction des liens mais joue plutôt un rôle de facilitation et d’amplification. C’est justement ce dont je te parlais l’autre jour quand tu es passé prendre une bière à la maison: quand des liens physiques ont été créés, que des dialogues émotifs, yeux dans les yeux, ont eu lieu, c’est là que la techno peut jouer un grand rôle. Quand on ne navigue que dans le virtuel, les liens sont, je crois, plus ténus, moins authentiques.
    - Il y a une dimension à laquelle vous ne faites pas allusion: l’impact environnemental de l’existence et de l’usage des outils technologiques. Ils sont faits de plastique et d’autres matières issues de la chimie et de la pétrochimie industrielles et de l’exploitation minière. Rien de renouvelable et rien de facilement recyclable (du moins aujourd’hui). En plus, la consommation d’énergie de nos communautés virtuelles et des jouets technologiques est de plus en plus grande. Nous vivons encore dans un monde où le pétrole est disponible en grande quantité et à un coût relativement faible. Mais personne ne peut nous prouver hors de tout doute raisonnable que ce sera vrai pour encore longtemps. Et si un choc pétrolier ou monétaire devait survenir dans un futur pas si lointain et que l’on a investi énormément dans des communautés virtuelles au détriment de celles de proximité, on aura l’air de quoi? Voilà une raison qui à elle seule permet selon moi de justifier que l’on mise en priorité sur des communautés «réelles» saines et bien développées et que la technologie vienne en support à ces communautés (pour les connecter entre-elles, pour augmenter leur cohésion, pour faciliter l’apprentissage et le transfert de connaissance, etc.).
    - François, merci pour l’image du marteau… je la garde en tête pour mieux comprendre les usages que mon «grand» de 4 ans fait du web (ces temps-ci, c’est surtout regarder des jeep dans la bouette et des courses de rallye sur youtube mais ça évolue rapidement!).