J’étais aujourd’hui invité à participer à une table ronde dans le cadre de la rencontre annuelle du livre du réseau Coopsco. Le titre de la table ronde était L’avenir des librairies académiques dans un environnement en mutation technologique.
Les autres intervenants étaient Julien Brault, de Livre d’Ici et Gaétan Bourbonnais, directeur des affaires électroniques pour Coopsco. Chaque intervenant avait 15 minutes pour donner son point de vue et un échange suivait avec les gens présents dans la salle.
Pour mon 15 minutes, je me suis amusé à créer 3 scénarios qui pourraient stimuler l’imagination des participants (tous des libraires) et les amener à pousser leur réflexion sur des modifications possibles de leur environnement d’affaires. J’ai promis aux participants que les scénarios et les hyperliens vers les sites mentionnés seraient sur mon blogue ce soir alors les voici!
Scénario 1 : la communauté omnisciente
- On sait que les étudiants prennent des notes dans leurs cours.
- Imaginons qu’une application web leur permet de consigner leurs notes et de les partager.
- Ils peuvent même, en classe, se partager la tâche de la prise de notes et, en groupe, créer un compte-rendu, avec photos et vidéos, de l’ensemble du cours.
- Allons plus loin. Un professeur décide d’utiliser le service pour y diffuser ses notes de cours.
- Il crée un groupe et y donne accès aux étudiants inscrits à son cours.
- Les étudiants peuvent ajouter des couches d’information aux notes de cours et, collectivement, créer une archive de leurs apprentissages collectifs pendant le cours.
- Allons encore plus loin. Un professeur décide d’ajouter quelques pages numérisées de différents manuels scolaires et de les rendre accessibles à ses étudiants. Ce n’est que quelques pages et l’accès est réservé aux étudiants qui suivent son cours… à quoi bon demander des droits?
- Le résultat?
- Plus besoin de se taper les délais d’impression des notes de cours.
- Plus besoin de faire acheter de manuel.
- En plus, les étudiants complètent les notes et le professeur peut sans trop d’effort les améliorer de semestre en semestre.
- Et la librairie, elle fait quoi là-dedans?
Fiction? Pas du tout! Voici quelques exemples concrets de ce qui est évoqué dans ce scénario : Note Mesh, MynoteIT, stud.icio.us
Scénario 2 : l’éditeur-jardinier
- Imaginons qu’au fil des 5 prochaines années, des avancées technologiques font en sorte que l’accessibilité des livres électroniques et des tableaux blancs interactifs fait en sorte que la totalité des étudiants possède un lecteur de livres électroniques et que les classes sont équipées d’un tableau blanc interactif.
- On peut facilement croire que plusieurs éditeurs de manuels scolaires repenseront rapidement leur chaîne d’édition et de production (certains ont d’ailleurs déjà des plans en ce sens) et offrent des produits adaptés à ces nouvelles technologies.
- Allons un peu plus loin : comme les étudiants ont des lecteurs de livres électroniques, pourquoi ne pas cesser la production des versions papier et vendre les droits d’accès directement sur le site de l’éditeur?
- Allons encore plus loin : tant qu’à être passé en mode entièrement numérique, pourquoi ne pas offrir des services à valeur ajoutée?
- Permettre aux professeurs et aux élèves d’ajouter des couches d’information à leurs livres (pensez par exemple aux commentaires du réalisateur sur les DVD).
- Permettre de partager ces couches d’information entre les utilisateurs.
- Offrir la possibilité de se bâtir un manuel avec des sections de livres et des notes de cours.
- L’éditeur peut faire un travail éditorial au sein du contenu généré par les utilisateurs et ainsi bonifier ses ouvrages au fil du temps.
- Et la librairie, elle fait quoi là-dedans?
Fiction? Un peu, mais pas totalement! Voici quelques liens pour vous aider à juger de la possibilité d’un tel scénario : Feedbooks, Safarix, Scribd et un texte incontournable de Frédéric Kaplan, Si les livres pouvaient parler.
Scénario 3 : le libraire aux multiples têtes
- Un des arguments souvent évoqués pour justifier l’existence du libraire est que c’est lui qui peut suggérer au lecteur des parcours de lecture stimulants. On entend parfois que le boulot du libraire consiste à «inciter le client à choisir le livre d’à côté».
- Alors, imaginons qu’il soit possible de manière simple pour un lecteur d’inscrire les livres qui constituent sa bibliothèque sur un site web.
- Allons plus loin: il peut tenir à jour la liste de ses lectures, consigner ses commentaires et prendre des notes de lecture.
- Allons encore plus loin: en fonction de la bibliothèque et des goûts de lecture de l’utilisateur, le système lui suggère des lectures qui pourraient l’intéresser et même certaines qui pourraient lui causer un profond dégoût!
- Poussons encore un peu plus loin: les éditeurs ont accès à la base de données et peuvent profiler les lecteurs qui sont le plus susceptibles d’apprécier une nouvelle parution. Ils font alors parvenir des exemplaires de presse à certains d’entre eux afin qu’ils rédigent un compte-rendu. Ils peuvent également cibler la promotion (par exemple, envoyer le premier chapitre en PDF) aux autres lecteurs susceptibles d’apprécier le livre.
- Et si un utilisateur a envie d’acheter le livre… en un clic de souris, le livre est commandé et livré à sa porte!
- Et la librairie, elle fait quoi là-dedans?
Fiction? Pas du tout : LibraryThing (voir aussi leur early reviewers program).
En terminant, vous trouverez ici la plus récente version de mon schéma sur les éditeurs scolaires francophones au Canada.

5 commentaires
Il manque les réponses des libraires présents ;-)
Merci pour ces propositions dont j’ai rêvé en étant étudiant… l’inertie des éditeurs c’est une chose, mais malheureusement elle n’arrive pas à la cheville de celle des facultés (en tout cas en France) donc ces scénarios ne sont pas envisageables à court/moyen termes à mon avis.
La réponse des libraires m’intéresse aussi :-).
Je dois vous avouer que les libraires qui étaient présents hier n’ont pas beaucoup réagi sur le moment… je pense qu’ils ont besoin d’y penser un peu!
Je les invite d’ailleurs à commenter ici quand leur colloque sera terminé (ça se termine ce soir).
J’aime bien l’idée des trois scénarios. En plus d’illustrer tout le potentiel des TIC, ça montre une diversité de solutions qui laisse au client le dernier mot, mais seulement après réflexion.
Il y a une chose qui me chicote dans le premier scénario, et c’est l’allusion à un environnement fermé. Je crois qu’il s’agit davantage d’un environnement propre à un cours plutôt qu’une bibliothèque. L’esprit d’une bibliothèque vise au partage et à l’accès à l’information.
P.-S. Merci pour les ressources que tu partages avec nous. C’est en plein dans l’esprit d’une bibliothèque ;-)
François, dans le premier scénario (la communauté omnisciente), l’environnement est ouvert mais il est possible de créer des groupes et d’y contrôler l’accès.
Tu parles de laisser au client le dernier mot. C’est un peu ce que j’ai dit aux libraires rencontrés hier: c’est vous qui devez inventer la manière dont votre profession évoluera… et si vous ne l’inventez pas, d’autres le feront à votre place et vous laisseront probablement loin derrière eux!
Tu me fais également penser que je n’ai pas partagé ma liste de signets… les voici donc: signets delicious avec le mot-clé veille_librairies
One Trackback
[...] possible du marché du livre. J’imagine qu’il a dû sourire quand il a lu mes scénarios pour les libraires académiques le mois [...]