Si les livres pouvaient parler

Si l’avenir du livre vous intéresse, il vous faut lire Si les livres pouvaient parler, un superbe texte de Frédéric Kaplan, chercheur en intelligence artificielle. Il y expose une vision très lucide de ce que pourra devenir le livre et, surtout, il évite les écueils de la nostalgie de l’odeur du papier et de l’idéalisation d’un futur totalement numérique. Vraiment, je pense qu’il vise juste en proposant de pouvoir ajouter des couches «d’expériences de lecture» aux livres. C’est un peu comme les commentaires du réalisateur et des acteurs que l’on retrouve sur les DVD. On voit le film, mais on y superpose une couche d’information qui nous permet une nouvelle mise en contexte.

En plus, il y a un récit dans son texte… ça doit être pour ça qu’il m’a fait réfléchir ;-)

Voici donc un extrait du texte de Kaplan… Allez le lire au complet, ça en vaut la peine!

À l’heure où beaucoup s’interrogent sur le futur du livre, sur la souplesse des écrans souples, sur la numérisation automatique des oeuvres par des machines robotiques, sur la fragmentation et l’agrégation des contenus, sur l’enrichissement audiovisuel des textes, sur les perspectives fascinantes de bibliothèques qui ne prendraient pas plus d’espace qu’un ticket de métro, il me semble, malgré tout, que l’essentiel est ailleurs.

De ces recherches naîtra sans doute un livre nouveau, sans commune mesure avec ce qu’est le livre aujourd’hui, et pour lequel le terme livre sera vite inapproprié. Mais je suis persuadé qu’une autre voie, continuation directe de notre expérience de la lecture, se poursuivra également. Pour imaginer ce livre de demain, il est crucial de s’interroger sur notre relation à l’objet-livre, sur la manière dont elle se métamorphose avant, pendant et après sa lecture, et sur notre relation aux autres lecteurs. Il est facile de créer des technologies qui distraient, qui, en offrant toujours plus de choix, invitent surtout à la dispersion. Il est plus complexe d’inventer des moyens de rendre une expérience plus intense. Mon hypothèse est la suivante : le livre de demain sera plus intense car il permettra, au coeur même de l’expérience de la lecture, de percevoir les chemins des autres lecteurs. Il est encore tôt pour dire quelle forme pourra prendre ce livre. Il s’agira peut-être d’un écran portable avec un bon confort visuel. Mais l’on pourrait tout à fait imaginer des couvertures interactives ou autres marque-pages pouvant “augmenter” un livre traditionnel.

Le point crucial est ici la séparation entre le contenu textuel – ayant vocation à circuler, à s’échanger – et l’appareil qui, lui, est associé à un lecteur particulier et peut dans cette mesure connaître ses habitudes, son histoire, la séquence de ses lectures. L’articulation qui pourra se faire entre ces deux trajectoires – celle des lecteurs et celles des livres – est une des clés fondamentales pour comprendre les perspectives qui s’ouvrent avec cette évolution technologique.

En guise de conclusion, voici une courte note de travail que j’avais prise il y a un an, le 16 mai 2006 et qui est pas mal dans le ton ce que Kaplan propose. J’en avais parlé à quelques personnes, mais elles n’avaient pas accroché sur l’idée. Faut croire que ce n’était pas totalement fou!

Avec un reader qui permet d’annoter les textes, vendre des layers d’annotation faites par l’auteur, des critiques ou des gens qui ont quelque chose à dire sur le sujet.