Un arbre qui pousse, c’est le retour à la vie

Il existe, à l’Université du Québec à Chicoutimi, un noyau d’écologistes que l’on pourrait qualifier de «réalistes». Il y a ceux de la Chaire d’Éco-Conseil, dont font partie Claude Villeneuve et Nicole Huybens et ceux du Consortium de recherche sur la forêt boréale commerciale, dont fait partie Réjean Gagnon. Ce que j’apprécie de ces gens, c’est qu’ils ont une approche pragmatique à l’égard des problèmes environnementaux. Ce sont des scientifiques qui ne se complaisent pas dans une vision idéalisée du passé ou encore d’un futur hypothétique: ils cherchent des solutions réalistes aux problèmes que l’on vit aujourd’hui et ceux que la science nous permet de prévoir avec beaucoup de certitude que nous vivrons demain.

Ces gens-là ont de bonnes idées, mais on ne les entend malheureusement que trop peu souvent. J’essaie autant que possible de les citer sur mon blogue quand je trouve des traces intéressantes de leur travail (je l’ai d’ailleurs fait la semaine dernière au sujet de la fixation du carbone), mais nous gagnerions tous à les entendre et les lire plus souvent.

C’est mon père ce matin (il habite au Saguenay), qui a attiré mon attention sur un article publié par Nicole Huybens dans Le Quotidien. Elle y parle de l’exploitation de la forêt et de comment l’action de l’homme (la coupe de bois) y prend la place des feux et des épidémies d’insectes qui, naturellement, assurent un régime de succession entre des forêts matures et d’autres en régénération. C’est en plein le genre de texte que j’aurais voulu pouvoir prendre le temps d’écrire pour répondre aux questions que Richard me posait la semaine dernière. Oui, on pourrait fort probablement faire certaines nuances et précisions au sujet des méthodes d’exploitation et de reboisement, mais à la base, son texte vise juste.

Comme il n’est pas disponible sur le web et que je considère qu’il est important que de telles idées soient diffusées, je me suis donc permis de le retranscrire intégralement ici. C’est une légère entorse au droit d’auteur, mais bon, je me suis dit que ça en valait la peine et que c’est bien tant pis pour l’éditeur qui ne fait pas ce qu’il faut pour que les blogueurs lui amènent des visiteurs!

Voici donc le texte publié ce matin dans le Quotidien.

Un arbre qui pousse, c’est le retour à la vie

Nicole Huybens

Une coupe dans une forêt, c’est laid, comme un feu d’ailleurs et comme une épidémie d’insectes. Dans les paysages dévastés dans lesquels on a le sentiment que rien ne poussera plus jamais, des chicots malheureux, des sols ravagés, une impression de désolation.

Là où il y avait une belle forêt avec de grands arbres, le feu, des insectes et l’homme, viennent réduire à un paysage lunaire ce qui fut l’image même de la vie. Le feu et les insectes, parce que la nature n’est pas toujours tendre envers elle-même et l’homme, pour fabriquer du papier, des maisons, des meubles, pour faire du profit et gagner sa vie…

Évidemment, ça repousse… autrement, cela ferait bien longtemps qu’il n’y aurait plus de forêt. Dans une coupe à blanc, on abat tous les arbres en laissant ce que prescrit la loi. Dans une coupe partielle, on prend certains arbres et on en laisse d’autres pour plus tard, le résultat, c’est une forêt clairsemée dans laquelle il reste des arbres debout. Parfois, on coupe des bandes, parfois on laisse des grandes tiges. Les marcottes et les graines peuvent se développer parce qu’il y a de la lumière au sol. Évidemment, les coupes partielles, c’est moins laid que les coupes à blanc. Mais, généralement, les feux ne font pas ça.

En combien de temps ça pousse?

Ça dépend des arbres, mais c’est toujours trop long! Les trembles coupés ou brûlés drageonnent: leurs racines fabriquent beaucoup de petits arbres qui poussent vite: il y a plein de lumière au sol et l’arbre utilise les réserves que son prédécesseur avait stockées dans les racines. Après cinq ans, on a une forêt dense d’arbres fins. Certains vont périr, ce qui laissera de la lumière pour les autres qui vont grossir et donner à la forêt des allures… de forêt!

Pour les épinettes noires, c’est lent. Après dix ans, les arbres auront trois mètres. Il faut une vingtaine d’années pour avoir le sentiment de se retrouver dans une forêt. Et à cet âge-là, il y a très peu de cocottes sur les épinettes: il leur faut plus de quarante ans pour avoir les graines qui leur permettront de se régénérer naturellement après un feu.

Dans les forêts mélangées, les arbres vont tous repousser en même temps, mais chacun à son rythme. Après une dizaine d’années, on a un couvert de cinq à six mètres de feuillus souvent, mais c’est trop dense pour se promener et donc ça paraît bien moins beau qu’une vieille forêt. Encore quelques années et la compétition va faire mourir certains arbres. L’arrivée de lumière au sol va donner un petit coup de pouce aux sapins et aux épinettes qui n’attendaient que ça.

Et la faune?

Le pic à dos noir aime les forêts brûlées. Dans une forêt coupée ou brûlée, la martre et le tétras désertent un territoire dans lequel ils ne trouvent ni abri ni nourriture. Mais, dès que ça repousse, le lièvre, la perdrix et l’orignal reviennent, parce qu’ils y trouvent une nourriture abondante qui n’était plus accessible dans la forêt mature. Puis, au fur et à mesure que la forêt se referme, ces animaux vont chercher leur nourriture ailleurs et la martre revient…

En forêt boréale, la coupe ou le feu ne font pas disparaître des espèces animales. Les animaux vont et viennent en fonction de la nourriture et de l’abri que produisent les différents âges de la forêt.

Au chapitre des bonnes nouvelles, maintenant…

Une coupe ou un feu, c’est l’occasion de revoir les bleuets et les framboises. Au fur et à mesure que les arbres vont grandir et que la lumière n’arrivera plus au sol, ces petites plantes vont se faire discrètes. Elles deviennent filiformes et les fruits disparaissent en attendant patiemment la prochaine perturbation qui signifiera pour elles une nouvelle vie.

Davis Suzuki a écrit: «Aucun arbre n’est éternel et aucun arbre ne meurt de mort naturelle». Ils sont tous remplacés à cause d’une coupe, d’un feu ou d’une épidémie d’insectes et rarement parce qu’ils sont trop vieux pour mourir!

Sur le moment, tout ça ne console pas d’un paysage dévasté, qu’il soit brûlé ou coupé. Mais un arbre qui pousse, c’est la forêt des enfants demain et du CO2 qui ne reste pas dans l’atmosphère. Et, parmi les arbres qui ont été coupés, il y a celui qui permet de fabriquer un chalet, une maison et aussi celui qui vous permet de lire le journal aujourd’hui…

Bravo, Madame Huybens!

2 commentaires

  1. Publié le 1 avril 2007 à 10:15 | Permalien

    On n’aura pas trop de monde pour sauver notre planète. J’applaudis tant les idéalistes que les pragmatistes et les activistes. Mais si les premiers et les derniers font beaucoup parler d’eux, ce n’est pas toujours le cas des pragmatistes. Sans doute revient-il à la blogosphère de combler ce vide. Bien joué, Jean-Sébastien. Je ferai bientôt un lien sur ce billet.

  2. L'Homme ancien
    Publié le 26 avril 2008 à 17:30 | Permalien

    Mme Nicole Huybens
    Uqac

    Bonjour,

    C’est en lisant votre article dans le journal Le Quotidien du 19 Avril 2206 que les réflexions suivantes sont me sont venues.

    Les débats sur la nature et la planète ne peuvent pas être circonscrits par la simple logique humaine et il est bien difficile de prévoir l’avenir avec justesse.

    La seule manière de comprendre les préoccupations des humains en regard de la biologie terrestre est de se tourner vers les réalités économiques de la race humaine. Ces réalités économiques sont communes à tous les êtres vivants de toutes les espèces, présents, passé et futures.

    L’être humain n’est qu’un élément du vivant, pas plus et pas moins. Nous avons adopté une position orgueuilleuse bio-centriste tout à fait déplorable, très similaire à notre position géo-centriste que nous pensions avoir avant Ptolémée.

    Les changements que nous pensons observer dans la biologie de la planète dépassent l’entendement humain dans le sens cartésien du terme, et seuls les animaux de la Création par leurs sens multiples et sûrs et leur méditation continuelle et profonde savent où s’en va la planète et l’univers avec les hommes embarqués avec eux dans ce véhicule céleste.

    Quant à l’homme qui pense, il est dans l’erreur et la divagation perpétuelle, peu importe son point de vue ou bien encore les options qu’il supporte dans cette discussion. Nous avons perdu le sens de l’universel que seul les êtres naturels, animaux de la forêt, oiseaux du ciel, habitant des mers et des profondeurs terrestres possèdent.

    Les hommes de science sont devenus les esclaves des gens d’affaires et des corporations qui les paient pour dire des demi-vérité, produire des études orientés dans un perspective fort étroite et sujette à des paramètres très serrés que peu de gens peuvent comprendre avec justesse afin de justifier leurs actions et faires prospérer leurs placements.

    Finie l’indépendance intellectuelle et morale des hommes de science devenu simples esclaves de la connaisance courbant sous le faix de leurs travaux immondes et peinant sous le fouet de leur maître portant chapeau monté et fumant cigare;

    Indépendance de l’esprit qu’avaient Aristote, Galilée, Ptolémée, Isaac Newton, Buffon, Darwinet quelques autres représentant d’une race perdue et révolue, de géants encore maîtres de leur esprit.

    Nous croyons par orgueuil que nous sommes montés sur les épaules de nos illustres prédécesseurs, des géants, mais nos hommes de science ne sont que des pauvres nains émasculés par la pensée logique qui limite l’esprit et l’assombrit au lieu de lui donner la Lumière. Voilà donc ce que le Siècle des Lumières qui nous apporta: l’obscuscissement des Cieux et de l’Esprit.

    Et les hommes d’aujourd’hui croient posséder plus de connaissance que l’homme de l’antiquité, rien de plus faux, car il y eut perte immense et dramatique de science réelle depuis l’antiquité alors que les hommes voyaient les Dieux tous les jours, avaient conscience de leurs jours et de leurs nuits, communiquaient avec la Terre et les planètes et les autres êtres vivants et surtout avec les morts surtout.

    Ils possédaient des sciences naturelles et physiques incommensurables par nos yeux de nains, car l’homme moderne souffre de nanisme et de dégénérescence spirituelle, il s’appuie sans cesse sur les conflits intellectuels un peu comme dans le mythe de Sysiphe, parce que l’esprit est la source de toute co-naissance.

    En résumé, ma-dame, laissons aux forces naturelles le soin de régler le sort de la planète heureuse. Ménageons notre salive et notre plume, utilisons plutôt une plume de corneille d’Amérique, fraîchement tombée sur le sol afin d’écrire la nature comme le fit avec tant de vérité et de ferveur notre ami Buffon, ce naturaliste du 18 ième siècle, dans son immense oeuvre. Et nos naturalistes et scientifiques nains du 21 ième siècle peinent encore avec leurs esprits étroits à déchiffrer ce puit de connaissance infini que seul les Anciens possédaient dans l’Esprit.

    Ils ne parlaient pas de nos fameux « puits de carbone », ni encore de nos problématiques « réservoirs de carbone », nouveaux mots-cléfs de l’impuissance humaine, mais de l’union de tous les êtres dans un être unique, de vie commune entre les Dieux et les êtres de la Création manifestée, de l’intervention des Dieux dans la vie de tous les jours et je vous prie avec instance, Madame Huybens, de laisser de côté et pour de bon, la lecture de tout ces rapports qui vous accablent de leur petite logique et rendent tristes, articles de journaux scientifiques, écritures sèches et superflues qui ne font en rien avancer le débat, et abordez plutôt notre fameux Homère et son Illiade et vous trouverz le secret de l’univers et de ses passions.

    Et dans mille ans les corneilles d’Amérique diront que leurs ancêtres ont mangé les restes des derniers des humains prétentieux et inconscients qui habitaient cette planète.

    Alors, voilà, mon opinion au sujet de votre article.

    L’Homme Ancien
    Chicoutimi