La recherche de technologies industrielles pour capter et fixer du carbone est souvent évoquée comme étant la solution qui nous permettra de diminuer nos émissions de gaz carbonique sans trop changer notre mode de vie (il suffit d’une recherche Google News sur le sujet pour se convaincre de l’importance du mouvement).
Oui, il est important d’investir dans la recherche de moyens de capter et de fixer le carbone. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que nous pouvons dès aujourd’hui faire appel à la plus belle machine à capter et fixer le carbone qu’il soit: l’arbre. Eh oui, c’est ce que font les arbres: ils captent du carbone dans l’atmosphère et le fixent dans leur bois. Et en utilisant le bois plutôt que d’autres matériaux, on peut tous se mettre au travail et fixer du carbone!

C’est pourtant simple, mais c’est encore une pratique qui est mal comprise. Encore ce matin, un article paru dans La Presse et parlant du papier électronique nous permet de réaliser combien l’utilisation du bois est souvent perçue comme un geste non écologique :
Qui plus est, les considérations environnementales favoriseront assurément une croissance rapide du papier électronique: cette technologie s’amène sur une petite planète qui ne peut plus fournir assez d’arbres pour suffire à la demande des marchés émergents en papier classique.
Et c’est fait avec quoi, du papier électronique, Monsieur le journaliste? Sachez que c’est fait avec du pétrole et d’autres matériaux issus de la chimie industrielle et de l’exploitation minière, que sa production dégage des gaz à effet de serre et qu’il ira probablement encombrer un site d’enfouissement à la fin de sa vie utile. Le papier est fait avec des arbres et on peut le recycler.
Mais la forêt, il faut la préserver, non? Oui! affirment en coeur les écologistes. Mais certains, dont Claude Villeneuve de l’Université du Québec à Chicoutimi, nous suggèrent aussi que l’exploitation de la forêt ne rime pas nécessairement avec désastre écologique. Il en parlait d’ailleurs lors du plus récent congrès annuel de l’Association forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean:
«Ce n’est pas un crime écologique de récolter du bois. Seulement, son exploitation ne doit pas dépasser sa vitesse de régénération. La forêt protège l’environnement, elle régularise les cycles de l’eau, elle fixe le carbone et génère une magnifique biodiversité»
Et au sujet de l’utilisation du bois comme moyen de fixer du carbone (et aussi de l’exploitation de la forêt boréale), il faut lire ce compte-rendu d’une conférence organisée par le Cercle de presse du Saguenay en 2004 (document PDF) et lors de laquelle Claude Villeneuve nous rappelait que:
Quand vous produisez une tonne de béton, vous émettez, au mieux, 0,8 tonne de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Quand vous utilisez de l’aluminium, ici à Arvida, vous produisez quatre tonnes de gaz par tonne d’aluminium. Aux États-Unis, cela peut aller jusqu’à 16 tonnes, si l’on prend en considération le bilan de cycle de vie, parce que l’aluminium est produit avec de l’électricité provenant de l’énergie thermique. Si vous êtes capable de remplacer ces matériaux par du bois, vous y gagnez parce qu’une tonne de bois équivaut au retrait d’une tonne de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, si vous l’utilisez de façon durable, naturellement.
Cette conférence réunissait Francesco di Castri (maintenant décédé), directeur de recherche à l’Université de Montpellier, Claude Villeneuve, biologiste et professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Réjean Gagnon, directeur du Consortium de recherche sur la forêt boréale commerciale et spécialiste de l’écologie de la forêt boréale et Pascal Triboulot, directeur de l’École nationale supérieure des technologies et industries du bois (ENSTIB) à Épinal.
Ces quatre intervenants étaient également réunis dans le cadre d’un Bar des sciences sur la forêt boréale. On peut l’écouter ici (chercher le lien intitulé Bar des sciences de Québec Science).
Fixer du carbone est donc à la portée de tous… il suffit de développer les bons réflexes et d’accepter d’y mettre un minimum de bonne volonté.

3 commentaires
Bravo Jean-Sébastien! Ça prend du courage pour écrire des choses comme ça et tu risques de te faire lapider par une foule de « desjardinosis » (c’est un mot que j’invente pour désigner tous ceux qui ne jurent que par notre poète national sauveur de la forêt). C’est en effet la pire des solutions que de s’imaginer que l’on fait un bon coup en promouvant le papier électronique et pire encore, comme je l’ai déjà vu dans un magazine, le papier synthétique sous prétexte de sauver des arbres.
À La Baie, il y a quelques mois, on vantait les mérites d’un industriel qui construisait une bâtisse en béton au lieu d’utiliser l’acier (c’est aussi pire que le béton) ou le bois.
Au lieu de faire des histoires abracadabrantes sur la dilapidation de la forêt, certains artistes et écologistes devraient plutôt faire la promotion du bois dans la construction d’édifices publics et industriels. Ça contribuerait plus au développement durable et ce serait tellement plus intéressant que de faire peur au monde avec des histoires qui ne tiennent pas debout sur la dispartition prochaine de nos épinettes noires.
Je pourrais en écrire encore quelques pages mais le temps me manque.
Ton père
Martin (assis dans le bureau du ministre!!!)
Merci Jean-Sébastien d’écrire sur ce sujet pertinent!
J’aimerais cependant pouvoir être aussi catégorique que toi mais, des questions me viennent quand aux choix des matériaux à utiliser (dans la construction notamment). Je comprends bien que le bois représente une source de captation du carbone. Mais justement, cet arbre, il le capte quand il est debout non?
Sur le site du parti vert du Québec, on peut lire « Le fait que 85 % des coupes forestières effectuées au Québec sont des coupes à blanc est une aberration dans un contexte de développement durable. » (http://partivertquebec.org/DE-LA-POUDRE-AUX-YEUX)
Je n’ai pas les chiffres, mais il semblait évident que la « récolte » (terme noble que j’ai du mal à attribuer aux industries qui coupent nos arbres) dans le document de Desjardins (bien oui!!!) dépasse largement la capacité de la forêt à se régénérer librement (sans la forcer je veux dire…).
Je lisait rapidement (pour bâtir mon argumentaire ici…) dans : cifq.qc.ca/imports/_uploaded/CIFQ_BroCFM2003.pdf
qu,il n’y avait que 27% de forêts à maturité. Ce n’est pas beaucoup pour tout ce que l’on coupe non? Ça doit être pour cela qu’un arbre de 10cm est considéré prêt pour la « récolte »… 10 cm! On fait même pas un 2×4 dans ça!
De plus, il semblerait qu’il n’y ait pas de règlement sur les quantités de matière ligneuse à prélever. C’est inquiétant tout cela non? Sommes nous en train de « scraper » nos poumons??? J’ai l’impression que oui et que ce sont des multinationales en « timberjack » qui le font chez-nous.
Et la panique (justifiée sans doute) sur les gaz à effet de serre semble effacer toutes les questions reliées à la faune et à la flore. Il me semble qu’on devrait penser aux habitats sauvages aussi non?
Il est certain que la réduction à la source est ce qui à privilégier. Mais de ne choisir que le bois ne m’apparait pas clairement LA direction à toujours prendre dans les circonstances. Sache que les montants de métal sont certifiés LEED aux É.U et Écologo au Canada…
Je suis néanmoins d’accord avec toi sur les innovations qui se retrouvent dans nos dépotoirs.Il faut inclure (imposer?), dans le cahier des charges conceptuels de nos designers (qui malheureusement n’ont pas assez de pouvoirs pour influencer les industriels), le circuit qui permet de recycler nos produits à la fin de leur vie. Une taxe existe en Alberta et Saskatchewan pour cela mais c’est après-coup seulement, ce n’est pas au début de la conception. À quand ce changement de paradigme chez-nous?
Continue à faire ce que tu fais. Je t’envie d’avoir autant de talent.
:-)
Richard
Richard, pour répondre partiellement à tes interrogations, voici un extrait de la conférence tenue au cercle de presse du saguenay (http://www.scribd.com/doc/14798/ForetCercleDP)
Réjean Gagnon:
«Il faut assurer la pérennité des forêts d’épinettes noires. Les feux peuvent causer une déforestation naturelle. À l’UQAC, nous avons entrepris des recherches concernant la forêt boréale depuis une vingtaine d’années. Notre forêt boréale est particulière parce qu’une espèce s’y retrouve en abondance : l’épinette noire. Dans le monde, cette espèce est rare, et par le fait même, elle constitue un élément de la biodiversité mondiale. Nous travaillons à assurer la pérennité de cette ressource. Dans la région, nous avons régulièrement des feux de forêt. Nous nous sommes donc posé beaucoup de questions sur la «valeur» écologique de ces feux. Ce sont des événements naturels, mais sontils nécessaires au maintien et au renouvellement de notre forêt d’épinettes noires ? Nos résultats nous disent maintenant que non, au contraire. Ces feux, qui sont souvent d’origine tout à fait naturelle dans le Nord, causent une régression de nos forêts. Actuellement, et cela dure depuis plusieurs millénaires, on assiste à une déforestation tout à fait naturelle, attribuable aux feux et à la difficulté pour l’épinette noire de se régénérer après coup. Sur ce sujet, je passe la parole à M. di Castri qui pourra vous entretenir de la question. Si le phénomène est naturel, est-il nécessairement souhaitable ? Est-il bénéfique ? Quand on veut aménager la forêt, doit-on imiter la nature ?»
Francesco di Castri:
«Les feux de forêt sont des phénomènes naturels. Ils jouent un rôle important. La régression des forêts n’est pas nouvelle. Dire qu’il faut imiter la nature parce qu’elle fait mieux les choses, c’est joli, c’est rassurant, mais ce n’est pas vrai. Seule la gestion humaine peut assurer que les forêts se régénèrent au lieu de se dégrader. En général, les feux sont un facteur écologique naturel très important. Il y a des écosystèmes qui ne peuvent vivre qu’avec le feu, comme les Chaparals, en Californie. Si les feux sont naturels et inévitables, il faut composer avec eux. La régression dont vous parlez se produit depuis toujours. Dans la plupart des écosystèmes du monde, les feux jouent un rôle assez positif. Les écosystèmes ont tendance à la sénescence, comme les hommes. Les feux permettent donc aux écosystèmes de redevenir jeunes. Je ne sais pas si c’est le cas ici, dans la forêt boréale. Évidemment, il faut étudier les phénomènes à fond et il faut surtout éviter le déterminisme voulant qu’il faille accepter complètement ce que fait la nature sans intervenir. La gestion des ressources et des écosystèmes implique presque toujours la main de l’homme. Dire qu’il faut imiter la nature parce qu’elle fait mieux les choses, c’est joli, c’est rassurant, mais ce n’est pas vrai. En général, même dans les parcs nationaux, si l’on n’intervient pas, d’une manière différente selon les cas, on obtient plus de dégradations que d’améliorations. C’est la même chose pour les grands incendies dans les parcs américains. Devons-nous imiter la nature ? En général, non. Il faut avoir une gestion qui fournisse les meilleures solutions possibles.
En l’absence de gestion par l’homme, la plupart des écosystèmes se dégradent plutôt que de se régénérer. Cette notion n’est pas tellement prise en considération dans les écosystèmes méditerranéens et de l’hémisphère Sud, où cela est encore plus vrai. Sans gestion, les écosystèmes connaissent une très forte régression. Donc, M. Gagnon doit continuer à faire ce qu’il fait, une très bonne gestion, qui a prouvé des choses extraordinaires par rapport à la chronologie, à l’âge des différents arbres. Il a révolutionné toute l’écologie boréale. Il ne le dira pas, il est trop modeste. Il a changé complètement l’approche de la succession de la forêt boréale et il utilise des techniques qui constituent de la véritable gestion. Ce n’est pas de l’imitation de la nature. M. Gagnon agit comme le représentant de la nature.»
Claude Villeneuve:
«En captant le CO2, le bois contribue à réduire la vitesse des changements climatiques. Le reboisement de parcelles dénudées constitue une alternative à la régression naturelle de la forêt boréale. C’est aussi une solution pour l’économie des régions et il s’agit de développement durable. La table est mise.
Je m’intéresse aux gaz à effet de serre depuis à peu près deux décennies. L’une des premières découvertes à faire dans ce domaine est que le bois constitue du CO2 en piles. Quand on se situe dans une problématique mondiale, où l’on constate une augmentation de l’ordre de trois à quatre milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère chaque année, des chiffres comme ceux évoqués par Pascal Triboulot sont très intéressants. On se dit que si l’on est capable d’utiliser de plus en plus le bois comme matériau ou de faire croître de plus en plus de forêts, on captera de plus en plus de gaz à effet de serre, ce qui nous permettra de réduire la vitesse des changements climatiques. Et cela devient dramatique d’entendre Réjean Gagnon nous dire, chiffres et modèles scientifiques bien étayés à l’appui, que la plus grande forêt du monde, la forêt boréale, est en train de régresser naturellement. C’est pour cela par exemple que nous avons présenté l’an dernier un mémoire d’experts à la Commission parlementaire sur les changements climatiques mise sur pied par le gouvernement du Québec. Nous y mentionnions que l’une des façons pour le Québec de penser atteindre les objectifs de Kyoto et même de les dépasser, y compris avec le Suroît, serait de reboiser des parterres actuellement vides de forêt parce que la déforestation naturelle, dont parlait Réjean Gagnon, a frappé.»
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[...] En consultant mon blogroll, je suis tombé sur cette infime parcelle de vision et d’espoir : Fixer du carbone… naturellement. Je me suis dit que le temps étai venu de reprendre mon blogue, quitte à ce que lui aussi subisse [...]