La décroissance, on acceptera d’en parler un jour?

Un peu dans la suite de mon texte d’hier, voici une autre question à laquelle il faudra bien un jour s’arrêter: est-il réaliste de continuer à envisager le futur avec une perspective de croissance économique soutenue?

C’est un texte d’opinion paru ce matin dans le Devoir qui m’amène à poser cette question. Dans La réduction de la consommation – Une dimension oubliée de la lutte contre les GES, Serge Mongeau et Pascal Gernier en appellent à une réduction de notre consommation pour lutter contre les émissions de GES. Ils suggèrent que «le simple fait de réduire la consommation pourrait être une mesure extrêmement rapide, efficace et peu coûteuse. Elle ne nécessiterait que des ressources pour concevoir des campagnes de publicité.»

Je suis en accord avec eux quand ils affirment que «La publicité pour inciter à moins consommer serait évidemment «le monde à l’envers». De toute évidence, aucun gouvernement ne veut actuellement réduire la croissance économique, laquelle est liée directement à la production et à la consommation. Et pourtant, il n’y a pas d’autres moyens réellement efficaces de lutter à long terme contre les changements climatiques et d’aborder dans son ensemble la question de la conservation de l’environnement. L’approche des gouvernements actuels, qui s’appuie sur des investissements toujours plus considérables, est une fuite en avant. »

Je ne partage tout de fois pas leur opinion quand ils argumentent que le Canada est déjà assez riche comme ça et que le problème est dans le partage de cette richesse: «On peut affirmer qu’ici, ce n’est pas la richesse qui manque, mais c’est l’équilibre dans la répartition de celle-ci. Et, de toute façon, dans le contexte actuel, ce sont encore les riches qui s’enrichissent et les pauvres qui s’appauvrissent. De plus, dans une société où on respecterait davantage les objets en les faisant durer, il y aurait création de nombreux emplois et une autre économie en résulterait. »

Je crois qu’il est illusoire de penser que la technologie nous permettra de continuer à consommer et à soutenir une croissance économique sans fin. Toutefois, je pense qu’au lieu d’en appeler à tout de suite mieux distribuer la richesse, il faut plutôt travailler à définir ce que l’on souhaite entendre par «richesse». Est-ce que la richesse consiste à travailler beaucoup pour être en mesure de s’offrir toujours plus d’objets? Est-ce que la richesse est plutôt une mesure de l’état (mental et physique) de santé de la population? À moins que ce ne soit un indice qui permet de décrire l’activité créative générée par les citoyens dans le cadre de leur travail et leurs loisirs? Ou encore la capacité d’une population à vivre en liberté et à générer une activité économique soutenable (pour les travailleurs et pour l’environnement)? Bref, ça mérite qu’on y réfléchisse un peu parce que les commerces à grande surface ne pourront pas toujours être aussi pleins à craquer, et sans grandes surfaces, ça sert à quoi d’être riche?!

2 commentaires

  1. Publié le 7 février 2007 à 10:18 | Permalien

    Je ne suis pas certain qu’il sera possible d’éduquer les gens à consommer moins, mais il serait sûrement possible de leur apprendre à consommer mieux. Consommer mieux ne va PAS à l’encontre de développement économique (ou du moins du maintien de l’économie) et pousse plus « gentiment » les entreprises à produire « mieux » plutôt que produire « plus ».

    Pour simplifier, produire moins d’objets ne revient pas à créer moins de richesse si ceux-ci sont de meilleure qualité, demandent plus de ressources humaines pour leur conception et coûtent un peu plus cher. Évidemment, tant que les gens préféreront le bas prix à la qualité (il y a souvent une adéquation quoi que l’on en pense, bien produire coûte plus cher que produire vite et en sous-payant la main-d’oeuvre), il y aura un problème de surconsommation.

    Comme le dit le dicton populaire « buy cheap, buy twice ». Et pour compléter « Achète cheap, achète deux fois… jette deux fois… »

    Le meilleur exemple que je trouve, c’est les ampoules longue-durée. Elle consomment énormément moins d’énergie, durent beaucoup plus longtemps mais coûtent plus cher à l’unité. Évidemment, quiconque sait compter comprend qu’il économise à moyen terme en remplacant graduellement toutes ses ampoules à incandescence standards par des ampoules à longue durée. Pourtant, celles-ci restent un produit marginal et difficile à vendre, les gens préférant payer encore payer 0.99$ pour une ampoule qui gaspille l’énergie et dure 1 an plutôt que 6$ pour une ampoule qui économise l’énergie et dure 10 ans. Manque d’argent? J’en doute, les stationnements de Réno-Dépôt étant remplis de gros véhicules très dispendieux, et la facture totale étant plus chère au bout du compte…

  2. Publié le 4 mai 2007 à 0:35 | Permalien

    Intéressant! J’ai rédigé deux textes traitant de sujets environnementaux, dont l’un a paru dans le journal Le Devoir. À voir sur mon blogue :

    http://pourquedemainsoit.blogspot.com/2007/04/le-dogme-de-la-croissance.html

    http://pourquedemainsoit.blogspot.com/2007/04/le-complot-de-leau.html