Une lettre d’opinion parue dans Le Devoir ce matin a particulièrement attiré mon attention. L’auteur, un étudiant à l’UQAM s’étonne du ton d’un texte publié récemment par la rectrice de l’Université McGill. Ce qu’écrit Olivier Laroche est très intéressant et me touche particulièrement puisqu’il évoque deux thèmes qui me sont chers: «changer le monde» et «nous sommes maîtres de nos destinés ».
Ces thèmes sont d’ailleurs très présents dans Presence, un livre totalement fascinant (du moins à mon avis!) que je suis en train de lire et dont je vous reparlerai assurément avec plus de détails d’ici quelques semaines. En attendant, je me permets de reproduire le bref texte à l’origine de ce billet:
Une éducation pour changer le monde
Olivier Laroche, Étudiant à l’UQAM, Montréal, le 23 novembre 2006
Heather Munroe-Blum, rectrice de l’université McGill, dans son texte intitulé «La Prochaine Révolution tranquille», paru dans Le Devoir du 23 novembre, nous présente sa vision de l’éducation. En simplifiant, elle dit que l’université doit servir l’économie. L’analyse du champ sémantique de son texte est fort révélatrice: deux fois le mot prospérité, trois fois productivité, quatre fois développement, six fois économie, huit fois investissement.
Encore une fois, on nous sert l’alarmisme lucide: «impératif», «urgence», «agir rapidement», «des choix difficiles s’imposent». Tout cela, bien sûr, parce que nous sommes soumis à une «compétition mondiale féroce» contre nos «concurrents», où il faut nous «mesurer aux meilleurs», «livrer bataille», etc. Ridicule. Faut-il encore répéter que l’université ne doit pas avoir l’économie comme finalité?
Voilà qui est déjà assez scandaleux, mais voici les vraies perles de ce texte: «Le monde ne ralentit pas; il accélère. Et nous ne pouvons pas le laisser nous dépasser.» Comme si le monde n’était pas nous! Comme si le monde avançait indépendamment de nous! Comme si nous n’avions pas le choix! Comme s’il fallait toujours courir!
Et la dernière, mais non la moindre: «Une éducation adaptée au monde moderne». Ne dit-on pas que, par l’éducation, on peut changer le monde, que quand les masses sauront, le monde sera autre? L’éducation ne doit donc jamais s’adapter au monde moderne, mais bien mener une critique de celui-ci, vers le changement, vers un monde meilleur…
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2 commentaires
Le problème est reproduit en france, ou des dirigeants veulent asservir la rechercher a l’économie (sans parler des universités)…
Merci d’avoir porté notre attention sur ce texte (et sur celui auquel il fait référence).
Je suis évidemment d’accord avec l’idée que l’Éducation n’a de sens que si elle est libératrice. L’éducation qui asservi n’est pas digne d’en porter le nom. En ce sens, tout éducation consiste, par définition, à changer le monde — à changer « mon monde ».
Je me permets néanmoins de suggérer une nuance aux commentaires précédents.
L’éducation s’inscrit forcément dans une perspective économique — dans la mesure où elle doit « tenir compte » de la réalité des ressources dans lesquels se réaliseront les apprentissages conséquents.
C’est d’une perspective néo-libérale de l’économie que nous souhaitons protéger les choix éducatifs.
Faire cadeau de « l’économie » aux chantres du néo-libéralismes apparaît bien généreux… Il faut nous réapproprier ce mot, le réhabiliter…
…parce que l’économie est beaucoup plus qu’un mot qui coiffe la section des quotidiens dans lesquels on parle des cotes de la bourses et de la valeur de l’or, c’est aussi un « moyen » dont dispose l’être humain pour planifier/gérer son développement, notamment dans une perspective éducative.
Je ne sais pas si je suis très clair… à vous de me dire…