Les entrepreneurs, la société de l’information et le développement durable

Ce texte a été soumis vendredi dernier aux quotidiens Le Soleil, La Presse et Le Devoir.

Le Soleil l’a publié le 4 octobre. Le journal web La vie rurale l’a aussi publié.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) nous rappelait encore cette semaine (communiqué en PDF) à quel point il est devenu difficile de faire des affaires au Québec. Les entrepreneurs se plaignent de l’action des groupes de pression qui leurs mettent constamment des bâtons dans les roues en monopolisant l’espace médiatique et en s’opposant de manière quasi systématique à tout projet d’envergure. La FCCQ propose d’ailleurs la création d’une agence d’analyse économique qui pourrait jeter un regard neutre et objectif sur les projets.

Je crois que la FCCQ, tout comme les entrepreneurs qu’elle représente, ne regarde pas au bon endroit lorsqu’elle cherche à comprendre la situation. À mon avis, le problème de l’entrepreunariat québécois s’explique, en partie du moins, par deux éléments. D’abord, les entrepreneurs ont encore un pied dans l’époque industrielle et n’ont pas fait le saut dans la société de l’information. Ensuite, ils ne comprennent pas ce qu’est le développement durable et utilisent le concept à toutes les sauces. Le résultat est que l’on observe un bris de la confiance à l’égard des entrepreneurs de la part de la population qui vit déjà dans l’ère de l’information et qui s’intéresse de plus en plus à l’avenir de notre planète.

S’adapter à la société de l’information

Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui à chaque citoyen de créer et de communiquer rapidement de l’information. Que ce soit en publiant un texte ou un commentaire sur un blogue ou encore en partageant des photos ou des séquences vidéo enregistrées à l’aide d’un téléphone portable, chaque individu a maintenant la possibilité de se faire entendre de tous. Les flux d’information sont de moins en moins contrôlables et la population apprivoise rapidement ces nouvelles façons de communiquer et de s’informer.

Alors que le web transforme profondément nos rapports avec la connaissance et la liberté d’expression, les entrepreneurs continuent majoritairement à utiliser le communiqué et la conférence de presse pour diffuser leur message. Et après, ils se plaignent qu’ils ne sont pas compris! Quand un groupe de pression, souvent représenté par un artiste qui parle avec ses tripes, publie sur son blogue des textes vivants et articulés, on comprendra facilement que l’entrepreneur a l’air bien arriéré avec son communiqué de presse et son site web statique.

Comprendre le développement durable

La communauté scientifique n’en doute plus: la planète se réchauffe dangereusement et il faut agir rapidement. Nous devons réduire nos émissions de gaz à effet de serre et arrêter de jouer à l’autruche. Dans un document qu’elle diffuse sur son site web, la FCCQ utilise le concept de développement durable pour justifier la création d’une agence d’analyse économique. Selon la FCCQ (diaporama de la présentation), les pôles environnemental et social du développement durable sont déjà représentés par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) et la Direction de la santé publique (DSP) alors que le pôle économique ne bénéficie pas d’un processus d’évaluation objectif. Le développement durable est un développement qui tient compte de ces trois pôles en leur accordant un poids égal. Or, quand on utilise ce concept pour demander que la valeur économique d’un projet d’autoroute soit évaluée de manière objective, séparément de sa valeur environnementale et sociale, c’est qu’on n’y comprend rien! Ce qu’il faudrait, c’est plutôt une agence d’analyse dont le rôle serait de voir à ce que les projets d’aujourd’hui soient en accord avec nos besoins actuels, sans qu’ils ne compromettent la capacité de nos descendants de répondre aux leurs.

Évidemment, tout n’est pas si simple! Mais je suis porté à croire qui si les entrepreneurs prenaient l’habitude de se demander en quoi leur projet permettra de donner une meilleure vie à leurs enfants, nous aurions de meilleurs projets et des entrepreneurs qui auraient des arguments en béton pour les défendre sur la place publique et, pourquoi pas, sur leur blogue!

4 commentaires

  1. Publié le 1 octobre 2006 à 21:01 | Permalien

    Ton point sur la notion de «développement durable» est particulièrement fort dans la mesure où le concept est déjà presque brûlé tellement il est galvaudé. Par contre, plusieurs entreprises et institutions me semblent tentées de «faire le saut dans la société de l’information» comme tu dis. S’il ne font pas le saut, ils risquent de faire le saut ;-)

    Je viens de terminer un mandat avec le Conseil du statut de la femme (un groupe que je pensais «très conservateur sur ce point») et j’ai été ravi de constater leur ouverture (http://www.egalitejeunesse.com/ ) aux blogues et aux fils de nouvelles. Il y a de l’espoir…

    J’ai très hâte de voir paraître ton texte dans un journal, média traditionnel; preuve que nous comptons encore beaucoup sur ce qui caractérise cette «époque industrielle» pour joindre ceux qui ont à bouger. De toute façon, je suis sûr que tu n’as pas voulu dire de cesser l’utilisation du «communiqué et [de] la conférence de presse», mais d’ajouter aussi les autres façons de communiquer, celles qui sont «moins contrôlables» et plus interactives.

    Bravo pour ton initiative JSB!

  2. Publié le 2 octobre 2006 à 10:07 | Permalien

    Évidemment Mario que je ne demande pas la mort du communiqué! Tu te souviendras d’ailleurs ce que nous avons fait lors de l’annonce de ton arrivée chez Opossum (http://www.opossum.ca/archives/001724.html ) ou encore pour le départ de Clément (http://www.opossum.ca/archives/002490.html ): un communiqué «traditionnel» avec une invitation, à la fin du communiqué, à visiter le blogue pour une version «plus humaine» du texte.

    Ça nous permettait d’offrir un message selon la coutume traditionnelle (communiqué) tout en restant nous-mêmes avec le message diffusé sur le blogue de l’entreprise.

  3. Publié le 2 octobre 2006 à 15:48 | Permalien

    Bravo pour ton texte! Il est très rafraîchissant et pose les bonnes questions.

    Étant membre de L’Association des gens de l’ÃŽle d’Orléans contre le port méthanier, ton texte me fait d’autant plus plaisir.

    En ce qui me concerne, l »‘immobilisme » décrié par certains entrepreneurs est plutôt le résultat, entre autres, de la scolarisation de la population et du partage d’informations grâce au réseau. Quand les citoyens prennent conscience qu’un projet est mal monté et potentiellement nuisible à plusieurs niveaux, ils posent des questions.

    Ce type d’entrepreneurs devrait, comme tu le dis si bien, s’adapter à leur milieu et à leur époque, et non le contraire.

    Encore bravo!

  4. Publié le 7 septembre 2007 à 3:20 | Permalien

    On entend pas assé parler de dévelopement durable.

2 Trackbacks

  1. Par Mario tout de go le 1 octobre 2006 à 19:50

    Une pensée pour cette semaine

    Je viens de commenter sur le blogue Zahmoo à partir du dernier paragraphe lu sur ce billet de Dave Pollard. Ces derniers nous invitent à nommer le changement le plus signifiant dans la blogosphère depuis l…

  2. Par Guitef le 9 novembre 2006 à 11:05

    Intel lance une suite bureautique de maillage social

    L’industrie a depuis longtemps adopté le travail collaboratif. Habituée à un régime de contrôle de l’information, cependant, elle s’ouvre frileusement au maillage dans le cyberespace. Question travail, elle préfère l’intranet à l’internet. Mais les habitudes changent…