Les chambres de commerce n’ont pas l’habitude de m’impressionner par leur vision, même que je trouve souvent qu’elles sont assez frileuses et prennent plus de positions de «soutien» des entrepreneurs plutôt que de les devancer pour les inspirer (remarquez que c’est peut-être leur rôle que de soutenir plutôt que d’inspirer). J’ai d’ailleurs récemment donné mon opinion au sujet d’une prise de position de la Fédération des chambres de commerce du Québec dans une lettre d’opinion publiée par Le Soleil.

Mais voilà que j’apprends aujourd’hui (en consultant le site Novae), que la Jeune chambre de commerce de Montréal (JCCM) a publié récemment un mémoire intitulé Responsabilité sociale des entreprises : chacun doit faire sa part en vue d’accroître la performance et le niveau de confiance à l’égard de nos entreprises. En plus, la JCCM organise plusieurs activités en lien avec le contenu de ce mémoire pendant le mois d’octobre. Je ne peux que les féliciter… surtout que le document est porteur d’un message pertinent et actuel.
Ce que je trouve le plus intéressant dans leur mémoire, c’est
qu’ils appellent les entrepreneurs à plus d’ouverture et à plus de
responsabilité dans le but de rétablir le lien de confiance avec la
population. On sent, à la lecture du document, que le comité de
rédaction a bien saisi ce qu’est la responsabilité sociale. Dans le
fond, la responsabilité sociale découle d’une démarche de développement
durable et ça, ils l’ont compris. On retrouve donc les concepts
d’autonomisation, de connectivité et de diversification mais sous une
forme concrète, adaptée au propos. Vraiment, c’est du bon travail!
Voici quelques extraits (vous pouvez aussi télécharger la version complète du mémoire en PDF).
Dès le résumé, le ton est donné clairement:
JCCM considère que la confiance envers les entreprises sera accrue si
les dirigeants, les salariés, les gouvernements, les investisseurs et
les consommateurs adoptent une conduite socialement responsable,
c’est-à-dire une conduite qui contribue à l’atteinte de l’idéal de
développement durable de la société québécoise par la mise en place
d’un processus de création de richesse accompagné d’un souci marqué
d’avancement social et environnemental.
Dix recommandations sont mises de l’avant dans le mémoire:
- Consulter et établir un dialogue avec les parties prenantes de l’entreprise
: Que les entreprises établissent un cadre formel pour recueillir et
répondre aux attentes de leurs parties prenantes (stakeholders) :
clients, actionnaires, citoyens, autorités réglementaires, organismes
communautaires ou organismes non gouvernementaux (ONG). - Intégrer la responsabilité sociale tout au long de la chaîne de production
: Que les entreprises se dotent d’une politique d’achat responsable
comportant un code de conduite stipulant les pratiques sociales et
environnementales qu’elles souhaitent voir leurs fournisseurs et leurs
partenaires d’affaires adopter ainsi que d’un système de vérification
des standards établis dans le code de conduite. - S’impliquer dans la société et la communauté
: Que les entreprises investissent temps, argent et compétences au
profit de causes économiques, sociales et environnementales au niveau
de la société et des communautés au sein desquelles elles mènent leurs
activités. - Tenir compte de la performance sociale et environnementale dans la rémunération des dirigeants d’entreprises
: Que la rémunération des dirigeants d’entreprises soit, en partie,
liée à des critères de performance sociale et environnementale tels que
la satisfaction des employés, la santé et la sécurité au travail, la
réduction des gaz à effet de serre (GES) et le niveau de consommation
d’énergie. - Communiquer et faire certifier l’information sur la performance sociale et environnementale
: Que les entreprises collectent et divulguent, sous la forme de bilans
sociaux et environnementaux certifiés par des tiers, l’information
concernant leur performance sociale et environnementale. - Augmenter les pouvoirs et l’efficacité des organismes de réglementation financière et environnementale
: Que les gouvernements allouent davantage de ressources afin d’assurer
une meilleure application de la réglementation financière et
environnementale. - Encourager et encadrer la divulgation sociale et environnementale
: Que les gouvernements encouragent les entreprises à mieux communiquer
les risques associés à 3 Page 6 leur performance sociale et
environnementale en fournissant des directives plus claires et en
octroyant des déductions fiscales pour la production de ces bilans. - S’impliquer au sein de l’entreprise ou de l’organisation choisie
: Que les individus s’impliquent au sein de leur entreprise ou
organisation afin d’inciter celles-ci à adopter des comportements
faisant état d’un souci de développement social et environnemental. - Investir de façon responsable
: Que les individus soucieux de favoriser la responsabilité des
entreprises investissent leurs épargnes en tenant compte de critères
responsables ou qu’ils fassent pression sur les investisseurs
institutionnels qui gèrent leurs placements (REER, RRQ, etc.) afin
qu’ils publient leurs engagements en matière d’investissement
responsable. - Consommer de façon responsable
: Que les individus renforcent les pratiques responsables des
entreprises par leurs méthodes d’achat : « Acheter, c’est voter. »
Et au sujet de l’immobilisme, si à la mode ces temps-ci:
attitude [l'opposition populaire à l'égard des grands projets] est
symptomatique d’un certain manque de confiance à l’égard des
initiatives du secteur privé. Elle démontre ainsi de façon marquée la
nécessité, au Québec, pour toute entreprise ou organisation, de
prioriser la mise en place de conditions susceptibles de générer un
climat de confiance avec les diverses parties prenantes dans le cadre
de la mise sur pied de tout nouveau projet.
Il
est très intéressant de voir qu’une jeune chambre de commerce
s’intéresse à la responsabilité sociale et qu’en plus, elle le fait
d’une manière intelligente (du moins à mes yeux). J’espère que cette
initiative saura inspirer d’autres chambres de commerce et, surtout,
des entrepreneurs qui choisiront de chercher les solutions «en dedans d’eux-mêmes».

4 commentaires
Je me réjouis d’apprendre que ton texte a été publié par Le Soleil.
Quand à ce mémoire, il est vraiment rafraîchissant. Merci de l’avoir porté à notre attention.
Comme toi, je ne suis pas un très grand fan des chambres de commerce. Cela étant dit, je suis un énorme fan de la responsabilité sociale des entreprises et de l’impact de cettte discipline sur la réputation des entreprises.
J’ai donc demandé à la JCCM s’ils était intéressés à ce que je couvre une conférence qu’ils organisaient sur le sujet récemmment.
Malgré le passage que tu mentionnes dans ton billet (…ils appellent les entrepreneurs à plus d’ouverture et à plus de responsabilité dans le but de rétablir le lien de confiance avec la population), ils ont préféré répondre que seuls les « médias officiels » étaient invités.
Il me semble qu’ils ont ainsi raté une belle chance de faire preuve d’ouverture.
Merci pour ton commentaire, Marc.
j’envoie dès maintenant un petit courriel à la JCCM pour les inviter à venir lire ton commentaire (et ton billet) et leur faire part de ma déception.
C’est drôle mais je n’ai jamais eu de réponse à mon courriel qui leur faisait part de ma déception alors que j’avais eu un mot de remerciement presque tout de suite après leur avoir écrit que j’avais fait un post élogieux à leur sujet!