Développement dans la société de l’information

Nature and technology

J’avais promis un billet sur Développement dans la société de l’information de Francesco di Castri… et bien le voici!

L’article a été écrit en 2003 par un écologiste de 73 ans. Ça peut paraître banal comme détail, mais ça a en fait beaucoup d’importance pour bien apprécier la qualité de la pensée de Francesco di Castri. C’est qu’il a vu juste, le vieux vert! Il a su identifier les principales caractéristiques de la société de l’information et dégager des pistes de développement et d’action qui, dans cette nouvelle société, pourraient mener à un développement durable. Il faut aussi savoir qu’en 2003 on commençait tout juste à voir émerger le web 2.0 et la culture qui y est associée (pour les lecteurs plus écolos que technos, lire Les 6 cultures d’internet de Martin Lessard pour une bonne introduction à l’évolution de la culture web).

Ce qui me fascine de cet article, c’est que l’auteur a su comprendre la société de l’information et en identifier les caractéristiques à une époque où ses manifestations n’étaient pas aussi évidentes qu’elles ne le sont aujourd’hui (et il faut savoir qu’il a commencé à écrire sur le sujet en 1998). Il a compris qu’un des enjeux majeurs de cette société de l’information est la démocratisation des moyens de communications qui permettent aux individus d’avoir accès librement, en direct et de créer et transmettre eux-mêmes tout type d’information et de connaissance.

Il est aujourd’hui assez évident pour toute personne qui s’informe un peu que le web permet maintenant aux individus de consommer et de produire de l’information facilement et rapidement mais en 2003, c’était moins évident. Et di Castri a vu ça, lui, l’écologiste de 73 ans. Vraiment, il n’a pas fini de m’impressionner!

Mind_map_dicastri

Dans l’article, Francesco di Castri explique en quoi l’avènement de la société de l’information devra mener à un changement de société, il explore des pistes de développement et propose des moyens et des outils pour accéder au développement. On peut télécharger Développement dans la société de l’information en PDF à partir de cette page. J’ai aussi fait une carte heuristique (mind map) qui permet d’avoir rapidement une vue d’ensemble des idées maîtresses de l’auteur (schéma sur une page pour visionnement à l’écran: devsocieteinfo_diCastri.pdf

et schéma sur quatre pages pour imprimer: devsocieteinfo_diCastri_print.pdf).

D’entrée de jeu, di Castri annonce que:

C’est à un véritable changement de société qu’il faut songer désormais, aussi bouleversant et beaucoup plus rapide que celui qui a caractérisé jadis le passage de la société agricole à la société industrielle.[...]

Le développement qui entraîne et accompagne une telle société de l’information a toutes les caractéristiques du développement durable, entendu comme un constant processus d’adaptation à des changements successifs et imprévisibles, ce qui représente l’unique fonctionnement possible dans un monde ouvert et très complexe.

Il propose ensuite dix pistes pour le développement dans la société de l’information et cinq moyens et outils pour accéder à ce type de développement. Ces actions et objectifs ont tous deux points communs: «le développement de l’homme dans la dignité et le respect de la spécificité de sa culture; le refus de la marginalité dans la condition humaine».

Ces pistes de développement révèlent bien l’humaniste qu’était Francesco di Castri. Contrairement à de nombreux écologistes qui placent la nature au centre de leurs préoccupation, Di Castri articule sa pensée autour de l’épanouissement de l’homme.

Dix pistes pour le développement (voir la carte heuristique pour plus de détails)

  1. Autonomisation des collectivités locales.
  2. Accès aux secteurs économiques riches en information.
  3. Colonisation, valorisation et diversification de l’espace rural.
  4. Désenclavement, ouverture et connexion de collectivités marginales.
  5. Conservation du patrimoine naturel et culturel centrée sur l’homme.
  6. Utilisation et valorisation de l’information génétique et de la biodiversité.
  7. Stimulation de l’initiative individuelle dans les grandes institutions.
  8. Réseaux d’information dans l’espace urbain pour surmonter la marginalité.
  9. Formation permanente.
  10. Renaissance culturelle.

Cinq moyens et outils pour le développement (voir la carte heuristique pour plus de détails)

  1. Accès à l’information digitale bidirectionnelle et interactive.
  2. Apprentissage à distance (e-learning).
  3. Alphabétisation au développement.
  4. Renforcement et renaissance des langues d’origine.
  5. Processus de décentralisation et d’autonomie administrative.

Et en conclusion, Francesco di Castri en appelle à une nouvelle gouvernance:

Loin de minimiser son rôle, comme le prétendent quelques politologues, l’État doit assumer une fonction beaucoup plus noble et plus grande que celle d’une impossible planification stricte et uniforme. Il doit donner à tous les citoyens, dans la diversité de leurs aspirations et de leurs potentialités, la possibilité de s’épanouir constamment, de donner le meilleur d’eux-mêmes, de comprendre le sens du développement et de retrouver ainsi des repères et des motivations propres. Par l’accès incessant à la connaissance, l’État doit donner à la population les moyens de s’adapter sans cesse à des changements inévitables, en stimulant la force citoyenne, la solidarité, la confiance et la responsabilisation active.

La lecture de cet article constitue pour moi une étape importante dans la démarche que j’ai entreprise il y a quelques mois. Dès le début, je souhaitais pouvoir miser sur mes expériences de travail et de vie (en biologie, en édition de manuels scolaires et dans les technologies de l’information) pour créer une entreprise pertinente et utile. J’avais le sentiment qu’en associant environnement, nouvelles technologies et diffusion de la connaissance je pourrais peut-être apporter quelque chose de nouveau. Je vois maintenant de plus en plus comment cela pourra être possible et je vois aussi que d’autres m’ont précédé sur ce chemin et qu’il sera certainement possible de trouver des gens avec qui faire un autre bout de chemin.

Crédit photo: Svenwerk. Photo utilisée en respectant la licence Creative Commons.

2 commentaires

  1. Publié le 6 octobre 2006 à 14:20 | Permalien

    A la lecture de cette note, j’avoue être fasciné par Francesco di Castri qui était assurément un visionnaire. Bravo, quelle justesse et finesse d’analyse ! RDV sur mon blog http://www.datanews.fr où j’ai récemment écrit une note sur internet et la société (note du 2 octobre).

  2. clément Laberge
    Publié le 7 octobre 2006 à 17:30 | Permalien

    La dernière citation de di Castri correspond étonnement à l’idée que je me fais de la « cité éducative ». Une des plus belle/efficace définition que j’ai pu lire du concept (sans même qu’il ne le nomme/connaisse!).

    Merci!