Chercher les causes et les solutions «en dedans de nous»

Clément, en citant un de mes récents billets, a utilisé les mots «en dehors d’eux-mêmes» en parlant du paradoxe des entrepreneurs qui jouent les victimes et qui n’imaginent que des solutions qui soient « en dehors d’eux-mêmes ».

Ces quelques mots m’ont fait réfléchir au concept d’autonomisation (ou empowerment – un anglicisme) si cher à Francesco di Castri (je sais, je parle souvent de lui ces jours-ci!) et qui est selon lui un des facteurs de base du développement durable. Je le cite ici lorsqu’il parle de l’autonomisation des collectivités locales:

L’accès à l’information et à la connaissance [...] rend l’individu (et la collectivité) conscient de ce pouvoir et de sa nouvelle force, le rend responsable de sa propre destinée et en fait l’acteur principal de son propre développement. Le cycle de la passivité, de la fatalité et de l’assistanat est ainsi rompu, et la collectivité découvre le sens et la beauté de l’initiative propre et la noblesse de l’entreprise, et retrouve des points de repère et une motivation qui font si souvent défaut dans le monde actuel. (Source: Développement dans la société de l’information)

L’autonomisation, c’est aller chercher «en dedans de soi» pour trouver les éléments qui nous aident à comprendre le présent et aussi la motivation qui nous permettra d’inventer le futur. C’est une démarche qui peut se faire individuellement et collectivement. Et il semble bien que ce soit une démarche que l’on fasse très peu souvent ces temps-ci.

La réaction générale à l’effondrement d’un viaduc à Laval il y a
quelques jours nous permet d’observer encore une fois des comportements
de recherche de causes et de solutions «en dehors de soi». On accuse
les élus d’avoir négligé l’entretien du réseau routier, on accuse les
ingénieurs et les entrepreneurs en construction d’avoir mal fait leur
travail, mais on se questionne très peu sur notre responsabilité
collective.

L’éditorial que signe Josée Boileau dans Le Devoir de ce matin
et dans lequel elle nous invite à réfléchir sur nos comportements m’a
donc particulièrement interpellé puisqu’elle y lance un appel, sans la
nommer, à l’autonomisation. Les extraits suivants permettent de saisir
l’essence du texte:

Si tout l’argent nécessaire
est mis pour rénover le réseau [routier], il n’y aura pas de nouvelles
voies. Est-ce ce que veulent les citoyens? Ils disent oui depuis
samedi, mais que disaient-ils le jour d’avant? Et surtout, que
faisaient-ils? [...] Ces choix de vie sont les nôtres, et ils ont leurs
conséquences financières, qui par ricochet font pression sur les
finances publiques.

[...]

Espérons que l’effondrement du viaduc sera un catalyseur. Il faut
savoir précisément ce qu’il s’est passé à Laval, et redoubler de
vigilance pour l’ensemble du réseau. Mais il faut aussi accepter de
réévaluer, avec honnêteté, les choix que nous faisons. Ce qui est une
responsabilité individuelle et collective, pas un sujet d’enquête.

Prendre
conscience des conséquences de nos gestes, c’est une étape essentielle
de la démarche vers le développement durable. Prendre conscience du
pouvoir que nous avons individuellement et collectivement, c’est ce qui
nous permettra d’avancer en trouvant l’énergie «en dedans de nous».

1 commentaire

  1. Martin Bouchard
    Publié le 4 octobre 2006 à 11:14 | Permalien

    Le viaduc de Laval et autres sujets

    Ce qui m’a d’abord imprerssionné dans la «tragédie» de Laval, c’est le traitement que les médias en ont fait. Je n’ai pas regardé la télévision samedi mais je suis certain que l’hélicoptère de TVA a été en direct à LCN toute la journée. Ce que je sais cependant c’est que le téléjournal de Radio-Canada a été prolongé à 18 heures et à 22 heures 15 (plus tard à cause de la connerie à Guy-A.). Il peut en tomber des viaducs à Montréal pour égaler l’hécatombe du Parc des Laurentides, de la 138 et de la 172. Par exemple, en mai 2005 quatre jeunes gens de la région se sont tués sur la 175 près de Stoneham (il en meurt des dizaines chaque année). En 2004, 5 personnes sont mortes sur le coup lorsque leur fourgonnette est entrée sous une remorque près de Sacré-Coeur sur la 172. Il n’y a eu aucun hélicoptère ni aucune prolongation du téléjournal. Pourtant il se trouve encore des gens de Montréal et de Québec qui trouvent scandaleux de mettre des millions sur la route du Parc ou sur les routes de la Côte-Nord. S’il fallait prolonger le téléjournal toutes les fois qu’il y a cinq victimes sur nos routes, les gens se plaindraient.

    Où est donc le problème? On met pas assez d’argent dans l’entretien ou on en met trop dans la construction? Pourquoi les routes américaines (Vermont, Maine, etc…) sont-elles si belles. Ils ont à peu près le même climat que nous? Le problème serait-il ailleurs?

    D’abord, notre façon de conduire. Absolument illogique et dépassée. Combien de fois voit-on des conducteurs enfreindre les plus élémentaires règlements de la circulation lorsque l’on circule sur nos routes? Ça c’est dix fois plus dangereux que n’importe lequel des viaducs qui risque de tomber. Les québécois conduisent comme s’ils étaient au volant d’un tracteur dans un champ de foin. Comme société, on devrait d’abord se questionner sur nos habitudes et sur ce qu’on exige des gouvernements. On veut des routes sécuritaires mais on ne veut pas s’auto-critiquer sur la façon de les utiliser.

    Et que dire de l’exagération de l’utilisation des camions pour transporter des marchandises. Le train et le bateau sont beaucoup plus sécuritaires et économiques, mais on n’investit pas dans le développement des chemins de fer et du transport maritime.

    Même les entreprises devraient être sollicitées pour changer leurs modes de transport. Un petit exemple. Les papetières de la région se font maintenant une gloire d’utiliser le train pour expédier leur papier. C’est plus économique et quand c’est bien planifié, c’est presque aussi rapide que le camion. (Évidemment ce changement de stratégie n’existe que depuis qu’ils sont en difficulté financière). Pourquoi ne pas faire de même avec les produits pétroliers. Un vrai fléau sur nos routes.

    Autre aspect du problème. Encore une fois on va tirer sur le messager. Pourquoi dévier le problème en contestant la nomination de Pierre-Marc Johnson? On dit qu’un ancien politicien est mal placé pour critiquer ou évaluer le travail de ses pairs. C’est une critique démagogique qui n’apporte rien au dossier. Je crois qu’il fera une très bonne job et qu’il est bien placé pour évaluer pourquoi les gouvernements nous ont amenés là où nous sommes. Mais ce qu’il faudrait critiquer c’est la façon dont l’enquête sera menée. Va-t-on mettre le doigt sur les vrais problèmes? Va-t-on chercher les causes en-dedans de nous?

    À mon sens on devrait mettre plus d’argent dans la prévention, la communication et la sensibilisation pour changer nos habitudes. Mettre l’amphase sur le transport en commun dans les grandes villes et développer d’avantage le transport ferroviaire et maritime. Toutes des choses que l’on ne fait pas et qui ne feront probablement pas partie du rapport de la commission d’enquête par ce que c’est probablement pas ce que la population veut entendre.