Je lis ces jours-ci les actes d’un colloque qui a eu lieu à Chicoutimi au printemps 2005 en marge du congrès annuel de l’ACFAS: Développement durable : quels progrès, quels outils, quelle formation ?
Francesco di Castri, un témoin et acteur privilégié de l’évolution du concept de développement durable devait participer à l’événement. Il n’a toutefois pas pu y être et est décédé dans les semaines qui ont suivi, à l’âge de 75 ans. Les organisateurs du colloque (dont Claude Villeneuve) ont voulu rendre hommage à l’homme en publiant dans les actes du colloque trois textes de Francesco Di Castri. Ces textes s’articulent autour du thème du développement durable et permettent au lecteur de mieux connaître la vision du grand homme qu’a été Francesco di Castri. Je ferai ici un compte-rendu de ma lecture, mais n’hésitez pas à télécharger le document complet pour lire les articles en entier et, aussi, une note biographique.
Francesco di Castri est d’abord un scientifique, mais également un grand humaniste. Le fait qu’il articule sa pensée autour d’observations et d’analyses scientifiques et qu’il place l’humain au centre de son cadre de référence fait en sorte que je me sente particulièrement interpellé par sa vision du concept de développement durable.
Dans La fascination de l’an 2000 et Les conditions gagnantes du développement durable, Di Castri trace un portrait assez complet du concept de développement durable: définition, utilisations, faiblesses, manières de l’aborder et conditions gagnantes.
J’ai résumé ces deux articles sur une carte heuristique (version sur une page pour voir à l’écran: devdurable_diCastri.pdf et version sur quatre pages pour imprimer: devdurable_diCastri_print.pdf). Voici tout de même l’essentiel de ce que j’en ai retenu:
- Les termes «développement» et «durable» portent plusieurs sens qui sont souvent en opposition. Il n’y a pas de consensus sur une définition précise du concept. Ça dépend beaucoup du cadre de référence avec lequel on aborde le tout.
- Le développement durable devrait être considéré comme une démarche concrète et responsable destinée à répondre aux aspirations actuelles des humains. Cette démarche ne devrait pas être motivée par une vision idéalisée du passé ou encore d’un futur hypothétique; elle constituerait alors une fuite du présent vers un imaginaire plus réconfortant.
- Il faut aborder le développement durable avec l’âme de bricoleurs. On se doit alors d’être créatifs et originaux dans l’utilisation des éléments qui sont à notre disposition. Ceci permet de créer de la diversité et de l’innovation.
- Il faut garder en tête que toutes les solutions sont relatives en ce sens qu’elles ne seront jamais parfaites. Il faut rechercher des solutions qui sont bonnes par rapport à d’autres qui sont moins valables.
- Trois facteurs de base sont essentiels au succès des initiatives: la diversité, la connectivité et l’autonomisation.
En terminant, deux passages qui méritent d’être cités:
Enfin, il y a bien de petites choses qui me gênaient dans l’utilisation de l’expression de «développement durable», et que je vous livre pêle-mêle: l’utilisation du terme en tant qu’alibi, pour démontrer que l’on est en train de faire quelque chose de nouveau, alors que rien n’a changé; l’abus du terme et la dispersion de la qualification «durable» ou «soutenable», un peu comme du persil, dans des documents déjà faits et immuables, aux Nations Unies, auprès de grandes entreprises et de multinationales, dans des ministères, pour être «politiquement correct» ou opportuniste, sans bien comprendre ce que l’on fait, et comme solution de facilité, presque comme une imposture. […] La dérive aussi vers la démagogie, la banalité et l’irréalisme de certaines propositions, la fuite en avant vers l’utopie du futur ou le retour en arrière vers l’idéalisation du passé, et tout ceci pour ne pas faire face aux réalités du présent. C’est trop dangereux de les affronter; on pourrait se tromper, et les personnes concernées se rendraient bientôt compte de l’incompétence subjacente.
Et
Car, en dépit du pessimisme ambiant, du snobisme et du scepticisme de bon ton que suscite le développement durable, même dans des cercles officiels, ou de la méconnaissance du terrain, les progrès effectifs, opérationnels, concrets, visibles et tangibles en matière de développement durable, et en dépit des difficultés, ont été énormes (même s’ils n’ont pas été généralisés). Ces progrès constituent une réelle source d’espérance et d’optimisme pour le futur.
Ce sont vraiment les propos les plus sensés et les plus empreints de sagesse qu’il m’ait été donné de lire au sujet du développement durable. Et le troisième texte? Son titre, Développement dans la société de l’information, mérite que je lui réserve un futur billet! Surtout qu’il a été écrit en 2003 par un écologiste de 73 ans et que c’est d’une clarté et d’une vision hors du commun!

2 réponses pour le moment ↓
1 Solórzano, Estuardo // 3 juillet 2008 à 20:31
Cher Mr. Boucharg,
J´eu la grande oportunité de recevoir ce link grâce a Mr. Ludovic Garnier, qui gentillement me répondu un message ou je demandé comment contacter Mr. di Castro. Je suis tellement triste de savoir qu il est décedé, maintenant que je désirai recevoir orientation pour définir mon projet du master que j´étudie a Madrid durant 2008, mais surtout car je pense comme vous: il possedé un vision hors du commun !!!
J´ai recu de mon tuteur l´article “développement dans la société de l´information” et j´aimerai beaucoup recevoir le billet correspond et être en communication avec vous. En effet, je voudrai faire de la recherche au CNRS sur ces sujets. Quelques recommendations?
2 Solórzano, Estuardo // 3 juillet 2008 à 20:34
Je m´excuse car j´ai oublié de me presenter: je suis un biologiste guatemaltèque de 31 añs qui étudie un master àpropos des espaces naturels protegés à l´Université Autonome de Madrid.
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