Une chose que je répète souvent aux gens qui m’entourent c’est que la fierté est un des éléments critiques du succès d’un projet. Si on ne sait pas faire naître un sentiment de fierté chez les gens qui seront touchés par un projet, il y a bien des chances que ça déraille. Trop souvent, les projets semblent s’organiser autour des impératifs de rentabilité seulement. Et si, en plus de la rentabilité, on avait toujours un agenda secret dans lequel la fierté était au centre des préoccupations? Pas besoin de le crier sur tous les toits (et surtout pas au banquier… il se méfierait!), juste de teinter le projet en conséquence. Pour mieux comprendre, voici deux exemples de projets qui, selon moi, auraient assurément pu profiter d’une composante «fierté» plus développée.
1. Le Jardin zoologique de Québec
Le Zoo de Québec est maintenant fermé. C’est assez complexe comme
dossier, mais il m’a toujours semblé qu’il manquait quelque chose au
projet de modernisation du zoo. Est-ce que nous étions fiers de notre
zoo? Je ne le pense pas. Le projet de modernisation n’a pas donné à
Québec un zoo qui se démarquait des autres. Pas besoin d’être le plus
gros pour se démarquer… il faut être original, pertinent et unique.Les responsables du projet diront qu’ils ont manqué d’argent. Je
pense qu’ils ont plutôt manqué d’imagination. De gros budgets ne sont
pas indispensables pour être les meilleurs au monde. Il faut plutôt
choisir une niche dans laquelle on peut exceller. Et ensuite, imaginer
un projet inspirant et mobilisateur qui saura être pertinent au sein de
l’environnement dans lequel nous avons choisi d’évoluer.Et voilà qu’une fois le zoo fermé, on a droit à un parc pour aller promener son chien. Vive la fierté!
Quelques liens au sujet du zoo:
Archive sur le sujet sur le site Québec Urbain
Le parc des moulins sur le site de la CCNQ
2. Le mont Orford
Voilà une autre occasion ratée de faire naître un sentiment de
fierté au sein de la population. Une partie d’un parc national sera
vendue. Au-delà des considérations sur la gestion du paysage et des
espaces protégés, il y aura quand même du développement à Orford. Or,
tant qu’à développer, pourquoi ne pas concevoir un projet qui saurait
se démarquer par son originalité et sa pertinence? Au lieu de cela, on
propose de bâtir des infrastructures de villégiature qui ressembleront
à ce que l’on retrouve au bas de la plupart des stations de ski.
Comment les promoteurs pourront-ils se démarquer de leurs concurrents?
Je ne le sais pas, mais ça me fait penser au zoo de Québec: un projet
sans originalité qui n’apporte rien de nouveau et qui ne fait pas rêver
les gens.Quelques liens au sujet d’Orford:
Article du Devoir. Le mont Orford doit rester public. La MRC propose aussi de réduire de moitié la taille du projet immobilier
C’est bien beau la fierté, mais il faut la communiquer
Je viens de donner un aperçu de mon point de vue sur deux projets.
Ma perception vient de ce que j’ai lu et entendu. Et si j’avais tout
faux? Et si ces projets sont ou étaient en fait très originaux et
pertinents? C’est possible! Alors, le problème en serait un de
communication. Les promoteurs de ces projets n’ont pas su communiquer
adéquatement leur message. C’est un autre problème: trop souvent, on
bâcle l’aspect communication ou encore on s’en remet à une agence qui
crée de grosses campagnes de pub, mais qui ne produit pas de matériel
qui pourrait nourrir la curiosité de ceux et celles qui pourraient
devenir des ambassadeurs du projet.
L’entrepreneur et son double
Et si les promoteurs de ces projets avaient intégré les blogues à
leur stratégie de communication? En fait, rédiger un blogue ne fait pas
nécessairement partie d’une «stratégie de communication». C’est d’abord
une démarche entreprise par un individu (ou un petit groupe
d’individus) qui a quelque chose à dire et qui veut pouvoir s’exprimer
de manière [habituellement] spontanée et authentique.
Évidemment, tout n’est pas nécessairement bon à dire, mais exposer
ses motivations, ses influences et ses réflexions avec ouverture et
passion est probablement un des meilleurs moyens de rallier des gens à
la démarche de développement de projet ou de création d’entreprise. Il
est certain que si la démarche n’est ni honnête, ni justifiable, ça
sera difficile! Mais parions qu’une démarche originale, honnête,
passionnée et bien articulée saura créer de l’intérêt et inspirer
(peut-être même le banquier!).
Tiens! Un souvenir me vient à l’esprit tout d’un coup. Quand, il y a
une dizaine d’années, j’ai commencé à travailler à temps partiel en
édition, l’étudiant à la maîtrise en biologie que j’étais a cherché à
s’inspirer pour mieux comprendre le métier d’éditeur. C’est un peu par
hasard que je suis tombé, en cherchant des livres sur le métier
d’éditeur, sur L’éditeur et son double.
Ce petit livre est composé d’extraits du journal personnel du fondateur
des éditions Actes Sud, Hubert Nyssen. Parions que si le blogue avait
existé à l’époque, Nyssen aurait été tenté par l’aventure. Ce petit
extrait, recopié de la quatrième de couverture, évoque de manière
intéressante une motivation qui se rapproche de celle d’un blogueur
(sauf que le blogueur n’a pas à se faire éditer, il publie tout de
suite):
Ces pages, je les ai choisies dans mes
carnets pour donner une suite au premier volume où je tentais, par
l’anecdote saisie au vol, par la réflexion notée dans l’instant, par le
croquis sur le vif, d’apporter réponse aux questions que souvent l’on
se pose sur les coulisses de l’édition, et d’illustrer le cours qu’à
l’université je consacre au Paratexte (ce qui d’un texte fait un
livre). Mais la nécessité de ce nouveau volume ne me serait sans doute
pas apparue si la consécration soudaine de Nina Berberova ne m’avait
rappelé que les tribulations d’un éditeur ne prennent de sens que par
les découvertes qui les éclairent…
Et
devinez-quoi? J’ai à l’époque été fortement inspiré par la lecture de
ce livre et mon travail d’éditeur en a par la suite été teinté. En
plus, je suis depuis très attaché aux livres d’Actes Sud.
Est-ce que c’est un hasard si mes deux auteurs favoris (Paul Auster et
Russell Banks – je ne les connaissais pas à l’époque) sont publiés par
Actes Sud en français? Et est-ce un hasard si aujourd’hui je documente
dans un blogue ma démarche de gestation d’un projet?
En terminant, quelques liens vers des leaders qui bloguent (et qui ont la plupart du temps quelque chose à dire): Lawrence Lessig, Ross Mayfield, Richard Charkin, Josh Peterson, Mena Trott, Shea Gunther… et plusieurs autres! N’hésitez pas à suggérer d’autres blogues de leaders (et particulièrement des femmes).


1 commentaire
Je ne sais pas si l’emploi intelligent des blogues aurait pu apporter un vent de passion aux deux projets que tu mentionnes, mais plus de cohérence politique n’aurait certainement pas nui.
Comme les trois dernières années ont vu, successivement, des changements de gouvernement sur les plans provincial, municipal (à Québec), puis fédéral, et que cela a entraîné des réorientations politiques souvent importantes, le zoo de Québec et le Mont Orford ne sont que deux exemples de projets dont l’avenir aurait pu être tout autre (et pas nécessairement meilleur) si d’autres politiciens avaient été en place.
Est-ce que des moyens de communications plus ouverts et plus transparents auraient évité, il y a 4 ans, après la « revitalisation » du zoo, de commettre des erreurs qui n’ont pas contribué à ce que les gens puissent ensuite en parler avec fierté et passion? (Exemples d’erreurs: prix d’entrée très élevé même si les travaux n’étaient pas terminés, peu d’information sur les animaux, manque de cohésion entre les collections.)
Mais Jean-Sé, pour en revenir aux blogues, tu sais très bien qu’un des éléments clés de ce genre de problème, c’est le fait que bien des gens prennent peu ou pas le temps d’écrire ou le font maladroitement (ce que je ne leur reproche pas; je fais seulement le constater et je m’inclus là-dedans!), ce qui fait que le blogue ne leur paraît pas être une voie de communication valide.