Je viens de terminer The Long Emergency, de James Howard Kunstler. L’auteur, en partant de l’idée que le pétrole est au centre de l’organisation économique de la société Nord-Américaine, tente de prédire ce qui arrivera quand, dans un avenir rapproché selon lui, l’ère du pétrole abondant et peu cher sera révolue.
Selon Kunstler, nous n’en avons plus que pour quelques années à profiter de l’élan économique offert par le pétrole. Il en coûte de plus en plus cher pour extraire les hydrocarbures qui, en plus, se font de plus en plus rares. De plus, le climat d’instabilité géopolitique au Moyen-Orient n’augure rien de bon pour l’avenir. Dès que le coût du pétrole ne permettra plus aux grandes entreprises de produire et de transporter à bas prix les marchandises et les aliments, la structure économique américaine s’effondrera rapidement et une période d’instabilité et de profond changement s’ensuivra. C’est cette période que l’auteur nomme la longue urgence (The Long Emergency). La population des États-Unis devra alors, pour survivre, revenir à un mode de vie plus centré sur l’agriculture et les petites communautés.
Alarmiste et catastrophiste? Peut-être. Mais l’ouvrage a tout de même une qualité indéniable selon moi: il aide le lecteur à mieux comprendre comment notre mode de vie est soutenu par le pétrole et comment la hausse du coût et la rareté de ce dernier peuvent radicalement bouleverser le fonctionnement de notre économie et de nos vies. Quand on y pense comme il faut, le pétrole est vraiment partout. Notre nourriture est produite avec des engrais et des pesticides synthétisés à partir d’hydrocarbures. Il faut de la machinerie pour la cultiver et la transporter. Nos villes et leurs banlieues sont majoritairement faites pour que l’on doive y circuler en automobile. Et les exemples sont encore plus nombreux et bien documentés dans le livre.
Le prix du pétrole a déjà doublé au cours des dernières années sans que les effets ne soient trop apparents sur notre mode de vie. On peut croire sans trop se faire traiter d’hérétique que le prix continuera de monter dans les années à venir. Quelles seront les conséquences? C’est difficile à prévoir, mais je pense que le scénario envisagé par Kunstler, même s’il peut paraître catastrophiste, mérite que l’on s’y attarde et que l’on en profite pour réfléchir aux conséquences de notre mode de vie centrée sur le pétrole.
Dommage toutefois que l’auteur ne propose aucune piste de solution ou d’action immédiate. On dirait bien qu’il ne croit pas que l’on puisse changer le cours des choses et que la longue urgence surviendra tôt ou tard… et plus tôt que tard. Peut-être n’a-t-il pas tort? Mais disons que, à mon âge, je préfère rester plus optimiste et continuer à chercher comment on pourra faire en sorte que nos enfants puissent vivre heureux.
J’ai rendu compte de ma lecture plus en détail dans un schéma (long_emergency_Kunstler.pdf). C’est pas parfait comme schéma et ça a été plus long à faire que prévu, mais ça devrait aller mieux pour le prochain compte-rendu de lecture!
Prochaine lecture: Learning for sustainability. Ça devrait être un peu plus optimiste que The Long Emergency.
Deux textes au sujet du même ouvrage (assez intéressant d’observer les différences de perceptions dans les commentaires des lecteurs de ces deux billets):
- Living on borrowed time par Dave Pollard.
- The Long Emergency par Tim O’Reilly.
6 réponses pour le moment ↓
1 Ana // 25 août 2006 à 9:08
Je trouve très intéressante ta lecture et la réflexion que tu y ajoutes. Les propos de l’auteur me semblent pertinents également. Je suis d’accord qu’il y urgence d’agir. Et comme toi, j’essaie de voir à l’avance comment on pourra s’ajuster? Décevant que l’auteur n’ait pas abordé cette question.
On peut contrôler la quantité d’eau consommée, l’usage de l’électricité, le choix de nos aliments et des autres produits quotidiens. «Acheter c’est voter», j’ai compris et j’ai adopté. Mais pour les déplacements, quelles sont les solutions?
L’autobus ou le métro? Pour aller au travail, ça va si notre résidence est bien desservie. Si on habite dans une ville où il y a un bon réseau, va également pour les sorties en ville. Paris est bien desservie pour ça. Québec, pas du tout. Je constate maintenant à quel point Québec a un réseau de transport en commun qui n’incite pas à l’utiliser. Surtout dans notre contexte hivernal. Faudra vraiment s’y pencher si on veut agir dans le sens de l’environnement.
Mais pous l’épicerie, pour la quincaillerie, pour les cours des enfants et pour toutes les sorties où l’on doit transporter des choses, les transports en commun ne me semblent pas «à point».
Louer une voiture «à la fois»? C’est effectivement globalement moins cher que d’en acheter une. Mais adieu la spontanéité. Et louer une voiture à 75 euros pour aller acheter un bureau de 60 euros, c’est un peu illogique.
Communauto? Je ne connais pas assez. Il faudrait qu’il y ait un «poste» près de la maison pour que ce soit efficace. Enfin, faudrait que quelqu’un me raconte son expérience. Idéalement quelqu’un qui a une jeune famille de trois enfants. ;-)
La voiture électrique? Est-ce réellement moins polluant considérant que la plus grande partie de la pollution produite par une voiture est émise durant la construction? Donc avant même l’utilisation. Et que cette pollution est similaire aux voitures à essence. Est-ce vraiment une solution?
Alors, quelle est la solution pour les déplacements? C’est ça que j’aimerais que les experts me/nous disent.
2 t@blogosphere // 25 août 2006 à 10:48
J’aime bcp la fiche de lecture en mindmap…très très bonne idée.
3 Jean-Sébastien // 25 août 2006 à 11:24
Content de savoir que la carte heuristique est appréciée! Je n’ai toutefois rien inventé. L’idée vient d’ici: http://www.businessbookmindmap.com/mind-map.php que j’avais connu par http://www.pierrepilon.com/archives/2006/02/la_carte_heuris.html#comments
4 Sophie D. // 25 août 2006 à 13:11
Je ne suis pas prête à dire, comme Ana, que le réseau d’autobus à Québec n’incite pas à l’utiliser. Bien sûr, il faut se loger de sorte que ça sera facile. J’ai pris l’autobus de façon intensive dès l’âge de 14 ans et jusqu’à 26 ans, pour le travail, l’école et les loisirs.
Québec (et plusieurs villes nord-américaines) est tellement étalée que c’est sans doute fort difficile (impossible!) de faire passer fréquemment des bus dans tous les quartiers. Plusieurs améliorations pourraient encore être apportées au réseau de la capitale, mais je crois néanmoins que celui-ci est plus qu’acceptable.
Je pense aussi qu’un réseau de transport en commun nous paraît plus facile à utiliser lorsqu’on le connaît bien et qu’on adapte son mode de vie en fonction des horaires et des trajets. En prenant souvent le bus, on en vient à connaître par coeur les horaires et les trajets, et tout devient plus facile.
C’est un peu la même chose pour Communauto. C’est bien entendu que ça n’offre pas la souplesse d’une voiture garée dans l’entrée de la maison (quoiqu’on peut souvent réserver une voiture seulement quelques heures à l’avance). Pour apprécier Communauto, il semble que deux critères soient essentiels: avoir un minimum de planification et se loger à proximité des stationnements (dont le nombre augmente constamment). Mais bien sûr, avec des enfants en bas âge, c’est plus difficile. Dans quelques années, nous serons prêts! Et j’ai hâte!
5 Julie Emond // 30 août 2006 à 19:37
C’est super intéressant ce débat sur la question des transports! C’est vrai je n’ai pas d’enfants alors désolée pour Ana ou Sophie, mon expérience n’est pas tout à fait sur mesure pour les familles mais il y a quand même des choix qu’on peut faire qui permettent d’aller dans le sens du discours.
En Outaouais, deux systèmes de transport en commun se chevauchent: celui d’Ottawa, qui est génialement bien conçu, et sur lequel des villes comme Québec, de grosseur à peu près équivalente avec l’infrastructure routière à peu près similaire (en fait la charpente d’autoroutes de Québec s’y prêterait encore mieux), pourraient prendre exemple. Par ailleurs du côté de Hull-Gatineau, franchement c’est pourri! On est bien desservi seulement aux heures de pointe et c’est difficile d’aller partout.
J’ai toutefois fait le choix de ne pas avoir de voiture, ce qui est vraiment perçu comme une décision totalement saugrenue dans la région, mais franchement je ne trouve pas la vie si difficile.
D’abord, sans vivre en banlieue, la maison n’est pas au centre ville, à un maximum 30-40 minutes de marche d’à peu près n’importe quel service, encore plus vite en vélo ou en bus. Je suis à 5 minutes à pieds d’un immense parc et de la piste cyclable, d’une école primaire, d’une artère principale où beaucoup d’autobus passent vers les deux centre-ville, à 8 minutes de vélo (par piste cyclable) ou 30 minutes à pieds de mon lieu de travail. Toutes ces considérations ont joué dans le choix de cette maison, plus petite que le bungalow classique, mais très vivable. Beaucoup de mes amis ici ont fait le choix d’un plus grand jardin, d’une maison un peu plus grande, etc. mais dans ces cas là une voiture est indispensable et ils en ont besoin pour tout faire.
Pour communauto, surprenant à quel point ont peu rester spontané! À Québec et Montréal c’est encore mieux parce que le parc Communauto est mieux garni, mais il ne m’est jamais arrivé, même avec très peu de préavis, de ne pas avoir de voiture disponible. Pour les jeunes enfants les autos sont munies d’un siège de bébé et au besoin d’autres accessoires sont disponibles.
C’est certain que de faire ces choix occasionne un peu plus de contraintes, c’est peut-être ça le geste à poser pour collectivement ralentir la cadence de consommation pétrolière. Une goutte d’eau qui, mise avec d’autres gouttes d’eau, donnent un fleuve. Mais je peux vous dire que le sentiment de satisfaction est immense quand tous les jours je me dis en prenant mon vélo que je serai une journée de plus sans consommer directement de l’essence…
p.s. continue à lire Jean-Sé! C’est génial, tu stimules plein d’échanges!
6 Nicolas Charest // 8 septembre 2006 à 12:18
Pour répondre à la demande d’Ana, voici quelques mots qui relate notre courte expérience avec Communauto et la famille ! Nous avons pris, il y a quelque temps déjà, la décision de ne plus avoir de voiture. Nous nous sommes abonnés à Communauto (Pour plus d’info sur ce système de partage de véhicules : http://www.communauto.com/ ). Il s’agit pour nous d’un choix écologique et économique. La voiture que nous avions ne servait presque pas (je voyage au bureau en bus, à pied ou en vélo et Chantale, ma blonde, travaille à la maison), on trouvait la mensualité élevée, sans oublier l’essence, assurances, immatriculation, etc.. J’avais estimé le coût annuel de la voiture à près de 8000$, ce que confirme le CAA.
Je dois admettre que nous remplissons certaines conditions pour pouvoir se tourner vers cette solution : des emplois parfaits, l’emplacement (près de commerces, près des stationnements communauto, près du parcours de bus efficace à QC, etc.). Et pour les plus excursions de quelques jours hors de la ville, nous pouvons louer, chez des entreprises de location, des véhicules plus spacieux à un tarif préférentiel. Pour la spontanéité, ce n’est pas exclu, il arrive que l’on peut louer une voiture dans les minutes suivant l’idée géniale d’aller faire un pique-nique …
Ce choix nous amène à revoir notre façon de nous déplacer (évidemment), mais aussi de consommer, on encourage les petits magasins du quartier (qui d’ailleurs ont parfois de meilleurs prix que les grandes surfaces) je dirai même que cela modifie notre rapport au temps ! Le fait de marcher pour aller et revenir du stationnement est un moment très zen, que Chantale et moi se disputons.
Bien sûr, nous n’avons plus de voiture dans la cour, mais il ne faut pas oublier que nous avons accès en tout temps à une voiture. Après presque deux mois, l’expérience est concluante, nous sommes très satisfaits. Cet été nous l’avons testé sérieusement, avec les activités des enfants. Maria jouait au soccer et il fallait régulièrement se déplacer dans Sainte-Foy-Sillery deux à trois fois semaine, nous avons toujours eu accès à une voiture sans mal. En somme, à certaines conditions, Communauto demeure une option réaliste, même avec des enfants.
Je crois que ce système constitue une solution d’avenir. Je ne pense pas que le modèle occidental de consommation puisse se maintenir encore bien longtemps. Les systèmes de transports en communs ne sont pas une solution à toute éventualité (Ana a bien noté les limites). Mais accroître le nombre d’usagers par voiture et combiner des modes de transport (bus, vélo, marche) peut s’avérer intéressant et réalisable.
Pour terminer, deux mots sur l’essai que je suis en train de lire : La face cachée du pétrole (http://www.eric-laurent.com ). Ouvrage intéressant qui montre comment les Américains contrôlent et jouent avec les cours du pétrole, comment les compagnies pétrolières cachent l’épuisement des réserves de pétrole, etc. Toutefois, la démonstration de l’auteur, Éric Laurent, semble par moments manquer de rigueur. Il entrecoupe des faits et étale ses démonstrations sans que nous en soyons pleinement convaincus.
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