La sélection naturelle soulève les passions depuis que Darwin l’a évoquée dans sa théorie de l’évolution. Ces temps-ci, c’est la montée de la théorie du dessein intelligent aux États-Unis qui fait que l’on parle beaucoup de sélection naturelle et d’évolution. Mais malgré le fait que le terme «sélection naturelle» soit utilisé régulièrement, sa compréhension est très limitée et il est fréquent d’observer dans les médias des manifestations de cette incompréhension.
Ma plus récente observation de mauvaise information reliée à la sélection naturelle date de dimanche dernier. Pierre Gingras, dont j’aime bien lire la chronique ornithologique chaque dimanche dans La Presse, y rendait compte de ses observations en forêt boréale. En parlant du bec des becs-croisés, il écrit le texte suivant.
«Le bec-croisé bifascié (et son cousin le bec croisé des sapins, plus rare) vit en étroite relation avec la forêt de conifères, surtout celle composée d’épinettes et de mélèzes. C’est que l’oiseau se nourrit presque exclusivement des fruits de ces arbres. Relation étroite vous disais-je. Au cours du temps, son bec s’est même transformé en fonction des cônes. L’extrémité des mandibules supérieures et inférieures s’est recourbée et croisée d’où le nom de bec croisé.»
La lecture de cet extrait amène le lecteur à déduire que c’est à force de décortiquer des cônes de conifères que le bec de ces oiseaux en est venu à s’«adapter». Si c’est bien ce que le journaliste voulait dire, il commet un erreur fréquente qui est de penser que «la fonction crée l’organe». C’est ce que soutenait Lamarck dans sa théorie transformiste.
«La première loi [Lamarckienne] était la capacité des être vivants, suite à lemploi plus fréquent et soutenu dun organe quelconque, de développer peu à peu cet organe en fonction de lemploi quon lui réserve, et à lopposé, de détériorer progressivement les facultés dun organe si ce dernier nest pas utilisé. Ainsi en simplifiant, la fonction crée lorgane. Il est intéressant de noter que cette loi dusage et de non-usage dun organe était une observation couramment admise à lépoque de Lamarck, et quil ne fit que lexagérer.» [tirée de l’article sur le Transformisme de Wikipedia]
Selon la sélection naturelle (qui, contrairement au transformisme de Lamarck, est acceptée par la majorité de la communauté scientifique), l’apparition d’un nouveau caractère chez une espèce est rendu possible par les pressions exercées par l’environnement sur les modifications successives des générations. En termes concrets, ça veut dire qu’il faut que ça nous permette d’avoir plus d’enfants (et que ceux-ci en aient plus aussi) pour qu’un caractère soit conservé. Évidemment, il y a des nuances et des exceptions mais en gros, c’est ça! Donc, si le bec du bec-croisé est croisé (photo du fameux bec ici), ce n’est pas parce que l’oiseau mange beaucoup de cônes.
C’est plutôt parce que, au fil des générations, de petites modifications génétiques successives ont fait que certains oiseaux ont pu décortiquer plus de cônes que leurs congénères grâce à une légère modification de la forme de leur bec. En décortiquant plus de cônes, ils ont eu accès à plus de nourriture et ont pu avoir plus de descendants qui avaient eux-aussi un bec plus croisé que leurs congénères. Au fil du temps, les gènes qui causent le «croisement» du bec se sont répandus dans la population et voilà que les becs-croisés sont comme on les observe aujourd’hui. Mon explication tourne un peu les coins ronds mais tout de même, ça ressemble pas mal à ça!

4 commentaires
Tu as bien raison de dire que c’est une erreur fréquente. Grâce à toi, maintenant, je comprends mieux la sélection naturelle. Mais l’origine de ma confusion tient dans les mots de prof de biologie de secondaire 3 qui nous disait le plus sérieusement du monde que le petit orteil était voué à la disparition car il ne seravit plus. Même histoire avec les dents de sagesse qui, selon lui, ne servant pas, allaient disparaître éventuellent.
J’ai erré ainsi dans les ténèbres de l’ignorance jusqu’à ce que tes lumières m’illuminent. Merci!
Et quand un régime totalitaire se mêle de décider des vérités scientifiques:
« Dans la ligne de la thèse de Lamarck, le père de la biologie, sur la transmission des caractères acquis et en accord avec l’idéologie marxiste basée sur le concept de la malléabilité de la nature humaine, Lyssenko, Nikolaï Vavilov, l’Académie des sciences soviétiques, la Nomenklatura et ses relais dans le reste du monde depuis les années 1930 jusqu’à la chute de Nikita Khrouchtchev en 1964 avec lui, croit que la nature des plantes peut être, elle aussi, moulée par les conditions du milieu. Il rejeta donc le principe des gènes. Les partisans de Mendel furent désignés comme ennemis du peuple soviétique. »
[...]
http://fr.wikipedia.org/wiki/Trofim_Denissovitch_Lyssenko
En plus de légitimer « scientifiquement » les purges Staliniennes et d’envoyer au goulag les scientifiques défendant la génétique, les thèses de Lyssenko, mises en pratique, furent désastreuses pour l’agriculture soviétique.
Bojour, je vois des beaux oiseaux dans mon pommier décoratif j’aimerais savoir la différence en du Durbuc des Sapins et un Bec croisé Bi-Facies,. Je demeure a Ŀaval, nous avons beaucoup de Cardinal et des Geais bleus, mes les oiseaux rouge rose c’est la premiere fois.
Merci
Sylvie, tu trouveras des photos et de trucs d’identification sur ces pages:
Bec croisé bifascié:
http://www.oiseaux.net/oiseaux/bec-croise.bifascie.html
Durbec des sapins:
http://www.oiseaux.net/oiseaux/durbec.des.sapins.html
Et tes oiseaux rouge-rose sont peut-être aussi des Roselins familiers:
http://www.oiseaux.net/oiseaux/roselin.familier.html
Bonne chance!